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11/04/2019 11:09 EDT | Actualisé 11/04/2019 11:31 EDT

Green New Deal: la transition énergétique comme contrat social

Nous n'avons pas tellement le choix d'embarquer dans la transition énergétique, mais il me semble que pour réussir, il faudra miser sur un véritable contrat social qui bénéficiera de l'adhésion citoyenne.

Senate Democrats, CC by-2.0
La nouvelle représentante démocrate au congrès, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), a fait du Green New Deal son cheval de bataille, déposant une résolution à la chambre des représentants le 7 février dernier.

Aux États-Unis, le Green New Deal est devenu incontournable dans le débat public. Inspiré du New Deal lancé par Roosevelt en 1933 pendant la Grande Dépression, ce projet d'investissements massifs dans des infrastructures sobres en carbone vise à assurer la transition énergétique en plus de promouvoir la justice sociale.

La nouvelle représentante démocrate au congrès, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), a fait du Green New Deal son cheval de bataille, déposant une résolution à la chambre des représentants le 7 février dernier. Efficacité énergétique des bâtiments, transport collectif et électrification des transports, agriculture durable, fabrication propre des biens de consommation, équité salariale et même droits des autochtones: il s'agit d'un plan très ambitieux.

La plupart des candidats déclarés à l'investiture démocrate appuient le Green New Deal. Difficile de faire autrement vu l'enthousiasme qu'il suscite. On voit donc mal comment l'idée pourrait ne pas être au coeur de l'élection présidentielle de 2020.

Au Québec, l'environnement est sur toutes les lèvres, mais la notoriété du Green New Deal demeure assez faible pour l'instant. Il ne saurait toutefois tarder qu'une proposition similaire vienne animer nos discussions.

Pour une transition juste

La transition énergétique ne se fera pas sans heurt. Plusieurs seront fortement incités, voire presque forcés à faire des choix différents, notamment en raison des prix des carburants fossiles qui sont appelés à augmenter au cours de la prochaine décennie. En effet, grâce entre autres aux mécanismes de tarification du carbone, les subventions directes et indirectes aux industries polluantes devraient progressivement disparaître.

Alors que les inégalités croissantes suscitent des tensions qui s'aggravent, le changement de modèle économique et le déclin prévisible d'industries polluantes nécessitent une réflexion sérieuse sur les conséquences et les opportunités qui viendront avec cette transition. En ce sens, il est salutaire de constater que la résolution portée par AOC constitue un véritable projet social.

La transition devra assurément contribuer à améliorer les conditions des minorités socioéconomiques. Il ne faudrait pas, toutefois, que le Green New Deal soit perçu par la majorité comme la lubie idéologique des progressistes les plus militants.

Il doit s'agir d'un véritable contrat social porteur de sens pour les populations partout sur le territoire.

Pour éviter de tomber dans le piège idéologique, les mesures mises de l'avant devront s'appuyer sur la recherche empirique, en plus de s'inscrire dans un narratif facilement compréhensible.

Prendre les problèmes à la racine

L'un des reproches que quelques-uns ont exprimé à l'égard du Green New Deal, tel que formulé dans la résolution d'AOC, est qu'il n'aborde à peu près pas les questions d'aménagement du territoire et d'urbanisme.

On aura beau investir des sommes astronomiques pour construire des infrastructures de transport collectif, les résultats seront mitigés si l'on continue de développer des quartiers étalés qui encouragent la dépendance à l'automobile.

C'est en réfléchissant à l'aménagement que l'on pourra s'attaquer à plusieurs problèmes environnementaux en les prenant à la racine.

Si par exemple les décisions d'urbanisme tiennent davantage compte des services écosystémiques rendus par la nature, comme la prévention des inondations et la filtration de l'eau, on sera pas mal moins tenté de sacrifier des milieux naturels et agricoles pour y construire des bungalows tout neufs.

On sait déjà que le coût des changements climatiques prévus selon les tendances actuelles surpasse celui d'agir maintenant pour les prévenir. Mais pour ça, il faut s'assurer que les dollars dépensés rapportent un maximum de bénéfices à l'ensemble de la société.

L'efficacité n'a pas de couleur politique.

Quelques réflexions pour un Green New Deal au Québec

Le Québec a beau être l'une des sociétés les plus égalitaires en Amérique du Nord, le fléau des inégalités nous guette ici comme ailleurs. En ce sens, le nouvel Observatoire québécois des inégalités pourrait contribuer à atténuer les effets de l'augmentation de prix des énergies polluantes due à la tarification du carbone. La fiscalité verte n'est pas nécessairement régressive, au contraire.

On ne peut certes pas transposer directement les réalités américaines au contexte québécois. Reste que nous ne vivons pas en vase clos et que si le parti démocrate prend le pouvoir en 2020, le gouvernement Legault devra en prendre acte rapidement et réagir.

En bon gestionnaire, notre premier ministre devra assurer de l'efficacité des mesures environnementales en évitant de défaire avec la main droite ce qu'il fera avec la main gauche.

Le gouvernement a d'ailleurs pris la bonne décision dans son premier budget en annonçant une augmentation inédite de 15% des sommes prévues au Plan québécois des infrastructures (PQI), constatant l'état des infrastructures. On ne peut que célébrer les nouveaux investissements pour les écoles, les hôpitaux et l'entretien des réseaux de transport.

Tous les nouveaux bâtiments qui seront construits, notamment les nouvelles écoles, devraient être assujettis à des critères stricts d'efficacité énergétique et de localisation écoresponsable.

Une semaine après les manifestations des étudiants sur le climat, il était toutefois peu surprenant qu'un budget faisant la part belle aux projets autoroutiers sans confirmer de nouveaux investissements en transport collectif suscite de vives critiques.

Au cours des jours suivants, le président du Conseil du trésor Christian Dubé s'est néanmoins fait rassurant en affirmant que investissements en transport collectif sont appelés à plus que doubler. De grâce, ne répétons pas l'erreur du plan de relance de 2009 qui misait excessivement sur la construction d'autoroutes!

Des besoins financiers pour favoriser l'adaptation aux changements climatiques, il y en a d'ailleurs partout sur le territoire. Dans toutes les régions du Québec, les infrastructures vertes remplissent de multiples fonctions, qu'il s'agisse de prévenir l'érosion des berges, de lutter contre les îlots de chaleur ou d'améliorer la qualité de l'air, mais beaucoup plus doit être fait.

Réussir la transition

Ce n'est pas comme si nous avions tellement le choix d'embarquer dans la transition énergétique, mais il me semble que pour réussir, il faudra miser sur un véritable contrat social qui bénéficiera de l'adhésion citoyenne.

L'arrivée du Green New Deal dans le débat public nous forcera à y réfléchir, espérons-le, plus tôt que tard.

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