Coronavirus: comment expliquer la pandémie aux enfants sans les inquiéter?

Et surtout, comment gérer la déception quand toutes leurs activités préférées sont annulées...

Si vos enfants ne vous assaillent pas déjà de questions à propos du coronavirus, ça ne tardera plus maintenant que le gouvernement a annoncé la fermeture des écoles et des milieux de garde pour les deux prochaines semaines.

Mais comment explique-t-on une pandémie à des enfants sans leur causer encore plus d’anxiété? Le HuffPost Québec s’est entretenu avec la psychologue clinicienne Geneviève Beaulieu-Pelletier, qui a de précieux conseils à partager avec les parents.

D’abord, la psychologue suggère d’illustrer nos propos et d’adapter notre langage en fonction de l’âge de l’enfant. On peut utiliser une analogie, par exemple celle des «petites autos».

L’ANALOGIE DES PETITES AUTOS

Imagine si on était tous des autos qui peuvent transporter le virus d’une personne à l’autre. Les autos qui sont en bon état, elles peuvent transporter le virus sans problème, parfois même sans s’en rendre compte. Mais pour les autos plus usées le virus pourrait causer des dommages. Elle pourrait tomber en panne. Et dans ce cas-là, il faudrait l’amener au garage.

C’est la même chose pour les personnes. La plupart des gens sont comme des autos en bon état. Mais il y a certaines personnes qui sont comme des autos plus usées. Et le garage, c’est l’hôpital. On essaie d’essayer que le moins d’autos possibles se retrouvent au garage en même temps, sinon le garagiste va être un peu débordé!

La psychologue souligne aussi l’importance de «redonner un certain sentiment de contrôle» aux enfants. «On est dans une situation d’impuissance, collectivement, dit-elle. C’est une belle occasion de discuter de ce qu’eux, les enfants, peuvent faire pour aider.»

Ainsi, on insiste sur l’importance des mesures d’hygiène de base, comme le lavage des mains. «Comme ça les enfants peuvent se dire “moi si je fais ça, ça peut aider”», explique la psychologue.

Cette attitude est aussi pratique pour gérer la déception des enfants lorsque leurs activités préférées sont annulées ou qu’un voyage auquel ils avaient hâte doit être reporté.

«On peut leur expliquer que d’annuler des événements, c’est une façon de reprendre le contrôle sur la situation. Donc on est en train d’aider en faisant ça.»

Dre Beaulieu-Pelletier encourage aussi les parents à valider les émotions de nos enfants. «Il faut leur dire: “Oui, c’est décevant. C’est triste. C’est fâchant. Ça ne sera pas toujours comme ça. Mais en ce moment, c’est une des façons qu’on a d’aider les gens qui sont un peu plus fragiles autour de nous.”»

On leur explique aussi que tout le monde s’affaire à trouver des solutions (les chercheurs, les médecins, les gouvernements) et qu’eux aussi peuvent faire leur part: «En n’y allant pas, on est en train d’agir».

La vérité, mais pas toute la vérité

Dre Beaulieu-Pelletier insiste sur l’importance de rassurer les enfants et de relativiser les dangers de la maladie, notamment en soulignant qu’elle est bénigne chez la plupart des enfants. Et sans tomber dans le mensonge, il faut répondre aux questions comme elles viennent.

«En suivant l’évolution des questions de l’enfant, on va pouvoir répondre à la mesure de ce qu’ils ont besoin de savoir. Je ne vous encouragerais pas à aller au-delà de leurs questions.»

«C’est sûr qu’ils vont avoir des questions. On n’a pas le choix de leur dire ce qui se passe, mais très simplement au départ», insiste-t-elle.

Autant pour les parents que pour les enfants, il faut éviter de se laisser submerger par les informations sur la pandémie. On évite, par exemple, de laisser la radio ou les chaînes d’information allumées en continu. Et on demande à belle-maman d’arrêter de parler de la panique au Costco en présence des enfants.

Ne laissez pas la pandémie contrôler votre vie! Profitez des congés forcés pour passer du temps de qualité en famille et pour aller joueur dehors, suggère Dre Beaulieu-Pelletier.
Ne laissez pas la pandémie contrôler votre vie! Profitez des congés forcés pour passer du temps de qualité en famille et pour aller joueur dehors, suggère Dre Beaulieu-Pelletier.

«Autant que possible, il faut limiter l’exposition aux médias, mais aussi aux conversations entre adultes. On a nos propres peurs, nos propres angoisses par rapport à la situation. Notre travail comme parents, c’est de faire une distinction entre nos angoisses et celles de l’enfant.

«Des fois on oublie que l’enfant est là. Mais même s’il est très jeune et qu’il ne comprend pas les conversations, il peut quand même absorber l’intensité de nos émotions», rappelle Dre Beaulieu-Pelletier.

Les signaux d’alarme

S’il est normal que nos enfants éprouvent des inquiétudes ou du stress en raison de l’épidémie et du changement de routine, certains signes devraient inciter les parents à discuter avec un professionnel de la santé.

«Pour certains enfants, ça va se manifester sous forme d’angoisse et d’anxiété. Ça, on va le capter plus facilement. Il faut être attentif parce que ça peut s’exprimer d’autres façons», avise la psychologue.

Par exemple, certains enfants vont montrer de l’irritabilité ou des réactions de colère lorsqu’ils perdent les repères de leur routine.

«Dans un premier temps, il faut alors leur offrir un espace de discussion. Et pas juste une fois, mais dans les semaines et les mois à venir. Pour beaucoup, ça va être suffisant», affirme Dre Beaulieu-Pelletier.

«Mais si on voit que l’enfant se referme sur lui-même, que les manifestations de colère ou d’anxiété augmentent de façon significative et qu’on a l’impression de ne pas nécessairement reconnaître son enfant, ça peut être le temps d’aller voir un professionnel de la santé», suggère-t-elle.

Il faut donc être attentifs aux changements qui persistent chez l’enfant, autant au niveau de l’humeur que du sommeil, par exemple.

Et il ne faut surtout pas oublier, en tant que parent, de prendre soin de sa propre santé mentale!

Pour certains parents chez qui la situation cause plus d’angoisse, il pourra être nécessaire d’aller chercher l’aide d’un professionnel. «En allant gérer notre propre angoisse, on va aussi beaucoup aider notre enfant. Parce que mine de rien, on leur en transmet beaucoup des choses.»

Si vous avez des inquiétudes ou de l’anxiété par rapport au coronavirus, ou si vous éprouvez des symptômes de la COVID-19, contactez Services Québec en composant le 1-877-644-4545.