OPINION
16/04/2020 12:07 EDT

Démissionner, non. Agir, oui.

Plusieurs citoyens demandent la démission de la ministre responsable des aînés. Ce serait contreproductif de quitter à ce moment-ci. En temps de crise, il faut montrer du leadership!

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Un scandale latent a finalement éclaté en fin de semaine: décès par dizaines, personnel absent, querelles entre la direction de l’établissement et le CIUSSS. Je parle bien sûr de la situation du CHSLD Herron de Dorval.

Ce genre de situation fait partie de ce qu’on appelle la maltraitance organisationnelle. Existent aussi les maltraitances physique, psychologique et financière.

Au cours de la dernière année seulement, de par la bouche et la plume de son porte-parole pour les aînés Harold LeBel, le Parti québécois a questionné le gouvernement et sa ministre responsable des Aînés, déposé des motions au Salon Bleu, écrit des lettres ouvertes dans les journaux et déposé le projet de loi 497 visant à créer le protecteur des aînés.

Autant d’initiatives pour proposer des solutions afin de mieux défendre et protéger les droits des aînés. Autant d’occasions manquées pour la ministre.

L’idée du protecteur des aînés ne date pas d’hier. Depuis les années 90, plusieurs groupes représentant les retraités et les aînés le demandent, des citoyens le demandent, des parlementaires le proposent, des experts le recommandent.

La ministre refuse, disant que ça infantiliserait les aînés. J’en doute fortement. Est-ce infantiliser les citoyens que d’avoir une protectrice du citoyen? Est-ce infantiliser le gouvernement que d’avoir une vérificatrice générale? Est-ce infantiliser les victimes de violences sexuelles et familiales que de créer un tribunal spécialisé? Non, non et non, bien sûr.

La ministre clame souvent son amour pour les aînés et nul ne peut douter de sa sincérité.

Cela dit, est-ce réellement une compétence? Aussi, elle blâme souvent l’ancien gouvernement dont elle faisait pourtant partie en tant que… ministre responsable des aînés! À ce moment-là, elle envoyait des clowns dans les CHSLD alors que les résidents avaient besoin de soins. Aujourd’hui? Elle fait une tournée de photos dans les CHSLD alors que les résidents ont besoin de soins.

Elle brandit aussi le nébuleux projet des maisons des aînés ou d’aussi nébuleux millions qu’elle veut injecter dans le réseau. Ok. Mais où sont les gestes concrets et les résultats?

Elle brandit aussi son projet de créer un genre de «super commissaire aux plaintes». Sauf que l’indépendance des commissaires aux plaintes est un concept plutôt flou. Aussi, ils ne peuvent travailler que dans les situations où des services sont donnés par l’État, alors que la maltraitance envers les aînés existe partout et non seulement dans le réseau de la santé.

Plus que de seulement recevoir des plaintes, le protecteur des aînés serait indépendant et aurait le mandat d’enquêter par lui-même, d’agir et de faire des recommandations.

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Le gouvernement a à gérer actuellement une grave crise au Québec et l’a prise au sérieux. Bien! Cependant, dans ce tourbillon, par un manque de personnel, d’équipement et d’informations, il a coupé l’oxygène aux CHSLD et a complètement oublié les aînés. Un mois plus tard, on se réveille en sursaut, voyant qu’on a perdu le contrôle dans les CHSLD et résidences pour aînés.

Le gouvernement l’a échappé. Ok. Ça peut arriver. Mais où était donc la ministre responsable des aînés? C’est précisément son rôle d’alerter son chef et le gouvernement à ce sujet!

Lundi, en point de presse, se faisant questionner sur la crise dans les CHSLD, pour sa seule intervention depuis le début, la ministre parle… des mystérieuses maisons des aînés, encore!

Il y a là un décalage clair avec la réalité.

Il faut prendre les grands moyens pour que nos aînés puissent vivre dans la dignité.

Depuis la situation dévoilée en fin de semaine au CHSLD Herron, plusieurs citoyens demandent la démission de la ministre responsable des aînés. Mon opinion: démissionner, non. Agir, oui. Ce serait contreproductif de quitter à ce moment-ci. En temps de crise, il faut montrer du leadership! Leadership veut dire agir et savoir collaborer pour prendre les meilleures décisions possibles.

Que la ministre se ressaisisse et fasse preuve de leadership durant la crise actuelle. Et que, dès que les travaux reprendront au Parlement, elle demande à son leader parlementaire Simon Jolin-Barette d’appeler à l’étude le projet de loi 497 visant à créer le protecteur des aînés.

Il faut prendre les grands moyens pour que nos aînés puissent vivre dans la dignité.

Pour une société plus juste.