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04/10/2018 11:33 EDT | Actualisé 04/10/2018 11:38 EDT

Place du 6-décembre-1989: ma rencontre avec Chrystia Freeland

Je suis touché par ces femmes qui ont insisté pour se recueillir un moment au Parc du 6-décembre-1989, en mémoire de celles qui ont été tuées lors de la tragédie de la Poly il y a 29 ans.

Serge St-Arneault

À l'initiative du cabinet de la ministre des Affaires étrangères du gouvernement du Canada et avec l'aide du Service des communications et des relations publiques de la Polytechnique Montréal, j'ai été invité à une commémoration initiée par les femmes ministres des Affaires étrangères réunies pour un sommet historique à Montréal les 21 et 22 septembre 2018.

Je suis allé à la Place du 6-décembre-1989 tôt dans l'après-midi de samedi, où allait se dérouler l'événement. Je me suis aussitôt dirigé près de la stèle illustrant la lettre «A» et le nom de ma sœur Annie gravé sur le sol.

Serge St-Arneault

La température était splendide. Sylvie Haviernick, la sœur de Maud, m'a ensuite rejoint. Ensemble, nous avons attendu l'arrivée de la ministre Chrystia Freeland ainsi que Federica Mogherini, représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères. Notre rôle consistait à les accueillir officiellement. De fait, les premières voitures à apparaître ont été celles de la ministre des Affaires étrangères suédoise et de la République d'Andorre.

Tout compte fait, il y avait peu de monde présent, si ce n'est les officiels du gouvernement et les journalistes, tenus à distance. Sylvie et moi avons donc conduit nos hôtes le long du tracé séparant les 14 noms étalés sur le sol. Toutes les autres femmes ministres de leur différent pays ont suivi le cortège en déposant les roses blanches. J'accompagnais Federica Mogherini. Elle était très touchée par le lieu et la symbolique des fleurs. Elle a improvisé un discours après celui de Chrystia Freeland.

Après la séance de photos, les voitures protocolaires noires étaient vites au rendez-vous pour le départ des femmes ministres. Federica Mogherini était elle-même un peu nerveuse, car elle devait prendre son vol à 16h à l'aéroport en direction de New York dans le cadre de la 73e Assemblée générale de l'ONU.

─ «Je vous souhaite bon voyage. Revenez nous voir. Il y a beaucoup de belles choses à découvrir à Montréal.»

─ «Je n'y manquerai pas. Merci pour votre accueil.»

─ «Oh! Madame Freeland, permettez-moi de vous dire une chose.»

─ «Oui! Je vous écoute.»

─ «J'aime votre nom. Je l'aime vraiment.»

Elle s'est mise à rire. Freeland signifie littéralement «terre libre».

─ «Nous savons tous que les discussions que vous menez pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis ne sont pas faciles. Mais courage. Nous sommes fiers de vous.»

Je vous laisse le soin de deviner ce qu'elle m'a répondu. C'est un «secret d'État». Je vous le dirai au creux de l'oreille, mais pas plus. Enfin, je me suis surpris de lui dire à haute voix: «On vous aime!»

En un rien de temps, presque tout le monde était parti. Pourtant, il restait encore une voiture protocolaire. (Question: pourquoi sont-elles toujours noires?)

Je m'adresse alors au responsable du service protocolaire qui n'en finissait plus de nous remercier d'être venus.

─ «En tout cas, lui dis-je, si vous voulez que nous revenions, je pose une condition.»

─ «Laquelle?», me demande-t-il.

─ «Et bien! La prochaine fois, je veux moi aussi être reconduit à domicile dans l'une de vos voitures protocolaires noires.»

Je suis certain qu'il a déjà oublié.

Ma dernière bise, je l'ai donnée à Sylvie en nous promettant mutuellement de nous revoir bientôt. Puis, j'ai pris le métro à deux coins de rue plus loin.

Ceci dit, je suis donc profondément touché par le geste de ces femmes qui ont insisté pour se recueillir un bref moment au Parc du 6-décembre-1989 en mémoire de celles qui ont été tuées lors de la tragédie de la Polytechnique il y aura bientôt 29 ans.

D'après les reportages journalistiques, je note que l'élimination de la violence fondée sur le genre était l'un des thèmes discutés par ces femmes ministres. C'est leur désir d'établir une tradition de coopération. Je leur souhaite bonne chance.

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