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12/08/2018 06:00 EDT | Actualisé 12/08/2018 06:00 EDT

L'un des plus influents journalistes américains est un Dionne d'Amérique

De ses origines québécoises, Eugène J. Dionne Jr a conservé une très vieille tradition, perdue ici avec l'eau du bain de la Révolution tranquille.

Le chroniqueur du «Washington Post», Eugene J. Dionne Jr, a grandi dans un environnement canadien-français.
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Le chroniqueur du «Washington Post», Eugene J. Dionne Jr, a grandi dans un environnement canadien-français.

Eugene Joseph Dionne Jr est chroniqueur au Washington Post depuis 1993. Invité régulièrement à This Week with George Stephanopoulos à ABC et à Meet the Press à NBC, Eugène J. Dionne Jr est l'un des journalistes les plus influents des États-Unis. Le Washingtonian Magazine l'a classé dans son top 50 et le National Journal parmi les 25 plus influents.

Diplômé de Harvard et boursier Rhodes à Oxford, d'où il est revenu avec un doctorat, Dionne a été correspondant pour le New York Times pendant 14 ans avant de passer au Post.

Extrême centriste sur le plan politique, il a écrit plusieurs livres dont Why Americans Hate Politics. Très remarqué par la critique, le livre a remporté le Los Angeles Times Book Prize et a été en nomination pour le National Book Award.

Dionne y soutient que plusieurs décennies de polarisation politique ont complètement aliéné la majorité silencieuse qui se situe au centre et non à droite comme on a tendance à penser:

«La guerre entre la gauche libérale et la droite conservatrice a polarisé les débats au point de rendre tous compromis sur les problèmes fondamentaux impossibles. Ce clivage a causé un blocage dans le système politique, qui a mené au dégoût actuel que la majorité des Américains ressent à l'égard de la politique et des politiciens.»

Il reproche à la gauche d'utiliser les tribunaux, plutôt que les parlements pour faire avancer ses causes. Il reproche à la droite de faire l'autruche et d'ignorer sa responsabilité dans le désastre des prêts hypothécaires, le coût astronomique du système de santé et l'échec du système scolaire, qui produit des semi-analphabètes.

De ses origines québécoises, Eugène J. Dionne Jr a conservé une très vieille tradition, perdue ici avec l'eau du bain de la Révolution tranquille, qui ferait plaisir à un Mathieu Bock-Coté: «Quand je mets mes enfants au lit, je récite la même prière que ma défunte mère récitait à ma soeur et moi. La prière est en français. J'espère que ça ne fait pas de mes enfants de moins bons Américains, d'entendre des pensées spirituelles dans une langue autre que l'anglais avant de s'endormir».

De la Champagne au Washington Post

Eugène J. Dionne Jr est né à Fall River, Massachusetts, le 23 avril 1952. Son père était dentiste, sa mère, Lucienne Galipeau, prof et bibliothécaire.

«Mon père, né aux États-Unis, a grandi dans un environnement canadien-français autour de New Bedford, Mass», raconte M. Dionne. «Lorsqu'il a commencé l'école, il parlait anglais avec un fort accent. Son prof de première année se moquait de son anglais.»

«Mon père a réappris l'anglais, avec l'aide d'un ami généreux du nom de James Radcliffe de qui, en retour, il lui enseignait le français. Mon père a fini par parler sans accent. Ma mère et lui ont toujours insisté pour que leurs enfants parlent la langue de notre nation correctement, sans erreurs grammaticales.»

«Rien de cela n'a entraîné un rejet de leur héritage français. Au contraire, ma sœur et moi avons été élevés en français plutôt qu'en anglais, parce que mes parents étaient fiers de la langue de leurs ancêtres et savaient que parler plus d'une langue serait utile dans la vie.»

À la naissance de Joseph Eugène Dionne, en 1904, Fall River était l'une des plus grandes villes industrielles au monde. Les Canadiens-français formaient près du tiers de ses 100 000 habitants.

La première famille canadienne-française y était débarquée en 1859. Voici comment on décrit les progrès de la communauté en 1883:

«La colonie canadienne-française de Fall River a fait bien des progrès depuis 10 ans. Elle est représentée dans les professions libérales par neuf médecins et un avocat. Nos nationaux ont de plus envahi toutes les avenues du commerce, sans compter ceux qui font partie du personnel des magasins américains pour répondre à la clientèle de langue française. Parmi nos négociants canadiens, plusieurs sont sur la voie de la fortune, malgré que leur clientèle ne se recrute presque exclusivement parmi les nôtres. Sur le rapport de la moralité, s'il faut en juger par les statistiques criminelles, les Canadiens sont rarement traduits devant les tribunaux; il est reconnu, toutefois, qu'ils font partie de la population sobre, industrieuse et morale de la ville.»

«Leurs mœurs sont les mêmes que celles des habitants du Canada, si ce n'est qu'ici, ils ont les moyens de se vêtir avec plus de luxe, et de se donner l'aisance des villes.»

L'article résume bien l'urbanisation rapide des Franco-Américains qui a précédé celle des Québécois de plusieurs décennies.

Les parents de Joseph, qui l'avaient élevé en français, s'étaient mariés à New Bedford, juste à côté de Fall River, en 1901. Le grand-père, Joseph Dionne venait de Yamaska.

L'ancêtre, Antoine, venait de la Champagne. Il était arrivé en Nouvelle-France en 1662, avec son épouse Catherine Ivory. Le couple s'est établi à l'île d'Orléans, au 2242, chemin Royal, à Saint-Pierre.

Même si le couple a eu 12 enfants, un seul a perpétué le nom: Jean, cinquième de la famille, né le 8 mars 1670 à l'île d'Orléans.

Il a épousé Marie-Charlotte Migneault et s'est établi à La Pocatière, où les Dionne pullulent. Charlotte aura neuf enfants, dont Antoine (1707-?) qui a épousé en premières noces Marie-Anne Lizotte, à La Pocatière.

La famille montera le fleuve au 19e siècle, s'établissant dans le comté de Yamaska. Elle y passera tout le siècle, jusqu'au départ du grand-père d'Eugène pour le Massachusetts.

Lignée paternelle d'Eugène J. Dionne Jr

DIONNE, Joseph Eugene Dionne (1904-1968)
GALIPEAU, Lucienne (1913-1995)
Fall River, MA

DIONNE, Walter (peintre) (1880?-?)
VINCENT, Izella Stella (1878-?)
m. 13 mai 1901, New Bedford, MA

DIONNE, Joseph
MAILLET, Mathilde
m. 21 juillet 1873, St-Zéphirin de Courval, Yamaska

DIONNE, Jean-Baptiste
FAUCHER-CHATEAUVERT, Marie-Louise
m. 8 février 1841. St-Antoine de Padoue, Baie-du-Febvre, Yamaska

DIONNE, Antoine (1764-1845)
MORIN, Marthe (1774-1847)
m. 6 février 1798

DIONNE, Antoine (1738-1822)
CARON, Marie-Louise (1745-1803)
m. 7 février 1763, St-Roch-des-Aulnaies

DIONNE, Antoine (1707-1779)
LIZOTTE, Marie-Anne (1715-?)
m. 21 juin 1734, Ste-Anne de La Pocatière

DIONNE, Jean (1670-1752)
MIGNEAULT, Charlotte (1674-1747)
m. 2 août 1694, Château-Richer

DIONNE, Antoine (1641-1721)
IVORY, Catherine
m. 25 février 1660 in Coutron,
La Ferte-Gaucher, Champagne, France

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