Alliés LGBTQ+: conseils à suivre pour déconstruire les préjugés

Des conseils pour monsieur et madame Tout-le-Monde.

Ne rien faire n’aide généralement pas à l’avancement d’une cause. Parents, amis, et collègues de membres des communautés LGBTQ+ sont invités à se joindre aux efforts pour contrer l’homophobie ou la transphobie. Voici quelques conseils pour être un meilleur allié.

Arrêter de présupposer que quelqu’un est hétéro

Oui, il y a une majorité de la population qui est hétérosexuelle ou cisgenre, mais ne supposons pas que tout le monde l’est en interagissant avec les autres, conseille Julien Rougerie, de la Fondation émergence, qui vient en aide aux communautés LGBTQ+ à travers divers programmes de formation.

«On est dans une société hétéronormative, alors inévitablement les gens vont penser que tu es hétéro, mais ça peut créer des stigmas et des traumatismes, de l’enfance à l’âge d’or. Demander à un enfant s’il a «un p’tit chum» ou «une p’tite blonde» ou de questionner un aîné sur son mari, sa femme ou ses petits enfants, ne fait que leur dire qu’ils ne sont pas dans la norme», dit-il, en spécifiant que ce comportement a tendance à créer plus de fermeture que d’ouverture aux communautés LGBTQ+. On peut par exemple parler de «partenaire» ou de «personne avec qui ils partagent leur vie».

Leur chum ou leur blonde, ce n’est pas leur ami(e)

Quand un proche LGBTQ+ amène son ou sa conjoint(e), ne référez pas à ce(tte) dernier(re) comme un(e) ami(e) ou un(e) copain/copine. «C’est ma blonde, pas mon amie de fille (rires). Et c’est important de le spécifier pour que les gens soient capables de le nommer à leur tour», affirme Dominique Lavergne, militante LGBTQ+. Autrement, c’est comme nier la diversité sexuelle.

Arrêter de comparer leur sexualité avec celle des hétéros

Peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, les réalités de chacun sont différentes, autant sur les plans sexuel, relationnel, que personnel. On devrait donc arrêter de les comparer avec celles de la majorité hétérosexuelle afin de mettre un terme à la stigmatisation des différentes communautés LGBTQ+, selon Alexandre Dumont-Blais, impliqué auprès de Fierté Montréal et codirecteur de RÉZO, une OBNL qui lutte pour le mieux-être des hommes gais, bisexuels, cis ou trans.

«Il n’y a rien de mieux que d’arrêter les comparaisons pour mettre fin aux préjugés. Il faut reconnaître et accepter ce que les gens sont, leurs pratiques, leurs envies, leurs réalités. […] Peut-être que certaines communautés sont plus sexualisées ou infidèles que d’autres, mais c’est peut-être dû à toutes les années où elles ont dû se cacher, pointe-t-il. Je ne veux pas faire ma Janette Bertrand, mais c’est dur de dire “j’aime le sexe“ au Québec.»

«Ça prend sacrément du travail, mais il faut cultiver une ouverture d’esprit. Moi, je fais comme ci. Toi, tu fais ça. Fine! L’autre est valide. Alors, ayons un accueil bienveillant un envers l’autre», ajoute la vice-présidente du conseil d’administration de Fierté Montréal, Marie-Ève Baron.

Évitez aussi à tout prix l’expression: «qui est l’homme et la femme dans le couple?», qui irrite pas mal tous ceux issus des communautés LGBTQ+. «Oui, il y a l’aspect de curiosité. Ce n’est pas bon ni mauvais, mais c’est souvent maladroit. On transpose ainsi des rôles hétéronormatifs sur les couples gais. Et ça, ça cause plus de dommages qu’autre chose.»

Arrêter de penser que les communautés LGBTQ+ sont plus infidèles

Il n’est pas rare d’entendre que les gais et bisexuels, notamment, sont plus enclins à tromper leurs partenaires que les hétérosexuels. Encore une fois, la comparaison devrait être évitée.

«On a juste une sexualité différente, c’est tout, dit Dominique Lavergne. Certains dans la communauté ont peut-être une relation ouverte, ou sont en “trouple“ [dans une relation amoureuse à trois personnes, NDLR]. De l’extérieur, peut-être que les gens ont l’impression qu’ils baisent à gauche et à droite, mais ça fonctionne. Il n’y a pas de bris du règlement mis en place par les personnes dans la relation, donc pourquoi parler d’infidélité?»

Utiliser le pronom correspondant au genre auquel la personne s’identifie

Vous l’avez toujours connu comme Jérôme, mais elle est maintenant Josiane. Cette personne a en fait probablement toujours été Josiane dans sa tête. Ne l’appelez donc pas «il» ou «monsieur». Avant d’aborder quelqu’un, assurez-vous de connaître le genre auquel il s’identifie. C’est simplement une marque de respect.

Participer aux célébrations de la Fierté

Ça peut sembler banal d’assister au spectacle de Nelly Furtado pendant le festival Fierté Montréal, mais ça aide pourtant l’ouverture de chacun aux communautés LGBTQ+, simplement en étant en contact avec elles.

Intervenir quand il y a de l’homophobie

«Ce n’est pas juste aux personnes LGBTQ+ à intervenir, c’est aussi aux alliés [de la cause, NDLR] de le faire. Chacun avec son aisance», spécifie Marie-Ève Baron.

Vous entendez un commentaire à saveur homophobe ou sexiste du genre: «c’est fif de danser» ou «comment veux-tu que cette fille lève autant de boîte de déménagement»? Pour bien faire, on devrait intervenir, et s’investir d’une mission d’éducation.

«Faut le dire, faut le casser avec beaucoup d’amour et de patience. Oui, ça peut être frustrant et on n’est vraiment pas obligé de le faire tout le temps, mais c’est ce genre d’intervention [courtoise, NDLR] qui aide à mettre fin aux [indélicatesses] envers les LGBTQ+, croit Dominique Lavergne. Si je peux semer une graine dans la tête des gens, ma journée est faite.»

Utiliser le long acronyme

«Le choix d’ajouter des lettres, des étiquettes, fait constamment l’objet de débat. Il n’y a pas vraiment de consensus. Et ça change tellement rapidement. C’est un peu un débat sans fin», admet Julien Rougerie. Mais, oui, en bon allié, on devrait collectivement employer l’abréviation longue afin qu’aucun groupe ne soit mis à l’écart.

Toutefois, selon les experts interviewés par le HuffPost Québec, les communautés LGBTQQIP2SAA laissent généralement le soin à chacun d’employer l’acronyme désiré tant qu’ils reconnaissent et acceptent les réalités, les différences de chacun, et qu’ils continuent de s’éduquer sur leur histoire, leurs stigmas et leur évolution.

S’éduquer

Lire, écouter, participer aux rassemblements LGBTQ+ reste la meilleure façon de mettre fin aux préjugés.

«La majorité doit réfléchir, réaliser qu’elle est privilégiée et constater que ce n’est pas juste aux minorités de lutter, affirme Alexandre Dumont-Blais. C’est de se poser, quand vient une opinion négative [sur les communautés LGBTQ+, NDLR], “pourquoi ça réveille ça en moi?“. Quand on fait le travail d’introspection et d’éducation, on réalise que c’est peut-être une forme d’homophobie, qui cultive les préjugés, pis on ne peut que s’ouvrir davantage»

* La formulation LGBTQ+ a été utilisée dans ce texte pour alléger la lecture