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28/08/2018 10:01 EDT | Actualisé 28/08/2018 11:22 EDT

Pères Maristes, pères sexistes

Nous tenons à dénoncer cette situation, selon laquelle les parents ne punissent pas leurs enfants fautifs, mais réclament le maintien de leurs privilèges.

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La présente vise à dénoncer l’attitude désinvolte et empreinte de complaisance et de banalisation d’actes à caractère sexuel dont les parents de trois agresseurs du Séminaire ont fait preuve.

Ce texte a été écrit en réaction au blogue: Séminaire des Pères Maristes: les défis du quotidien des milléniaux

La présente vise à dénoncer l'attitude désinvolte et empreinte de complaisance et de banalisation d'actes à caractère sexuel dont les parents de trois agresseurs du Séminaire ont fait preuve.

En mai dernier, lesdits étudiants sont arrêtés pour avoir commis des violences sexuelles à l'égard de collègues étudiantes. Dans la foulée des événements, une étudiante victime commet une tentative de suicide. Nous tenons à rappeler que la distribution de photos intimes des victimes sans leur consentement ainsi que la distribution de pornographie juvénile enfreignent le Code criminel. Conséquence: les étudiants ne sont suspendus que pour une semaine selon le Plan de lutte contre l'intimidation et la violence du Séminaire.

Le 21 juin, l'école annonce qu'il n'y aura aucune mesure supplémentaire à l'égard des garçons et que tout ce «beau» monde se reverra à la rentrée d'automne 2018. Nous lançons aussitôt une pétition, qui aura bientôt 3500 signatures, dans laquelle nous demandons que les victimes n'aient pas à côtoyer leurs agresseurs, et donc les protéger elles, ainsi que toutes les autres adolescentes qui fréquentent le séminaire.

En raison de l'absence de prise de position du Séminaire, leurs parents réclament alors une injonction afin que leurs enfants retournent à l'école; l'injonction est accordée le 24 août.

Le 1er août, le ministère envoie une lettre au Séminaire pour lui rappeler son devoir de respecter la Loi, soit la protection des victimes et d'appliquer un plan crédible de lutte contre l'intimidation. Le Séminaire renvoie donc les agresseurs en se justifiant par la pression médiatique. De ce fait, en raison de l'absence de prise de position du Séminaire quant à la faute des élèves ayant agi de cette façon, leurs parents réclament alors une injonction afin que leurs enfants retournent à l'école; l'injonction est accordée le 24 août.

Nous tenons donc à dénoncer cette situation, selon laquelle les parents ne punissent pas leurs enfants fautifs, mais réclament le maintien de leurs privilèges. En effet, l'injonction se base sur le fait que ces jeunes devaient changer d'école! Mais quel préjudice! Et puisqu'aucune autre école privée ne pouvait les inscrire, ils auraient dû se tourner vers le réseau d'éducation public. Est-ce que l'état des écoles publiques est si lamentable que de «s'abaisser» à les fréquenter génère de véritables ravages dans la vie des jeunes qui y étudient?

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En réaction, nous tenons à souligner que l'École se doit d'appliquer la Loi, et qu'en enfreignant le Code de vie d'une institution, d'autant plus que cette infraction s'est qualifiée pour une enquête relevant du Code criminel, il va de soi que des mesures s'imposent. Les sanctions se doivent de refléter la gravité de la faute commise. Et au-delà des mesures disciplinaires, rappelons que la protection des victimes est de la plus haute importance et que ça n'a rien à voir avec le fait de «punir» les agresseurs. Il en va de la santé et de la dignité des victimes.

En accordant cette injonction basée sur l'absence de positionnement de la direction du Séminaire et du préjudice de voir des ados changer d'école vers le réseau public, nous soutenons que le jugement n'a pas saisi la teneur de cette situation. En effet, le juge soutient ne pas se pencher sur le fond, mais il se permet des commentaires qui banalisent la souffrance des victimes en évoquant que les agresseurs ont dû être «privés du spectacle de fin d'année», des «activités sportives» et d'un «voyage-étudiant».

Cette fausse logique risque d'entrainer un débat préjudiciable entre l'impact qu'ont subi les victimes vs l'impact des conséquences pour les jeunes ayant commis les actes reprochés.

En empruntant cette voie, cette fausse logique risque d'entrainer un débat préjudiciable entre l'impact qu'ont subi les victimes vs l'impact des conséquences pour les jeunes ayant commis les actes reprochés. Mais diantre, comment comparer ces souffrances, considérant qu'une de leurs victimes a commis une tentative de suicide à la suite de leurs gestes et, vu les circonstances, que deux de leurs victimes se priveront de leur école?

Le juge tente aussi d'enlever toute crédibilité à notre pétition, en soulignant l'absence d'information «précise» sur les signataires ou leurs coordonnées. Pourtant, plusieurs milliers de personnes l'ont signée, ce qui devrait au contraire lui rappeler l'enjeu d'ordre public ainsi que les besoins de protection des victimes qui, d'ailleurs, sont des droits constitutionnels.

De plus, comment se fait-il que le directeur du Séminaire n'ait pas fourni de meilleures preuves quant aux préjudices vécus par les victimes? Pourquoi ne pas avoir informé les parents des victimes ou encore les enquêteurs chargés de l'enquête criminelle qu'une telle procédure était en cours? Ce cafouillage démontre que l'école doit clairement se positionner en dénonçant les manquements au code de vie en lien avec le plan de lutte contre l'intimidation et la violence afin que le renvoi des élèves soit motivé par le réel motif.

Où se situent les valeurs et la véritable pensée du Séminaire des pères maristes ? La question se pose. Le Séminaire, bien que la direction ait publiquement mentionné son désaccord, a confirmé se contraindre au jugement plutôt que de manifester de façon indiscutable qu'ils allaient tout faire pour tenter d'aller en appel et ainsi respecter leur propre code de conduite ainsi que la loi.

Le ministre quant à lui, où est-il?

Ce chaos se passe pourtant dans sa propre circonscription! D'ailleurs, est-il vraiment sérieux quand il nous dit qu'il tient à assurer la sécurité des victimes alors qu'il ne s'oppose pas à ce jugement? C'est dur à dire puisqu'il change constamment d'opinion en fonction de l'évolution du dossier.

Fait des plus inquiétant, pour les 130 000 enfants qui fréquentent le réseau d'éducation privé, il n'exerce pas le seul recours qui lui est disponible, soit celui d'exercer son pouvoir d'enquête. Il s'agit d'une responsabilité ministérielle dont le Protecteur du Citoyen lui rappelait pourtant l'existence le 30 juin 2018.

En n'assumant pas cette responsabilité, les victimes subissent ce nouvel abandon.

Ce texte a été coécrit avec Kimberley Marin, co-fondatrice de Mouvement Québec contre les violences sexuelles