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30/04/2018 11:00 EDT | Actualisé 30/04/2018 11:00 EDT

Une gouvernance en éducation issue du 21e siècle ou comment favoriser les initiatives locales

Comment accorder aux écoles une plus grande autonomie sur le plan administratif et vocationnel tout en s'assurant de maintenir une qualité de services accessible à tous sur l'ensemble du territoire?

Getty Images/iStockphoto

Alors que pourrions-nous faire pour nous permettre de réaliser le projet d'une école communautaire et responsable? Certains établissements privés tendent déjà dans la direction que je proposerai dans ce texte, alors que d'autres s'y opposeront farouchement. Au public aussi on retrouve certaines initiatives qui vont dans le sens de ce qui sera proposé, que ce soit au sein d'écoles alternatives ou encore de projets pilotes. Je ne peux passer sous silence le projet – je croyais qu'il était sur la glace – récemment rendu public des Ateliers Éducatifs Angus (AEA). Une école publique, mais administrée de façon autonome en collaboration étroite avec son milieu. Au-delà des étiquettes que certains voudraient coller sur ce projet, on ne peut que saluer pareille initiative. Et si un modèle similaire devenait la norme?

C'est dans l'air du temps : comment accorder aux écoles une plus grande autonomie sur le plan administratif et vocationnel tout en s'assurant de maintenir une qualité de services accessible à tous sur l'ensemble du territoire?

Vieux débat et vous devinez qu'il reste encore du chemin à faire pour arriver à une décentralisation effective des pouvoirs vers les écoles, mais la question de la gouvernance scolaire risque d'être l'un des principaux enjeux en matière d'éducation au cours de la prochaine campagne électorale. « L'agonie » du réseau public n'est pas seulement une question de ressources – il y a urgence d'agir.

Une gouvernance non adaptée

Comme d'autres avant moi, je crois qu'il faudrait déplacer l'ensemble des pouvoirs décisionnels vers les équipes-écoles, c'est-à-dire vers les directions, les enseignants, les différents intervenants sociaux, le personnel de soutien, le syndicat, les parents et dans une certaine mesure les jeunes, bref quelque chose qui s'apparente aux conseils d'établissements (CE). Cependant, il ne s'agit pas ici de renforcer les CE tels que nous les connaissons sans apporter d'importantes modifications sur le plan du fonctionnement et de la représentativité de ceux-ci. En effet, les déficits démocratiques et de compétences de la structure actuelle sont fort nombreux, comme s'il s'agissait d'une loterie du bon fonctionnement au sein de chacun des CE. Les propositions visant, dans le cadre existant, au renforcement des CE se traduiraient par une mainmise des pouvoirs par des directions et quelques parents particulièrement motivés.

Il faudrait donc s'assurer d'une formation adéquate des membres (qui est souvent déjà offerte...) et d'un rééquilibrage du pouvoir entre les différentes instances pour empêcher les dictats possibles d'un groupe sur un autre. De plus, la mise en place d'une structure transparente tant par ses procédés que par l'information véhiculée et la mise en place d'un modèle de gestion horizontale (favorisant la prise de décisions et la responsabilisation) me semblent nécessaires. Comment faire ? Participation inscrite à la tâche des enseignants, obligation de formation, supervision par un spécialiste extérieur, création de comités, je ne sais pas : les possibilités sont nombreuses, mais cette version des CE, doit être le cœur des écoles québécoises. Il ne s'agit donc pas de décentraliser vers des équipes de direction ou des parents, mais vers l'ensemble des participants du milieu.

Il ne s'agit donc pas de décentraliser vers des équipes de direction ou des parents, mais vers l'ensemble des participants du milieu.

Faire de l'école un lieu d'exercice démocratique, de prises de décisions et de responsabilisation

Il faudrait élargir davantage le champ de compétences des équipes-écoles sur les questions relatives aux budgets, à la mission, aux programmes, à la planification générale et pourquoi pas de l'embauche et du congédiement. Oui, l'imputabilité des acteurs devrait être totale en regard à la compétence et l'intégrité non pas à la commission scolaire (CS), mais bien à l'école. Cela s'appliquerait à l'ensemble des employés au sein d'un établissement, j'y inclus aussi la direction. L'embauche ne se ferait plus par des commissions scolaires, mais par des équipes-écoles ou des membres désignés par celles-ci (pour éviter les conflits d'intérêts). J'entends déjà deux objections majeures : la perte de la mobilité des employés de la CS entre les institutions et la difficulté d'embauche.

La mobilité entre les écoles cesserait d'exister selon les modalités actuelles, mais elle ne serait plus l'échappatoire ultime empêchant l'amélioration des milieux scolaires (les relations de travail, un environnement insalubre, du matériel inapproprié, etc.). Combien de fois n'ai-je pas entendu : « je change d'école l'année prochaine, je m'en fous de ce qui arrive », « mon directeur est un incompétent, je pars l'an prochain », « mes collègues sont des nuls, je pars ». Cette mentalité de se sauver ou de déplacer le problème au lieu de le régler est probablement l'une des pires plaies de l'ensemble de la fonction publique ou parapublique.

Par la création de petits milieux et en responsabilisant l'ensemble des intervenants à la réussite de celui-ci, on crée des liens d'appartenance autour d'un certain nombre d'objectifs communs – c'est d'ailleurs l'une des grandes forces du privé. Changer d'école serait toujours possible, mais en refaisant le processus d'embauche dans une autre école par l'octroi d'années sabbatiques dans l'école mère – cessation d'emploi après 2 ans, etc. Il s'agit de points techniques. Terminé, les gens qui se font tasser après tout un processus d'ancienneté inefficace à grande échelle, l'ancienneté doit être rattachée à un milieu, à un contexte et à une équipe. Employés, direction, syndicat travaillant de concert pour trouver des terrains d'entente face à des problèmes locaux, c'est encore une fois l'une des grandes forces de certains collèges privés. Oui, ça brasse par moment et ce n'est pas parfait, mais il existe un impératif de solutions que l'on ne retrouve malheureusement pas au public, du moins en milieu urbain.

Oui, ça brasse par moment et ce n'est pas parfait, mais il existe un impératif de solutions que l'on ne retrouve malheureusement pas au public, du moins en milieu urbain.

En ce qui concerne les difficultés d'embauche, les commissions scolaires (CS) pourraient encore faire des banques de candidatures, mais le choix d'engager appartiendrait aux écoles et non aux CS. La permanence serait accordée par les écoles et limitée à celles-ci. Comment attirer des employés ? En offrant des conditions de travail intéressantes dans un milieu rendu intéressant... Des équipes-écoles stimulantes et compétentes dans des milieux difficiles cela existe, en accordant un plus grand pouvoir au CE (version améliorée) ne pensez-vous pas que des aménagements à la convention collective seraient possibles ? Sur une base locale ? La réalité des uns est différente de celle des autres. Bien entendu, ces amendements locaux devraient respecter un certain nombre de principes pour garder une certaine cohésion. Irréaliste ? Le privé, les cégeps et les universités le font...

Faire attention aux pièges

Que ce soit la fonction des commissions scolaires, des commissaires scolaires, des syndicats, des conseils d'établissement ou tout autre organisme gravitant autour du monde de l'éducation, il faudrait s'employer à les redéfinir tout en leur accordant les moyens d'intervenir de manière effective. Il ne faut pas ici tomber dans le piège de la facilité et faire comme certains partis politiques en proposant des mesures pour le moins simplistes, souvent cosmétiques, sans tenir compte de la contribution de ces organismes. Je pense qu'au-delà des stéréotypes récupérés par certains politiciens sur notamment la question des commissions scolaires et des élections scolaires – une discussion s'impose.

La coopération et la solidarité entre les différentes institutions ne devraient pas laisser la place à une compétition débridée entre établissements que ceux-ci soient privés ou publics.

Il faut encourager les initiatives individuelles et collectives au sein des écoles et cela passe en partie par un assouplissement des structures, une décentralisation accrue et par l'établissement d'un nouveau point d'équilibre entre les différents acteurs. La coopération et la solidarité entre les différentes institutions ne devraient pas laisser la place à une compétition débridée entre établissements que ceux-ci soient privés ou publics. Transparence, imputabilité, solidarité et liberté d'action devraient être au cœur de cette révision faite collectivement et en collaboration avec les acteurs directement concernés. Avec cette liberté accrue, c'est toute la question de la fonction des enseignants qui devrait être réévaluée.