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18/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 09/05/2018 10:44 EDT

La fin du financement des écoles privées ou comment proposer une fausse bonne solution pour un problème réel

Si l'argument est d'avoir une école inclusive favorisant la mixité sociale, pourquoi mettre de l'avant une solution qui exclut les plus riches en leur permettant d'avoir des écoles non subventionnées parallèles au système public ?

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Il n'y a pas une semaine qui passe sans entendre parler des différents problèmes reliés à notre système d'éducation notamment en regard aux différentes vitesses de celui-ci. Cet enjeu est majeur et soulève la question d'égalité des chances au sein de notre système.

Voici le premier d'une série de cinq papiers dont l'objectif est de mettre la table, par l'énoncé du problème, aux quatre publications subséquentes qui sont en fait des réflexions sur des solutions possibles. La notion de table est ici importante, car en plus de préparer le terrain aux avenues que je propose d'explorer, elle reprend l'idée que le problème ne se règlera pas par un individu seul devant son ordinateur ou encore à Québec dans le bureau d'un responsable d'un dossier d'éducation. Il se règlera quand les différents acteurs du milieu accepteront de s'assoir ensemble en s'écoutant les uns et les autres. Le tout en faisant de l'éducation la priorité et en laissant de côté les a priori idéologiques et corporatistes – répandus dans toutes les strates de la société et donc assurément au gouvernement et dans les différents partis politiques. Encore faut-il que l'on accepte de reconnaitre l'existence du problème.

Un problème réel

L'éducation et la qualité de celle-ci ne devraient pas relever du choix ou du revenu des parents : à l'heure actuelle plusieurs parents font le choix de sacrifier/investir une partie de leur revenu pour assurer une « meilleure » éducation à leurs enfants. Or l'un des postulats de notre société libérale se retrouve ainsi bafoué : l'égalité des chances ne devrait pas dépendre du choix de nos parents, mais bien de nos propres actions dans la mesure où nous en avons la capacité et que celle-ci soit effective. On ne fait pas le choix de son contexte social, on ne fait pas le choix de son contexte économique, comme on ne fait pas le choix d'être malade. Il est donc attendu d'un État qu'il offre la même qualité de service que l'on soit choyé ou non. Or, à l'heure actuelle, l'État québécois manque à son devoir.

On ne fait pas le choix de son contexte social, on ne fait pas le choix de son contexte économique, comme on ne fait pas le choix d'être malade.

Encore aujourd'hui, les écoles privées et les écoles à vocations particulières ($) occupent le haut des palmarès en raison notamment d'une sélection des élèves en fonction de l'argent des parents et/ou encore des résultats académiques. Ce constat est largement documenté et je souligne ici l'excellent papier de la FNEEQ « Cette École que nous voulons » en ce qui concerne la description du problème. Malheureusement celui-ci échoue à proposer une solution globale satisfaisante.

Une fausse bonne solution

Plusieurs groupes (politiques ou encore citoyens) proposent la fin du financement des écoles privées par l'État au nom de l'égalité des chances et de la mixité sociale. Or, comme nous le verrons, cette solution est contreproductive et ne peut pas répondre à l'objectif initial d'égalité et de mixité. Je laisserai l'argument économique de côté, il est peu intéressant dans la mesure où l'éducation reste un investissement. Si nous devons intervenir, cela coûtera plus cher qu'actuellement, du moins à court terme. Je laisserai à d'autres la bataille des chiffres en rappelant qu'il y a un coût à vouloir se donner collectivement une école accessible à tous à la hauteur de nos ambitions.

Cette fausse bonne solution est souvent avancée en affirmant que le Québec est l'un des rares endroits où l'on finance les écoles privées.

Cette fausse bonne solution est souvent avancée en affirmant que le Québec est l'un des rares endroits où l'on finance les écoles privées. Cette affirmation est trompeuse, car au contraire une bonne partie des pays développés socialement finance leur secteur privé. Il existe de nombreux exemples de pays relativement égalitaires finançant à des taux élevés leurs écoles privées. Le Danemark, la Suède, la Belgique, la France, les Pays-Bas et la Finlande (ce cas est intéressant nous y reviendrons dans la prochaine publication) sont entre autres de ces exemples. Il s'agit cependant d'un financement à géométrie variable. Nous voulons améliorer la situation du Québec et non l'appauvrir, alors pourquoi ne pas s'inspirer de ce qui se fait de meilleur ?

Au Québec, les écoles privées non subventionnées sont généralement des écoles passerelles/anglophones ou religieuses. Il y a assurément un questionnement à avoir avec ce type d'école qui s'exclue de la société civile québécoise ou en contourne les règles, mais il ne s'agit pas – sauf exception, d'écoles pouvant être considérées comme élitistes donnant un avantage réel. Il existe aussi certaines écoles à vocation très particulière (souvent reliée à la santé) financées à près de 100% par le public. Cesser le financement du privé engendrerait ce que l'on retrouve ailleurs : la création d'un réseau ultra élitiste. Je ne comprends pas pourquoi cela serait différent au Québec. Abolir le droit d'avoir des écoles privées (d'initiative non étatique) n'a tout simplement aucun sens (d'ailleurs personne ne réclame cela) et relèverait davantage d'un état totalitaire qu'autre chose.

De plus, cesser le financement ne règlerait en rien le problème d'égalité des chances. En effet, la sélection des élèves est bien présente dans le système public. Pensons aux écoles internationales et aux différents programmes particuliers. Cela a assurément comme effet d'accentuer un écrémage, surtout quand on sait que nombreuses sont les écoles privées qui acceptent pratiquement tous les élèves. Certains évoquent qu'il s'agit de mesures pour contrebalancer le privé ou encore que c'est sous l'influence du privé que l'on sélectionne. Je suis assez sceptique : les écoles internationales sont bien antérieures à la « nouvelle » mode du privé et l'existence des nombreuses classes / programmes de douance fait partie du paysage québécois depuis des lustres. De plus, il y a généralement un coût associé aux programmes particuliers et aux exigences propres à chaque école (uniforme, ordinateurs, frais administratifs, sorties, matériel, etc.) ce qui fait grimper la note de façon importante. Quand on parle des écoles publiques d'ici et d'ailleurs, on donne rarement ces coûts qui peuvent atteindre plus de 25% des coûts du privé. Publique on disait ? Le public comme le privé contribue à générer une situation inégalitaire en ce qui concerne les chances de réussite fondée sur le revenu et les résultats académiques et couper le financement ne peut pas, même en partie, régler cela.

Si l'argument est d'avoir une école inclusive favorisant la mixité sociale, pourquoi mettre de l'avant une solution qui exclut les plus riches en leur permettant d'avoir des écoles non subventionnées parallèles au système public ? Il s'agit au mieux de l'exclusion d'un groupe économiquement important quoique moindre en nombre. Est-ce le type de société que nous voulons ? N'y aurait-il pas une alternative possible ? Si nous voulons être solidaires, ce n'est pas par l'exclusion d'un groupe que nous y arriverons.

Une solution est cependant possible, mais elle doit s'inscrire dans un cadre beaucoup plus holistique en revoyant notamment le financement des écoles, mais aussi leur fonction, leur gouvernance, et finalement le développement professionnel des enseignants.

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