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11/07/2018 13:38 EDT | Actualisé 11/07/2018 13:51 EDT

Quand un étudiant en sciences économiques propose une philosophie d’appauvrissement général

Je tiens à rappeler que l’adhésion à un syndicat s’effectue volontairement et démocratiquement au Canada.

Yves Herman / Reuters

J'ai découvert Miguel Ouellette au cours des derniers jours en lisant son blogue intitulé «Quand les syndicats frappent un mur» et je me permets ici de remettre les pendules à l'heure à l'aide d'un petit cours de syndicalisme 101.

Premièrement, même s'il est exact que la Déclaration universelle des droits de l'Homme stipule que nul ne peut être obligé de faire partie d'une association, je tiens à rappeler ici que l'adhésion à un syndicat s'effectue volontairement et démocratiquement au Canada. Ainsi, quand un travailleur est invité à signer une carte d'adhésion syndicale, rien ne l'y oblige. Si 50 % + 1 des travailleurs d'une usine décident de joindre un syndicat, par exemple, il s'agit d'un choix légitime qui sera bénéfique aussi pour celles et ceux qui hésitent à faire partie du mouvement ouvrier puisqu'une convention collective est valide pour tous les travailleurs qui y sont assujettis.

Cela dit, à moins de vivre sur une autre planète, il faut admettre qu'un fort vent de néolibéralisme souffle depuis plusieurs années au sud de notre frontière et ailleurs dans le monde. La décision de la Cour suprême des États-Unis, qui estime que les cotisations obligatoires (la célèbre formule Rand) violent la Constitution, n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des nombreux assauts d'une droite hostile aux travailleurs. On observe d'ailleurs que nos amis Américains voient leurs conditions reculer un peu plus chaque jour dans les États dits «Right-to-Work».

Ainsi, l'affaiblissement ou l'abolition de la formule Rand aurait un impact sur la capacité de certains syndicats à financer leurs activités de défense des travailleurs. Une certaine droite en profiterait pour intensifier ses efforts afin de diluer les lois du travail et réduire encore plus la rémunération des travailleurs. Cela aurait, notamment, pour conséquence de priver les gouvernements de milliards de dollars en taxes et en impôts puisque leurs revenus sont essentiellement issus d'une la classe moyenne, qui est composée en bonne partie de travailleurs syndiqués. Bref, moins de deniers publics seraient disponibles pour construire des routes, des hôpitaux et, bien entendu, des universités.

Il m'apparaît donc ironique de songer que si M. Ouellette vivait dans le monde qu'il propose, il n'étudierait peut-être pas à l'université et serait possiblement contraint d'occuper un emploi mal rémunéré et peu protégé par les lois du travail.

Par le passé, les syndicats ont obtenu des gains importants pour l'ensemble de la société.

Encore beaucoup de travail à faire

Par le passé, les syndicats ont obtenu des gains importants pour l'ensemble de la société: congé de maternité et de paternité, semaine de 35 heures, journées fériées, santé et sécurité au travail, abolition du travail des enfants, congés de maladie, et j'en passe.

Néanmoins, il reste encore beaucoup de travail à faire, notamment en ce qui a trait à la modernisation de la loi anti-scab au provincial et à son application au fédéral, à l'équité salariale, à la préservation et l'amélioration des conditions de travail pour les générations futures, à la mise au pas des agences qui offrent des salaires de misère à des travailleurs contractuels, à la lutte contre le harcèlement psychologique et sexuel dans les bureaux et les usines, à la reconnaissance de l'importance de la santé mentale en milieu de travail, à l'automatisation sauvage d'usines, etc.

Paul Krugman, un économiste qui a reçu le prix Nobel d'économie, se félicite que les syndicats canadiens aient encore la possibilité de faire contrepoids aux groupes de pression néolibéralistes.

Le syndicalisme est la dernière ligne de défense des travailleurs

Il semble bien que de grandes organisations et des économistes ne soient pas du même avis que M. Ouellette. Par exemple, les économistes de l'OCDE affirmaient dans un rapport publié récemment que «...la stagnation (de la rémunération) est sans précédent. Le fait qu'elle frappe davantage les bas salaires et qu'elle épargne les 1% les mieux rémunérés n'est pas sans renforcer la corrélation avec le recul du syndicalisme». Ce rapport s'inscrivait d'ailleurs dans la continuité des réflexions du Fonds monétaire international qui, je vous le rappelle, n'est pas précisément un groupe de pression de la gauche.

Je pourrais aussi m'attarder sur Paul Krugman, un économiste qui a reçu le prix Nobel d'économie, qui se félicite que les syndicats canadiens aient encore la possibilité de faire contrepoids aux groupes de pression néolibéralistes.

Je vous fait grâce des analyses de Statistiques Canada, du Congrès du travail du Canada et de plusieurs autres organisations gouvernementales ou OBNL qui font état, année après année, que les syndicalisme est la dernière ligne de défense des travailleurs.

En conclusion, je ne puis m'empêcher de constater que M. Ouellette a bien intégré le discours et la philosophie qui ont cours depuis des décennies chez certains tenants de la droite. Il identifie les mêmes maux et supposées dérives syndicales tout en nous proposant les mêmes remèdes. Par conséquent, il nous sert une philosophie d'appauvrissement général.

Pour ma part, je préfère continuer à me battre pour celles et ceux qui méritent d'avoir des conditions de travail et une retraite décentes. C'est une simple question d'équité et de respect, quel que soit le métier pratiqué, le sexe, l'âge ou les aptitudes personnelles.

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