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15/02/2016 01:55 EST | Actualisé 16/02/2016 08:00 EST

Claude Jutra: Yves Lever, l'auteur de la biographie, trouve les réactions disproportionnées

Une nouvelle biographie sur Claude Jutra décrivant des tendances pédophiles alléguées du cinéaste iconique de notre cinéma fait scandale dans le milieu du 7e art québécois. Et à un mois du gala des Jutra, nommé en l’honneur du célèbre réalisateur, les allégations du livre suscitent un gros malaise.

Dans un court passage de Claude Jutra, biographie, à paraître mardi aux éditions du Boréal, l’auteur Yves Lever – critique et professeur de cinéma à la retraite – revient sur les relations intimes qu’aurait eues le célèbre cinéaste au cours des années 1970 avec «des garçons de 14 ou 15 ans et même plus jeunes». À l'époque, l'âge pour le consentement sexuel était fixé à 14 ans.

Reprise par les médias, l’annonce a fait l’effet d’un pavé jeté dans la mare affolant les réseaux sociaux et responsables politiques. En entrevue pour Le Huffington Post Québec, M. Lever s’est dit plutôt étonné des réactions qu’il trouve d’ailleurs totalement disproportionnées.

«Même si je savais que cela allait provoquer un petit remous, je ne m’attendais pas à une telle ampleur, a-t-il affirmé au téléphone. Je suis franchement étonné, car beaucoup de gens que j’ai rencontrés pour les besoins du livre savaient au sujet de Claude Jutra.»

«Dans le milieu du cinéma, de multiples sources le confirment, écrit d'ailleurs M. Lever dans son ouvrage. Beaucoup de gens savent que Jutra aime les jeunes garçons, bien qu’il ait aussi des rapports sexuels et amoureux avec des hommes adultes.»

Grande figure du cinéma québécois, Claude Jutra, qui s'est suicidé en 1986, a réalisé de nombreux longs métrages dont les classiques Mon oncle Antoine et Kamouraska. Son nom que l’on retrouve sur plusieurs rues du pays est aussi synonyme des trophées remis chaque année aux meilleurs cinéastes et artisans québécois.

«Il a marqué l’histoire du Québec à une époque où l’amour entre un adulte et un enfant était célébré par plusieurs artistes. Je n’essaye pas de le défendre, mais il faut mettre le tout en contexte avec les années 1960-1970. Oui, il a eu des relations répréhensibles à 40 ans avec des victimes de 14 ans, mais je ne pouvais pas éluder, cette part sombre de l’homme», a affirmé l’auteur en entrevue.

Signalons que les responsables chez Québec Cinéma, organisme qui chapeaute le gala des prix Jutra, se sont réunis ce matin d’urgence pour décider de la marche à suivre. Changer ou pas le nom des Jutra? «Je suis contre le changement de nom des trophées, a ajouté M. Lever. Après le gala, la controverse sera oubliée. Les gens auront déjà passé à autre chose. Claude Jutra est l’un de nos plus grands artistes. À un moment donné, il faut savoir dissocier l’œuvre de l’homme.»

La biographie sortira en librairie mardi aux éditions du Boréal.

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