OPINION
18/10/2019 12:14 EDT | Actualisé 18/10/2019 12:29 EDT

Une 30e Nuit des sans-abri... toujours nécessaire!

Alors que la Nuit se tiendra à seulement quelques heures de la tenue des élections fédérales, force est de constater que cet enjeu de société majeur est largement passé sous l’écran radar lors de cette campagne électorale.

Srdjanns74 via Getty Images

Ce vendredi 18 octobre se tiendra la 30e Nuit des sans-abri à Montréal. Ce
rendez-vous annuel de solidarité se déroulera simultanément dans plus de 30
villes au Québec. Organismes et citoyen.ne.s concernés se mobiliseront pour
attirer l’attention sur le phénomène de l’itinérance et interpeller les autorités afin que des réponses accrues soient apportées pour le contrer.

Même si des progrès ont été faits depuis 30 ans, cet événement conserve
toujours sa pertinence, surtout considérant que l’itinérance demeure en
croissance. Alors que la Nuit se tiendra à seulement quelques heures de la tenue des élections fédérales, force est de constater que cet enjeu de société majeur est largement passé sous l’écran radar lors de cette campagne électorale.

Il y a 30 ans, c’est autour d’un modeste brasero installé devant les studios de
MusiquePlus que s’est tenue la première Nuit des jeunes sans-abri de Montréal. Le réseau des Auberges du Cœur et une poignée d’alliés voulaient alors souligner l’importance de l’itinérance jeunesse.

Des personnes de plus en plus âgées cognent dorénavant à la porte des ressources déjà à pleine capacité.

Comme en témoigne entre autres le thème choisi cette année, «Différents
visages, différentes histoires», la Nuit des sans-abri s’est depuis longtemps
élargie à toutes les populations touchées par le phénomène. L’itinérance
jeunesse demeure importante, mais des personnes de plus en plus âgées
cognent dorénavant à la porte des ressources déjà à pleine capacité.

Des avancées importantes

Il demeure que de nombreuses réponses aux besoins se sont développées au fil des ans, fruits de l’action des organismes 365 jours par année et du soutien
important, mais insuffisant, des gouvernements et de la Ville de Montréal. Les
actions se développent en cohérence avec une approche globale, aujourd’hui
amplement reconnue comme la clé pour prévenir et réduire l’itinérance.

À Montréal uniquement, plus de 3000 logements sociaux ont été construits pour offrir un toit aux personnes à la rue ou à risque de l’être. Ces logements ont permis de stabiliser des milliers de personnes, mais le soutien communautaire
qui y est offert, une intervention essentielle pour assurer cette stabilité, demeure largement sous-financé.

Avec 644$, réussir à payer un loyer ou en trouver un est un défi de plus en plus insurmontable.

De plus, il n’est plus nécessaire d’avoir une adresse de résidence pour obtenir
un chèque d’aide sociale. À lui seul, l’organisme Le Sac à dos permet à 1200
personnes d’obtenir cette aide, bien qu’elle demeure insuffisante. Avec 644$,
réussir à payer un loyer ou en trouver un est un défi de plus en plus
insurmontable.

Aussi, à Montréal et plus récemment à Québec, on n’emprisonne plus les sans-
abri pour non-paiement d’amendes inutiles. Il demeure que ceux-ci continuent de recevoir un nombre injustifié de tickets qui leur sont remis en raison de leur
condition sociale.

Enfin, après plus de 15 ans de travail, des organismes ont enfin pu mettre sur
pied quatre services d’injection supervisée (SIS) à Montréal. Ceux-ci réduisent
les risques de surdoses, mais il est nécessaire de poursuivre le développement
d’actions pour les contrer, notamment en ouvrant ce type de services ailleurs au
Québec.

Des défis majeurs persistent

En prévention, la lutte à l’itinérance souffre d’un manque de moyens. La perte
d’un logement, la sortie des établissements carcéraux, des centres jeunesse et
du réseau de la santé demeurent des voies qui mènent trop de personnes à la
rue.

Depuis des années, La Rue des femmes, l’Auberge Madeleine et d’autres
ressources d’hébergement pour femmes doivent effectuer des refus faute de
places. Les refuges pour hommes font aussi face à un débordement. L’ancien
hôpital Royal-Victoria qui a fait office d’unité de débordement l’hiver dernier sera encore nécessaire cet hiver.

Rappelons qu’une Politique nationale de lutte à l’itinérance a été adoptée en
2014 pour faire face à ces situations. Demandée par le milieu communautaire et
au cœur de nombre de Nuits des sans-abri, cette politique intitulée Ensemble,
pour éviter la rue et en sortir interpelle une dizaine de ministères au Québec.

Un rôle majeur pour le fédéral

L’approche globale de la lutte à l’itinérance prônée dans cette Politique
québécoise en itinérance interpelle aussi le gouvernement fédéral. Au premier
rang des demandes qui y sont véhiculées, Ottawa doit accroître les fonds
destinés au développement du logement social.

L’aide apportée aux personnes âgées à faible revenu doit aussi être augmentée
et le gouvernement doit s’assurer que toutes les personnes admissibles
reçoivent le Supplément de revenu garanti.

Finalement, si le gouvernement a accru, avec son programme Vers un chez soi,
les fonds destinés à la lutte à l’itinérance, ceux-ci demeurent insuffisants. Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec demande un investissement de 50 millions $ par an pour le Québec, avec l’assurance que ces fonds puissent soutenir la diversité d’actions pour venir en aide aux différents visages de l’itinérance et leurs différentes histoires.

Venez faire un tour!

Que ce soit pour quelques instants ou quelques heures, venez exprimer votre solidarité en participant à la 30e Nuit des sans-abri.

À Montréal, celle-ci se tiendra pour une première fois dans Hochelaga.
17h00: Marche de solidarité, départ de la station Joliette, au coin de la rue De Chambly.
De 18h00 à 1h00 : Vigile, avec activités, à la Place Gennevilliers-Laliberté, qui jouxte le Marché Maisonneuve

Ailleurs au Québec : www.nuitdessansabri.ca