OPINION
24/06/2020 13:50 EDT

Des gestes plus forts que des mots

Le «réaménagement» ministériel de François Legault comporte son lot de messages clairs.

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
L'annonce du remaniement ministériel dans le Salon rouge de l'Assemblée nationale à Québec, le 22 juin dernier.

Un remaniement ministériel est, historiquement, un exercice puissant afin de donner un nouvel élan à un gouvernement ou répondre à une crise dans certains ministères. C’est aussi un exercice symbolique lors duquel les décisions qui sont prises sont des messages importants adressés au grand public, à la machine administrative ou aux élus de l’Assemblée nationale. 

Dans ce cas-ci, François Legault a, une fois de plus, démontré sa capacité à réagir rapidement aux situations problématiques et à éviter l’adage « ce qui traîne se salit ».  Après une fin de session marquée par les attaques de l’opposition et de la société civile contre le projet de loi 61, le premier ministre n’a pas attendu les vacances pour repositionner quelques-uns des principaux joueurs de son équipe. 

Au-delà de son discours, les mouvements effectués parlent d’eux-mêmes et envoient des messages importants aux détracteurs, aux fonctionnaires et aux partis d’opposition. Alors, regardons ce que dit ce remaniement.

Christian Dubé: un gestionnaire de carrière pour « gérer » la suite de la pandémie

La pandémie de COVID-19 est certainement l’événement le plus imprévisible et majeur qu’un ministre de la Santé ait eu à affronter, et ce, tous partis confondus. Malgré la bonne performance du gouvernement dans la gestion de cette crise, le premier ministre ne pouvait nier l’existence d’un enjeu important dans le réseau, notamment en ce qui concerne la gestion des CHSLD et de leur personnel par les CISSS et CIUSSS de la province. 

Un coup de barre était donc nécessaire et en nommant Christian Dubé, il envoie un message clair à tout le réseau : la cible est maintenant la gestion du réseau .  À ce sujet, le message avait déjà été envoyé lors de la nomination de Dominique Savoie pour « aider » à la gestion de la crise au MSSS au moment de la catastrophe vécue dans les CHSLD de la province. D’ailleurs, madame Savoie est nommée sous-ministre à la santé et Yvan Gendron, gestionnaire connu dans le réseau et sous-ministre depuis la nomination de Danielle McCann, perd son poste. 

En nommant un comptable sans aucune attache avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et une sous-ministre reconnue pour ses qualités de gestion, le premier ministre veut s’assurer que la gestion d’une deuxième vague sera plus efficace et qu’on évitera les erreurs qui ont probablement et malheureusement entraîné un nombre de décès épeurant dans les milieux de vie des personnes les plus vulnérables.

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Sonial LeBel prend la parole lors de l'annonce du remaniement ministériel.

Sonia LeBel: l’assurance anticollusion 

Plusieurs intervenants, dont les membres du comité de suivi des recommandations de la Commission Charbonneau, sont intervenus en commission parlementaire sur le projet de loi de relance économique du gouvernement. Ils s’inquiétaient des dérives possibles issues de l’adoption du projet de loi 61 et de comment il pourrait nous ramener à une époque précommission.

Le premier ministre a décidé d’anéantir la portée de cette attaque en nommant Sonia LeBel au Conseil du Trésor.  Qui de mieux que l’ancienne procureure en chef de la Commission sur l’octroi des contrats publics pour rassurer tout le monde et éviter les rapprochements entre les intentions gouvernementales et une époque révolue.  Le message du premier ministre est clair. Fini, les attaques sur le sujet !

Nadine Girault: mieux positionnée pour parler de racisme

L’autre message fort de ce remaniement est l’ajout de la responsabilité de l’immigration au portefeuille de la députée de Bertrand et ministre des Relations internationales, Nadine Girault. 

Cette nomination est la suite de la réponse gouvernementale au mouvement social contre le racisme et vient donner un rôle supplémentaire à Mme Girault, tout récemment nommée comme co-présidente du Groupe d’action contre le racisme créé par François Legault la semaine dernière.

Déjà, lors de la formation de ce groupe, plusieurs se questionnaient sur la pertinence de parler de racisme sans la présence du ministre de l’Immigration. Voilà que monsieur Legault vient corriger cette anomalie et donne ainsi un niveau de crédibilité supplémentaire à ce groupe qui aura une forte pression de résultats dans ses travaux.

Il est clair que de nommer une ministre de l’Immigration née aux États-Unis de parents haïtiens, ayant habitée à Gaspé et qui a, entre autres, travaillé durant une dizaine d’années au SPVM dénote une intention du gouvernement de tourner la page sur des relations tumultueuses avec plusieurs groupes de Québécoises et Québécois issus de l’immigration et de tenter un nouveau départ. 

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Simon Jolin-Barrette et Nadine Girault aux côtés de François Legault lors du remaniement ministériel du 22 juin.

Simon Jolin-Barrette: la récompense attendue pour le ministre aux missions périlleuses

En envoyant Simon Jolin-Barrette au ministère de la Justice, que ce dernier désirait obtenir depuis l’élection de la CAQ au pouvoir, le premier ministre récompense celui que plusieurs voient comme son « fils spirituel », et qui a livré des réformes importantes et symboliques pour le gouvernement, telles que l’adoption de la Loi sur la laïcité et la réforme de l’immigration dès le début du mandat. 

Depuis, Jolin-Barrette a eu des épisodes plus difficiles, notamment avec la réforme du Programme d’expérience québécoise, mais il n’a rien perdu de sa valeur aux yeux du premier ministre, qui lui fait confiance et qui veut qu’il soit dans une position favorable. C’est pourquoi il est promu dans un dossier qu’il connaît bien et qui lui est plus naturel que l’immigration.  Il reste aussi un des ministres « fort s» du gouvernement, puisqu’il cumulera encore plusieurs fonctions telles que leader, responsable de la langue française et responsable de la réforme parlementaire.

Danielle McCann et la découverte du côté ingrat de la politique

La ministre McCann ne semblait pas la femme la plus heureuse lors de ce remaniement, et avec raison. Celle qui a été sur la ligne de front avec le premier ministre lors de la première vague de cette pandémie ne s’attendait certainement pas à une rétrogradation de ce genre. 

Cependant, il est clair que le réseau ne la suivait pas rigoureusement et cela lui aura coûté son poste. Celle qui était venue en politique pour être ministre de la Santé se retrouve dans un dossier beaucoup moins exposé, qu’elle ne connaît pas, mais qui reste intéressant et où elle pourra faire valoir ses qualités, soit l’Enseignement supérieur. Cela reste une bonne idée de lui donner l’été pour avaler la pilule et tourner la page.

Avec un appui populaire de plus de 51% présentement, il n’attend pas d’être en danger pour faire des changements

Comme vous le voyez, même en mettant le remaniement ministériel sur mute , on peut capter de nombreux messages de la part du premier ministre François Legault.

Sa plus grande qualité, selon moi, est de ne pas avoir peur de prendre des décisions rapides qui sont en phase avec les actions de son gouvernement et qui envoient des messages clairs. Cela donne l’impression aux Québécois que les bottines suivent les babines, qu’il n’a pas peur de prendre des décisions et qu’il reconnaît ses erreurs. 

D’ailleurs, avec un appui populaire de plus de 51% présentement, il n’attend pas d’être en danger pour faire des changements et cette attitude le sert admirablement depuis octobre 2018. Maintenant, il faudra livrer la marchandise et le travail des nouveaux ministres sera suivi attentivement.