POLITIQUE
24/02/2019 23:14 EST | Actualisé 25/02/2019 10:45 EST

«Tout le monde en parle» : le sociologue Guy Rocher se prononce sur le débat sur la laïcité qui s’amorce au Québec

«Ce n'est pas un scandale de demander aux enseignants de respecter les consciences des enfants.»

Karine Dufour/Radio-Canada
Le sociologue Guy Rocher était accompagné du journaliste et ex-ministre Pierre Duchesne, qui vient d'écrire une biographie à son sujet.

Alors que s'amorce l'épineux débat sur les signes religieux au Québec, le gouvernement Legault peut compter sur l'appui de l'un des pères du rapport Parent pour étendre l'interdiction aux enseignants.

«Ce n'est pas un scandale de demander aux enseignants de respecter les consciences des enfants, des élèves qui sont devant eux et des parents», estime le sociologue Guy Rocher, qui était invité sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche soir.

M. Rocher, qui s'apprête à souffler ses 95 bougies, dit ne pas comprendre pourquoi les enseignants ont «le droit d'afficher et de faire respecter [leurs] convictions» religieuses.

À son avis, les enseignants au Québec évoluent dans une perspective «individualiste». «En 1960, ce à quoi on a pensé, c'est que l'enseignant doit respecter les convictions des élèves. Là, on a renversé la perspective. Je trouve que c'est un non-sens!»

«Et le crucifix à l'Assemblée nationale?» s'est risqué l'animateur Guy A. Lepage. «Contre!» a répliqué M. Rocher.

«Le crucifix a été mis là par [l'ancien premier ministre Maurice] Duplessis pour montrer l'union entre l'Église catholique et l'État québécois. C'était purement politique! Aujourd'hui, je pense qu'on vit dans un État où on a accepté un peu plus la séparation entre l'État et les religions.»

M. Rocher était accompagné du journaliste et de l'ex-ministre péquiste Pierre Duchesne, qui vient de publier le premier tome d'une biographie au sujet du sociologue émérite.

Plus d'un demi-siècle après le rapport Parent

Avec le recul, M. Rocher considère-t-il que le rapport sorti de la commission Parent a rempli ses promesses? En partie, dit-il.

«On partait de bien loin. En 1960, nous, les Canadiens français de l'époque, étions la population la moins scolarisée à travers le Canada. Il y avait derrière nous seulement les Amérindiens qui étaient moins scolarisés. C'était un désastre!»

Le nonagénaire se réjouit du chemin parcouru depuis plus d'un demi-siècle.

«Pour moi, les cégeps, c'est l'invention la plus extraordinaire qu'on ait pu faire au Québec, affirme-t-il. Bien sûr, des fois, on est gênés parce qu'il n'y en a pas beaucoup ailleurs et on pense que parce qu'il n'y en a pas ailleurs, ce n'est pas bon. C'est toujours notre petit complexe.»

«Mais en réalité, les cégeps sont les piliers de développement économique, social et politique en région, particulièrement avec les options professionnelles», ajoute M. Rocher.

De la loi 101 au «Bonjour-Hi»

M. Rocher, qui est aussi corédacteur de la loi 101, avait aussi son grain de sel à dire sur l'avenir de la langue française. À son avis, la loi 101 est «victime de son succès», puisque la population ne s'en inquiète plus outre mesure.

«Finalement, on s'imagine qu'il n'y a pas de problème pour la langue française. On s'est comme affaiblis à cet égard, déplore-t-il. C'est pris pour acquis, surtout que nous sommes, Québécois francophones, devenus de plus en plus bilingues.»

«...ce qui n'est pas un défaut!» a fait valoir Guy A. Lepage.

«Ce qui n'est pas un défaut, au contraire. C'est une qualité, a acquiescé M. Rocher. Mais il y a une importante différence à faire entre le bilinguisme individuel, de chaque personne, et le bilinguisme des institutions.»

Il a rappelé que la loi 101 à l'époque avait sorti le Québec d'une «crise linguistique» qui durait depuis 10 ans. Elle impose l'usage l'usage du français en priorité dans l'affichage public et oblige les enfants d'immigrants à fréquenter l'école française.