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03/10/2018 10:15 EDT | Actualisé 03/10/2018 10:34 EDT

Quand les vieux se taisent et oublient de transmettre

L'être humain n'est pas une machine turbo, il a besoin de temps pour s'adapter à la transition, aux nouvelles idées et surtout les comprendre et les assimiler.

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Nous, les vieux, avons une grande part de responsabilité dans le piétinement de nos racines.

Moi aussi, dans la vingtaine, j'ai été un jeune animé du désir de tout changer lors de la décennie charnière de 1960. Je trouvais alors «outrageusement vieux» les gens de 60 ans... et même de 50 ans. La voie d'évitement, la voie de service, me semblait toute désignée pour eux. Je déplorais leur conservatisme, c'est-à-dire leur attachement à des valeurs passées, surtout dépassées, aux yeux de ma génération. Toute nouvelle idée, toute nouveauté étaient «LA» solution. C'était l'heure d'une révolution, une Révolution tranquille. Nous étions invincibles! Audacieux! Convaincus de pouvoir la réaliser! Et surtout d'avoir raison!

J'appartiens maintenant à cette génération de Vieux qui regardent les jeunes: ces jeunes invincibles, audacieux, convaincus de tout pouvoir et surtout d'avoir raison. Tout en observant, comme vous tous, une perte de l'identité québécoise, un rejet de l'histoire et des traditions.

Nous, les vieux, avons une grande part de responsabilité dans le piétinement de nos racines. Nous pouvons déplorer la brisure des années 60 où, dans un aveuglement sans précédent, nous avons balayé du revers de la main ce qui naguère avait été le froment et le levain de nos ancêtres.

D'autre part, nul ne peut contester l'apport de notre génération, dans le développement exceptionnel et les progrès humains et sociaux remarquables, dont tous profitent aujourd'hui, et apporté dans la foulée de la Révolution tranquille.

Sous un angle différent, notre envie incontrôlable de faire table rase de la filiation avec les périodes précédentes de notre histoire a largement contribué à engendrer cette perte d'identité passée qui revient nous interpeller, encore aujourd'hui.

L'être humain n'est pas une machine turbo, il a besoin de temps pour s'adapter à la transition, aux nouvelles idées et surtout les comprendre et les assimiler.

Autrefois, il fallait trois générations pour compléter un changement marquant. Aujourd'hui, il ne suffit que d'une demi-génération. Trop vite. L'être humain n'est pas une machine turbo, il a besoin de temps pour s'adapter à la transition, aux nouvelles idées et surtout les comprendre et les assimiler.

L'âge de transmettre

Comment transmettre quand tout se déroule dans un si court laps de temps? On n'en a pas le temps. Tout est désuet si rapidement. Mais les grandes valeurs nobles traversent les siècles et les traverseront encore si nous les transmettons. Peu importe les générations.

Il nous appartient, sans aucun doute, de ressouder nos racines en sol québécois. Racines qui se sont aussi profondément entremêlées avec celles des Premières nations et des arrivants plus récents au cours de notre Histoire. Un métissage, quoi! Nous, les Vieux, avons la mission de transmettre les valeurs traditionnelles, dont le flot a été brisé par le barrage de la célèbre révolution. Quelles sont ces valeurs? Les valeurs de durée, si importantes à toute nation. Ce qui inclut l'Histoire. Celles du sens de la vie et aussi de vision élargie orientée vers la suite du monde. Ce qui ne semble plus être «in» de nos jours.

Nourris par l'expérience de la vie, nous pouvons inspirer la persévérance, la discipline, l'honnêteté, la loyauté, la raison d'être de la famille, le sens de la communauté, le civisme, le bénévolat, le don de soi, la générosité, l'amour des autres, la sobriété, la foi, le travail bien fait, l'effort, le respect, l'autorité, la patrie, la solidarité, l'Histoire, les traditions, les rituels, la spiritualité, la passion, la bonne nourriture, le respect des ancêtres et leurs œuvres et combien d'autres.

Les valeurs morales sont les gènes et l'identité d'une nation.

C'est à elles qu'on reconnaît une nation d'une autre. Elles sont intimement liées à l'histoire où elles ont pris racine, où elles ont bourgeonné, où elles ont fleuri. Ne piétinons pas, n'enfouissons pas les plates-bandes de notre histoire. Les fleurs ont droit à plusieurs vies et d'engendrer de nouvelles boutures. À moins de les écraser avec nos gros sabots de pseudo développeurs.

Tout cela sera perdu si nous, les aînés, n'avons pas accès à toutes les tribunes adéquates et n'avons pas accès à l'espace médiatique qui nous revient. Notre pouvoir d'influence en est et sera réduit. Nous devons cesser de nous taire. Et la société tout entière doit cesser de nous inviter à nous taire.

J'observe que la nouvelle génération est en train de reproduire bien des erreurs des vieux, comme étouffer les racines des fleurs, et de jeter le bébé avec l'eau du bain. Que restera-t-il? En serons-nous rendus à importer et bâtir une toute nouvelle identité inspirée par les valeurs que nous apportent les immigrants? À l'inspiration des autres? Et de reproduire nos erreurs? Et de véhiculer les vieux clichés pour décrire les vieux comme le font ceux qui suivent?

Pourtant notre histoire, même récente, a des héros, des valeurs, des rituels qui peuvent nous inspirer, colorer notre culture et consolider notre identité.

Les vieux doivent cesser de se taire et profiter de toutes les tribunes.

Partagez-vous ce point de vue? Voyez-vous les choses autrement? Pourquoi ne pas laisser un commentaire en y ajoutant votre âge?

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