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Liberté d'expression: quatre causes contre lesquelles les humoristes pourraient s'insurger

28/07/2016 12:44 EDT | Actualisé 28/07/2016 12:44 EDT
Montage/Reuters/Mike Ward

Depuis que le verdict est tombé dans l'affaire Ward-Gabriel, de nombreux humoristes ont exprimé sur différentes tribunes leur inquiétude pour la liberté d'expression.

Si François Massicotte s'est dit «d'accord avec la décision du juge», considérant que «le droit à la dignité doit prévaloir», d'autres humoristes comme Guillaume Wagner ou Sugar Sammy se sont montrés plus inquiets.

«Je suis sans voix, a entre autres réagi Wagner [...] Le politiquement correct, c’est imposer un respect de chaque individu dans un désir d’égalité. L’humour c’est, dans le même désir d’égalité, ne mettre personne à l’abri d’un peu d’irrespect.»

À l'inverse, Peter MacLeod a qualifié de «triste» et «pathétique» le fait de rire de Jérémy Gabriel, laissant entendre du coup que tout ne peut être dit sous le couvert de l'humour. «Je pense que c'est la loi du bon sens. [...] Mike, ce qu'il fait, c'est de l'acharnement...»

Quoi qu'il en soit, comme le sujet de la liberté d'expression semble préoccuper grandement les humoristes dernièrement, nous avons pensé leur proposer quatre causes qui s'y rattachent et contre lesquelles ils pourraient aussi s'insurger.

1. L'enfer de Raif Badawi

Raif Badawi continue de croupir en prison. Le 7 mai 2014, le blogueur saoudien a été condamné par la Cour suprême d’Arabie saoudite à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et une amende d’un million de riyals. Son crime? Avoir créé un forum en ligne de débat public, rappelle Amnesty International, qui a depuis lancé une campagne pour exiger sa libération, en plus de l'adopter comme «prisonnier d'opinion».


«Tenir un blogue n’est pas un crime», avait déclaré l'an dernier Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. «Raif Badawi est puni pour avoir simplement osé exercer son droit à la liberté d'expression».

La situation de Badawi, dont la femme et les enfants demeurent aujourd'hui établis à Sherbrooke, ne s'est pas améliorée depuis 2012.

Au micro de Paul Arcand, en avril dernier, le premier ministre canadien Justin Trudeau affirmait qu'il ne fallait pas agir «trop vite» dans ce dossier afin d'éviter de possibles «conséquences néfastes».

raif badawi

2. De Concordia à la prison iranienne

Il n'y pas si longtemps, Homa Hoodfar enseignait la sociologie et d'anthropologie à l'Université Concordia. La voilà présentement détenue en Iran. Spécialiste du rôle des femmes dans les sociétés musulmanes, elle a été arrêtée au début du mois de juin. On la soupçonne d'avoir « coopéré avec un État étranger contre la République islamique d'Iran ».

homa hoodfar

Il y a quelques jours, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a fait une grève de la faim symbolique en solidarité avec les prisonniers d’opinion détenus en Iran.

Homa Hoodfar, qui souffre d'une myasthénie grave, une maladie neurologique pour laquelle elle doit prendre des médicaments, a vu son ordinateur personnel, son téléphone portable et son passeport être saisis.


3. Un météorologue devant la Cour

Les luttes pour la liberté d'expression semblent parfois se tenir en terrain étranger, mais une cause récente et inusitée impliquant un chroniqueur météo du Québec a de quoi soulever des questions.

Michel Morissette de la station climatologique La Providence est la cible d'une poursuite déposée par le promoteur d'un circuit automobile. C'est que l'homme d'affaires, Jacques Guertin, reproche au chroniqueur des prédictions météorologiques trompeuses, ce qui aurait nui à ses affaires, plaide-t-il.

Le promoteur du circuit Sanair souhaite qu'on lui verse 6540,84 $ en raison de l’annulation de deux de ses événements. L'affaire a été traînée en justice et M. Morissette craint à présent que cette poursuite ne devienne un «précédent historique».

4. Recul de la liberté de la presse

Reporters sans frontières dénonçait en avril dernier le recul de la liberté de la presse partout dans le monde, mais tout particulièrement en Amérique. Christophe Deloire, secrétaire général de l'ONG expliquait que «tous les indicateurs du classement témoignent d’une dégradation».

En 2015, le Canada a reculé de 10 places, ce qui amène le pays à la 18e position du classement.


La fin du mandat de Stephen Harper y compte pour quelque chose, explique-t-on, mais du côté de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), on dénombre seulement dans la dernière année plusieurs cas d'entrave au travail des journalistes dans différents contextes. Le «silence radio du SPVM», comme le rapportait récemment Métro, en est un cas flagrant.

Avec Radio-Canada et La Presse Canadienne.

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