POLITIQUE
17/02/2016 08:55 EST | Actualisé 17/02/2016 12:22 EST

Hélène David demande à Québec Cinéma de retirer le nom de Claude Jutra de la Soirée des Jutra

Le dévoilement mercredi de la pièce manquante aux allégations de pédophilie visant le cinéaste Claude Jutra, soit le témoignage d'une victime agressée à partir de l'âge de six ans, est en voie de faire pencher la balance en faveur d'une révision de sa place dans l'espace public.

D'une part, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Hélène David, a demandé à Québec Cinéma de retirer le nom de Claude Jutra du gala annuel qui récompense les artisans du milieu cinématographique.

Lors d'une brève mêlée de presse, la ministre a estimé la situation "intenable". "C'est totalement bouleversant", a-t-elle laissé tomber.

Elle s'est entretenue avec le président de l'organisme, Patrick Roy, tôt mercredi matin, pour lui demander "en mon nom et au nom du gouvernement de retirer le nom de Claude Jutra au gala Jutra".

Le "comité de sages" mis sur pied par Québec Cinéma, l'organisme responsable du gala des Jutra, est réuni ce mercredi matin et une sortie publique quant à la nomenclature des prix est prévue en début d'après-midi.

D'autre part, la ministre David a aussi demandé à la Commission de toponymie du Québec de lui fournir la liste de tous les lieux publics portant le nom de Claude Jutra afin que les municipalités soient en mesure de la consulter et décider si elles maintiendront ou non les désignations au nom du cinéaste.

La salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise sera rebaptisée, a indiqué Marcel Jean, directeur général.

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Or, le maire de Montréal, Denis Coderre, a annoncé dès mercredi matin à l'occasion de la réunion du comité exécutif de la ville, qu'un parc portant le nom du cinéaste sur le Plateau Mont-Royal (angle des rues Clark et Prince Arthur ouest) serait renommé, de même qu'une rue dans l'arrondissement Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

"À la lumière de ce qu'on voit ce matin, j'ai toujours dit qu'il ne fallait pas défendre l'indéfendable de toute façon et qu'il fallait réagir promptement, mais de façon factuelle", a déclaré le maire en soutien à la décision de la ville.

Les maires des villes de Québec et de Lévis, Régis Labeaume et Gilles Lehouiller, ont également annoncé mercredi que les rues portant le nom Claude-Jutra dans leur municipalité - il y en a une dans chaque ville - seraient renommées.

Claude Jutra, qui s'est enlevé la vie en 1986, a d'abord fait l'objet d'allégations de crimes de pédophilie dans une biographie lancée mardi, mais ces allégations ne reposaient que sur la foi de témoins anonymes.

Les propos et gestes de la ministre David et du maire Coderre surviennent dans la foulée de la publication d'une entrevue par "La Presse" où un homme affirme avoir subi de la part du cinéaste une multitude d'agressions sexuelles pendant une période d'une dizaine d'années, à partir de l'âge de 6 ans. La ministre David a dit avoir été secouée par la lecture de ce témoignage.

La publication de la biographie de Claude Jutra écrite par Yves Lever et son évocation de relations avec des jeunes garçons avait déjà incité des gens du milieu cinématographique à réclamer que le nom de Claude Jutra ne soit plus associé au gala qui célèbre annuellement le cinéma québécois.

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