POLITIQUE
01/02/2019 16:02 EST | Actualisé 01/02/2019 16:10 EST

Silo No 5: le gouvernement fédéral lance un nouvel appel de propositions pour redévelopper le secteur

L'emblématique silo à grains a attiré de nombreuses idées depuis sa fermeture il y a 25 ans, sans qu'aucune proposition ne se concrétise.

Olivier Robichaud

Le gouvernement fédéral lance un nouvel appel de propositions pour le redéveloppement du secteur Pointe-du-Moulin, qui comprend l'emblématique Silo No 5, dans le Vieux Montréal. L'annonce, saluée par la Ville, ne fait pas que des heureux.

Le Silo No 5, anciennement au coeur de la vie industrielle et portuaire de Montréal, est fermé depuis maintenant 25 ans. Depuis ce temps, le gouvernement fédéral, propriétaire du site, a tenté plusieurs fois de trouver un acheteur. Sans succès.

Selon Mélanie Joly, ministre du Tourisme, cette fois-ci sera la bonne.

«Parce qu'il y a de la volonté. Les astres sont alignés», a-t-elle répondu lorsque questionnée à savoir pourquoi cet appel de propositions serait différent des tentatives infructueuses du passé.

Olivier Robichaud
Mélanie Joly, ministre fédérale du Tourisme, a annoncé le lancement d'un nouvel appel de propositions pour redévelopper le secteur Pointe-du-Moulin, qui comprend le Silo No 5, à Montréal.

La Société immobilière du Canada (SIC), organisme fédéral qui détient les droits de propriété, demande la création d'un quartier mixte incluant le silo, mais aussi le secteur autour de la rue Mill. Elle souhaite l'implantation d'hôtels, de commerces et de résidences.

Des critères généraux

La SIC a établi des critères de sélection très généraux afin de donner une grande liberté de conception aux éventuels acheteurs.

«On laisse de façon volontaire les critères plus larges pour être en mesure d'avoir des projets qui peuvent parfois surprendre, mais qui sont à la mesure de la grandeur du [site]», affirme Mme Joly.

Galerie photo Silo No 5 Voyez les images

Exit, donc, l'observatoire et le centre d'interprétation qui étaient compris dans le plan directeur adopté en 2017.

On sait toutefois que la qualité patrimoniale du silo et de l'édifice Farine Five Roses, aussi présent sur le site, devra être mise de l'avant. Le promoteur choisi devra aussi s'assurer que le public aura accès au site et au fleuve Saint-Laurent.

Voué à l'échec, dit un promoteur

Ce n'est pas la première fois qu'on tente de trouver une nouvelle vocation pour cet ancien silo à grains, fermé en 1994. De nombreux projets ont été avancés, allant de résidences à un aquarium. Tous se sont retrouvés au cimetière des bonnes idées.

Selon l'entrepreneur Benoît Berthiaume, ce nouvel appel de propositions subira le même sort.

«C'est utopique. [...] Depuis 30 ans, il y a eu au moins cinq ou six tentatives de vendre ça, et chaque fois, ça finit qu'on n'a pas trouvé le promoteur ou le projet adéquat.»

- Benoît Berthiaume, entrepreneur

Au moins un autre appel de propositions similaire a déjà été lancé en 2005 par le Port de Montréal.

Selon M. Berthiaume, les coûts énormes associés à l'achat et à l'entretien d'un quai comme celui qui accueille le silo sont tout simplement astronomiques.

L'entrepreneur soumettra tout de même le projet qu'il a conçu avec l'architecte Pierre Thibault. Ce projet propose toutefois un bail emphytéotique de 100 ans plutôt qu'un achat.

Montréal aura le gros bout du bâton

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s'est réjouie de l'annonce de vendredi. D'autant plus qu'elle détient d'importants pouvoirs qui lui permettront d'imposer un droit de veto à tout projet qui ne respecte pas le cadre de développement de son administration.

«On a tous les leviers urbanistiques. C'est-à-dire qu'on a un plan d'urbanisme, c'est nous qui allons changer le zonage. Il y a aussi toute la question des hauteurs sur laquelle on a un levier. [...] Je me sens bien équipée avec ce projet-là pour pouvoir dire qu'on va faire quelque chose qui est viable financièrement, qui se démarque, qui est intéressant et qui répond aux besoins des Montréalais», dit-elle.

Mme Plante compte forcer l'éventuel acheteur du site à inclure 20% de logements sociaux, 20% de logements abordables et 20% de logements familiaux dans le volet résidentiel. Le règlement qui imposera cette mesure fort attendue à l'ensemble des grands projets domiciliaires doit d'ailleurs être adopté cette année.

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Les propositions seront évaluées par un comité de huit membres comprenant notamment Dinu Bumbaru, directeur des politiques d'Héritage Montréal et grand défenseur du patrimoine bâti de Montréal. Le comité comptera aussi des représentants de la SIC, de Tourisme Montréal, du Quartier des spectacles, de la Société de développement commercial du Vieux-Montréal, de l'Université de Montréal et du Port de Montréal.

Le processus de sélection devrait durer environ sept mois.