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03/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 04/05/2018 09:35 EDT

Le mal « être » des enseignants ou comment valoriser une profession

L’école doit être le cœur de notre société et les enseignants devraient avoir la reconnaissance et les exigences que cela implique.

pecaphoto77 via Getty Images

Décentraliser et responsabiliser: si les écoles primaires et secondaires deviennent les lieux autour desquels se développe et s'articule notre société, on doit s'attendre à revoir un certain nombre d'éléments entourant la profession enseignante.

Plusieurs groupes se penchent déjà sur la question du développement professionnel des enseignants. Cela se voit notamment au sein de comités institutionnels, de collectifs citoyens et plus récemment le ministre Proulx, à l'intérieur de son livre, s'est aussi intéressé à la question. Alors oui, nous devons revaloriser la profession tout en exigeant de ceux et celles qui en portent le titre une responsabilité accrue face à son rayonnement (recherche, engagement, développement, etc.).

Bien sûr, on pense tout de suite à un ordre professionnel. Celui-ci m'apparait nécessaire par le simple titre de « profession ». Il faut être cependant honnête, un ordre ne règlerait rien par lui-même, mais il apporterait une crédibilité à la profession et s'assurerait du respect du cadre à l'intérieur duquel elle doit se développer. Peut-on faire sans? Oui, sans doute, mais je trouve vraiment que ça fait : « on veut avoir le beurre et l'argent du beurre ».

Il faut ici innover face au développement et ne pas se contenter d'exiger des enseignants qu'ils suivent un certain nombre d'heures de formation.

La culture de la formation continue devrait être améliorée en exigeant des enseignants qu'ils se développent tout au long de leur carrière - cela va de soi. Il faut ici innover face au développement et ne pas se contenter d'exiger des enseignants qu'ils suivent un certain nombre d'heures de formation. Comme on peut le constater dans d'autres cadres professionnels, cela encourage la mise en place d'une industrie de la formation plus soucieuse d'attirer le maximum de participants (qui dans bien des cas veulent que cela soit le plus « sympathique » possible) que de répondre à un besoin sociétal réel. Beau procès d'intention de ma part – j'en conviens... Je pense ici à une meilleure collaboration entre les écoles et les universités, à la multiplication des recherches-actions, à la création d'espaces de discussions et de débats et à l'obligation des enseignants à s'engager dans leur milieu à travers les conseils d'établissement, des comités divers, etc.

L'évaluation... Peut-on vraiment défendre en 2018 que d'avoir un retour sur sa pratique ne soit pas louable ? Mon regard introspectif, ma subjectivité, devrait aussi être confronté à la subjectivité d'autrui. Faire des bilans annuels et rencontrer ses « supérieurs » devraient être une pratique généralisée. La façon de faire est un faux problème, il y a autant de façons de faire que d'ordres professionnels. Il me semble que l'on pourrait trouver une méthode adaptée pour le milieu de l'éducation – en quoi sommes-nous tellement différents ? Actuellement, le suivi des employés dans une bonne partie de la fonction publique et parapublique, mais aussi dans beaucoup trop d'entreprises privées est d'un archaïsme sans nom. Celui-ci est cependant compréhensible dans la mesure où nos structures hiérarchisées et le manque de transparence de celles-ci (entre autres) contribuent à l'établissement d'un climat de suspicions. Normal que personne n'ait le goût de se faire évaluer par ses supérieurs dans le cadre actuel.

Au-delà de la faiblesse des critères d'admission pour devenir enseignant, pouvons-nous faire un programme d'études dont tous les enseignants seraient fiers ?

Au-delà de la faiblesse des critères d'admission pour devenir enseignant, pouvons-nous faire un programme d'études dont tous les enseignants seraient fiers ? C'est un secret de polichinelle que la formation universitaire en enseignement est l'un des programmes les .... Les mots me manquent. Par chance, nous avons des cours d'autres départements pour alimenter nos réflexions. Je comprends qu'avec les changements importants des vingt dernières années tout a été chamboulé, mais vraiment : l'obtention de ce diplôme n'est pas de niveau universitaire. Je dis les vingt dernières années... Était-ce mieux avant ? Peut-on vraiment espérer former ce « corps d'élite » dans le cadre actuel ? Le ministre Proulx, comme d'autres, flirte avec l'idée de la maîtrise obligatoire. Je ne peux être qu'en accord avec cela. Bac spécialisé + stages intégrés et ensuite une maîtrise en pédagogie + stages avec mémoire obligatoire. De cette façon, on rehausse assurément le niveau de formation (encore faut-il s'assurer du contenu) et on met fin à une des très grandes aberrations de la dernière convention collective qui fut l'ajout d'un échelon aux professeurs de cégep sans l'accorder au primaire et au secondaire. Bon d'accord, il s'agit d'un clin d'œil à mes nombreux amis qui enseignent au cégep et qui au demeurant, reconnaissent tous la charge de travail débile du primaire et du secondaire. Mais bon, passons, les enseignants (principalement des femmes) au « cycle inférieur » méritent ce qu'ils ont...

Justement, parlons des conditions de travail. Par le rehaussement des exigences de la profession, des exigences académiques et de diplomation, du salaire, ne serait-il pas possible d'avoir la liberté qui vient avec la profession ? Chaque jour de mon existence, je remercie mon employeur (dans ma tête), de me donner (je trouve que ce n'est pas assez, mais quand je me compare je me console) la liberté de créer au bureau, à la maison, dans un 5 à 7 ou autres. J'ai des livrables et je les gère comme je l'entends. Ce n'est pas une question de chance ou de mérite, mais bien une question d'accepter que les enseignants sont des professionnels et leur donner l'espace et les responsabilités qui viennent avec. On devrait donner aux enseignants du temps de développement professionnel (recherche, colloque, étude, implication, etc.) et que l'on reconnaisse celui-ci dans la tâche des enseignants. L'idée ce n'est pas d'alourdir une tâche (dont le poids est très différent d'un milieu à l'autre et d'une « matière » à l'autre), mais d'offrir aux enseignants un cadre qui favoriserait leur développement tout en leur permettant de se réaliser sur le plan professionnel. Des enseignants avec peu de latitude, mais avec une tâche qui ne cesse de s'alourdir – le problème est réel et menace le développement professionnel de ceux-ci. Du temps et de l'espace voilà notamment ce que les enseignants des niveaux primaire et secondaire ont besoin.

L'école doit être le cœur de notre société et les enseignants devraient avoir la reconnaissance et les exigences que cela implique.

En conclusion, si nous voulons régler les inégalités dans notre système d'éducation ce n'est pas : 1) en cessant de financer le privé. Il faudrait au contraire : 2) mettre un terme au financement privé en éducation et baliser la sélection des élèves dans tous les établissements. De plus, si nous voulons : 3) que nos écoles deviennent des centres de développement dynamiques et bien implantés dans leur communauté il faudrait revoir : 4) notre modèle de gouvernance tout en : 5) s'assurant de valoriser la profession enseignante au primaire et au secondaire.

Ceci termine la série de cinq textes sur différents enjeux de notre système d'éducation reliés à la question de l'égalité des chances et de la mixité sociale au sein du système d'éducation québécois. Il s'agit d'aborder le problème globalement et la mise en place de solutions à la pièce risquerait de déplacer le problème en ne réglant rien ; déshabiller Pierre pour habiller Paul, est-ce vraiment ce que nous voulons faire ?

Plusieurs de ces idées sont déjà véhiculées à travers diverses instances et je suis conscient des remises en questions qu'elles impliquent - ce n'est pas pour rien que le problème n'est pas encore réglé. Je crois fermement qu'il faut collectivement se réapproprier nos écoles et pour y arriver, il faudra renverser un certain nombre de dogmes (du moins ce que je considère en être) pour ensuite mieux les dépasser. Pour cela, nous devons nous assoir, nous écouter et collaborer en laissant de côté les intérêts particuliers et les étiquettes faciles.

Au moment d'écrire ces textes, je me doute bien que l'on m'attribuera la volonté de faire entrer des écoles à charte ou de privatiser notre système d'éducation. Si vous pensez toujours cela après la lecture des cinq textes, alors j'aurai échoué à bien expliquer ma pensée. Ma proposition est de rendre le privé plus public par la fin du financement privé en éducation tout en donnant aux équipes-écoles des différents établissements les outils nécessaires pour se développer et répondre aux besoins de leur milieu. Cela ne devra cependant jamais se faire au détriment de certains enjeux de solidarité entre les différents établissements (autant privés que publics). Il serait donc essentiel d'intégrer tous les établissements à un réseau de coopératives de services dont les modalités restent à définir avec les différents acteurs. La tâche m'apparait tellement colossale que je crois, à l'instar de plusieurs personnes, qu'une commission Parent 2.0 serait nécessaire.

Alors à quand une réelle discussion ? À quand la mise en place d'un véritable chantier en éducation ? Et quand ferons-nous de l'éducation une véritable priorité nationale ?