LGBTQ+: devrait-on plutôt utiliser l’abréviation longue?

LGBT, LGBTQ+, LGBTQ2S+, ou LGBTTIQQ2SAA? Et si on incluait tout le monde!

Les genres sexuels se multiplient, donc l’acronyme LGBTQ continue de s’allonger par souci d’inclusion. En tant qu’allié de la cause, devrait-on éviter les raccourcis et privilégier la formulation longue LGBTTIQQ2SAA? Des membres des communautés rendent leur verdict.

Leçon de vocabulaire

La version la plus couramment utilisée pour décrire les diverses orientations sexuelles et identités de genre est LGBTQ+, pour lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queers et autres. Le gouvernement fédéral utilise plutôt LGBTQ2S+, incluant ainsi les bispirituels, des personnes avec un esprit féminin et un esprit masculin qui vivent dans le même corps, un terme important chez les Autochtones, notamment.

Toutefois au cours des dernières années, les groupes faisant partie des «autres» et donc s’identifiant à d’autres genres se sont affirmés davantage, menant à une maxi-abréviation de 12 caractères plus inclusive : LGBTQQIP2SAA. Elle comprend alors les lesbiennes, les gais, les bisexuels, les transgenres, les queers, les gens en questionnement, les intersexes, les pansexuels, les bispirituels, les androgynes et les asexuels. (Se référer au lexique ci-bas pour les définitions)

Le plus étonnant, c’est qu’elle ne regroupe même pas toutes les identités de genre, tant elles sont variées (et complexes).

Mais c’est quoi une identité de genre?

«L’identité de genre est l’expérience intérieure et personnelle que chaque personne a de son genre. Il s’agit du sentiment d’être une femme, un homme, les deux, ni l’un ni l’autre, ou d’être à un autre point dans le continuum des genres. L’identité de genre d’une personne peut correspondre ou non au genre généralement associé au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Pour certaines personnes, leur identité de genre est différente du genre généralement associé au sexe qui leur a été assigné à la naissance; c’est souvent ce que l’on appelle une personne transgenre. L’identité de genre est fondamentalement différente de l’orientation sexuelle de la personne.»

Source : Ministère de la Justice du Canada

Au nom de l’inclusion

Comme les drapeaux qui les représentent, les communautés LGBTQQIP2SAA ont plusieurs couleurs et selon certains elles devraient toutes être représentées, surtout lorsqu’on aborde des thèmes comme l’inclusion, la diversité sexuelle ou les célébrations entourant la Fierté.

«L’intention derrière l’acronyme, c’est de susciter de l’intérêt, une curiosité, de créer une ouverture pour qu’on accueille collectivement la réalité des autres, explique Marie-Ève Baron, vice-présidente du conseil d’administration de Fierté Montréal. C’est un mouvement bienveillant, qui mise sur l’éducation pour arriver à l’acceptation.»

«Les gens ont l’impression que c’est une soupe à l’alphabet, mais en fait ça permet juste de créer une sensibilité chez les gens pour accueillir les réalités des autres.»

- Marie-Ève Baron, vice-présidente du conseil d’administration de Fierté Montréal

Elle-même transgenre, Marie-Ève affirme que sa communauté n’était pas bien représentée lors de sa sortie du placard il y a quelques années. Selon elle, les gais prenaient toute la place, mais le fait d’ajouter des lettres à l’acronyme aurait contribué à mettre en lumière de nouvelles réalités et différences, permettant notamment aux transgenres de se sentir plus incluses au sein du mouvement.

«La logique “parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en“ s’applique. Les gens ont l’impression que c’est une soupe à l’alphabet, mais en fait ça permet juste de créer une sensibilité chez les gens pour accueillir les réalités des autres. Même moi, j’en apprends tout le temps. Même si ce n’est pas du tout ma réalité pis que je ne m’identifie pas vraiment à tout ça, d’accueillir tout ça, ça permet de garder l’esprit ouvert.»

Ignorer certaines lettres pourrait toutefois vexer certaines communautés, reconnaît Julien Rougerie, chargé de programmes à la Fondation Émergence. «Ça se peut que certaines personnes se sentent diminuées par le «+». Certains groupes comme les personnes intersexes se sentent souvent oubliés. Si on omet le «I» [dans l’acronyme, NDLR], ce n’est pas nommé donc c’est comme s’ils n’existaient pas et ils ont raison [de se sentir ainsi, NDLR]. En Europe, on utilise fréquemment le «I», par exemple.»

Verdict

«Le choix d’ajouter des lettres, des étiquettes fait constamment l’objet de débat. Il n’y a pas vraiment de consensus. Et ça change tellement rapidement. C’est un peu un débat sans fin», admet Julien Rougerie. Mais, oui, en bon allié, on devrait collectivement employer l’abréviation longue afin qu’aucun groupe ne soit mis à l’écart.

Toutefois, selon les experts interviewés par le HuffPost Québec, les communautés LGBTQQIP2SAA laissent généralement le soin à chacun d’employer l’acronyme désiré tant qu’ils reconnaissent et acceptent les réalités, les différences de chacun, et qu’ils continuent de s’éduquer sur leur histoire, leurs stigmas et leur évolution.

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Lexique

• L – Lesbienne : personne d’identité féminine qui est physiquement et émotionnellement attirée par d’autres filles.

• G – Gai : personne d’identité masculine qui est physiquement et émotionnellement attirée par d’autres garçons. Le mot « gai » est également utilisé comme un terme large pour décrire les personnes attirées par une personne du même genre.

• B – Bisexuel/Bi : personne physiquement et émotionnellement attirée par des personnes de plus d’un genre et qui se définit comme étant bisexuelle (bi).

• T – Transgenre/Trans : terme utilisé par les personnes qui s’identifient à un genre différent de celui qui leur a été attribué à la naissance. Les personnes dont l’identité de genre est en dehors des catégories binaires (la notion qu’il n’existe que deux genres, soit masculin et féminin) vont parfois s’identifier en tant que « trans ». Puisque le mot « trans » est utilisé pour décrire l’identité de genre, une personne doit s’identifier au terme (croire que c’est la meilleure façon de se décrire) pour qu’il soit applicable. Seule la personne peut décider si elle se considère trans ou non. D’autres termes pour décrire l’identité de genre peuvent être préférés par certaines personnes : « de genre queer », « de genre fluide », ou encore « androgyne ».

• La transsexualité n’est pas une orientation sexuelle – c’est une identité de genre. Le « T » de transgenre (ou trans) est regroupé avec les orientations sexuelles dans l’acronyme LGBTQ2S+ pour de nombreuses raisons, y compris l’activisme partagé au niveau des droits civils/humains et les expériences de discrimination similaires.

• Q – Queer : terme qui englobe toutes les orientations sexuelles et les identités de genre de la communauté LGBTQ2S+, y compris celles qui ne s’identifient à aucune autre identité dans l’acronyme LGBTQ2S+. Le terme « queer » peut être à la fois positif et négatif. Historiquement, ce mot a été utilisé comme une insulte, mais il a depuis ce temps été adopté par les gens de la communauté LGBTQ2S+ comme façon positive de s’identifier eux-mêmes.

• Q – en Questionnement : certaines personnes qui sont incertaines quant à leur orientation sexuelle ou leur identité de genre se décrivent parfois comme étant en questionnement. Elles peuvent rester à cette étape jusqu’à ce qu’elles s’identifient à une identité particulière ou parfois même tout au long de leur vie.

• Bispirituel : une personne avec un esprit féminin et un esprit masculin qui vivent dans le même corps. C’est un terme important dans certaines cultures autochtones, et certains Autochtones l’utilisent pour décrire leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur identité spirituelle.

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Orientations sexuelles

  • Asexuel (ace) : une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle ou physique envers d’autres personnes, mais qui peut ressentir une attirance romantique ou émotionnelle avec certaines d’entre elles.
  • Pansexuel : personne qui éprouve une attirance sexuelle, romantique, physique, émotionnelle et/ou spirituelle vers les gens de toutes les identités/expressions de genre.

Identités de genre

  • Agenre : une personne qui ne se définit pas comme étant un genre en particulier ou qui se définit comme n’ayant aucun genre. Leur identité de genre peut être en dehors des catégories binaires de genre. Une personne agenre peut ou non s’identifier comme transgenre.

  • Androgyne : une personne dont l’expression du genre (p. ex., les vêtements, la coiffure, etc.) ne correspond pas aux catégories binaires de genre ou se situe quelque part entre homme et femme.

  • Cisgenre : une personne dont l’identité de genre et l’expression de genre correspondent au genre qui lui a été assigné à la naissance.

  • Genre fluide : une personne dont l’identité de genre et l’expression de genre ne sont pas statiques et peuvent fluctuer en fonction du moment ou des circonstances.

  • Allosexuelle : une personne qui se décrit comme n’étant ni homme ni femme, les deux, ou un mélange d’homme et de femme. Les personnes qui se considèrent comme allosexuelles peuvent ou non s’identifier comme transgenre.

  • Non-binaire : une personne qui refuse une société qui ne reconnaît seulement que le genre binaire d’homme et de femme, et définit son genre à l’extérieur de ces normes. Les gens non-binaires peuvent s’identifier comme n’ayant pas de genre, comme étant entre les genres ou comme ayant un genre qui n’est pas toujours le même. Les personnes qui se considèrent comme non-binaires peuvent ou non s’identifier comme transgenre.