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03/06/2020 20:28 EDT

Coronavirus et affaire George Floyd: ce que cette double crise change pour Trump et Biden

La mort de George Floyd et les manifestations anti-racistes qu'elle a provoquées marquent une nouvelle étape dans la campagne présidentielle aux États-Unis.

C’était sa première rencontre publique depuis la mi-mars et le début de l’épidémie de coronavirus. Ce lundi 1er juin, le candidat démocrate à la Maison-blanche, Joe Biden, a échangé avec des responsables religieux et politiques noirs dans une église de sa ville de Wilmington, dans le Delaware, au sujet de la mort de George Floyd, qui a embrasé les États-Unis. La rencontre s’est terminée par une photo et un symbole fort: en première ligne devant les participants, le candidat a posé un genou à terre.

Ce geste, popularisé par le joueur de football américain Colin Kaepernick pour dénoncer les violences policières contre la population noire aux États-Unis, est un message clair d’opposition à Donald Trump. «La haine ne fait que se cacher. Elle ne disparaît pas. Et quand quelqu’un au pouvoir souffle sur la haine sous les rochers, elle en sort. Les mots d’un président sont importants», a lancé Joe Biden, dénonçant le «racisme institutionnel» qui ronge l’Amérique, où se multiplient les manifestations depuis une semaine.

JIM WATSON via Getty Images
Joe Biden, genou à terre, dans une église de Wilmington, dans le Delaware, le 1er juin.

Le démocrate «est en train de se positionner sur le sujet des Afro-Américains en ravivant l’espoir, né en 2008 avec l’élection de Barack Obama, d’une société post-raciale», analyse Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, interrogé par Le HuffPost. «Il se présente comme un pont vers le camp républicain pour pacifier la société, et est maintenant condamné à proposer un plan».

Joe Biden a d’ores et déjà annoncé qu’il créerait une commission de contrôle de la police dans les 100 premiers jours de son mandat s’il était élu. 

Biden effacé pendant le coronavirus, mais...

Après avoir été bloqué chez lui pendant plus de deux mois à cause du coronavirus, Joe Biden, 77 ans, enchaîne les sorties publiques depuis le 25 mai. Prenant soin de s’afficher toujours masqué, tandis que Donald Trump rechigne à porter cette protection en public, le candidat démocrate s’est rendu dimanche sur le site d’une manifestation antiracisme, et a donné ce mardi 2 juin à Philadelphie un discours sur les «troubles civils» qui secouent le pays (à voir dans la vidéo en tête d’article). C’est la première fois depuis le 15 mars qu’il s’aventure aussi loin de son domicile, à quelque 40 minutes de voiture.

Le septuagénaire semble avoir repris du souffle et être prêt à mettre un coup d’accélérateur à sa campagne avec l’assouplissement des mesures de confinement. Car ses interventions ont eu du mal à percer pendant la crise du coronavirus, dans des médias centrés sur la gestion politique et sanitaire du président américain Donald Trump. Tandis que ce dernier a conservé certains déplacements sur le terrain, Joe Biden, lui, a tenu à jouer le jeu du confinement jusqu’au bout. «Nous faisons très attention à suivre les consignes des autorités sanitaires», déclarait en avril un conseiller du candidat à l’AFP.

Mais ce qui a semblé être un avantage de Donald Trump sur Joe Biden n’a pas été suivi d’effets sur les sondages en vue de l’élection présidentielle de novembre. Le démocrate domine le républicain de 5 points en moyenne dans les intentions de vote ce 2 juin, des estimations comparables à celles d’avant la crise.

«Le coronavirus a tué la campagne pour les deux candidats: les meetings, les rencontres auprès de certaines communautés, les échanges, tout cela n’était plus possible», rappelle Jean-Éric Branaa, qui souligne que Joe Biden a remporté la primaire démocrate pendant la crise. «Donald Trump a effectivement fait du “Trump show”, mais il a fait cela à un moment où il y avait une peur très forte aux États-Unis, et où l’on écoutait les spécialistes», ajoute-t-il. Pour Gorana Grgic, maître de conférences à l’Université de Sydney, interrogée par ABC News Australie, la surexposition du président a pu jouer «en faveur de Joe Biden»: «il est resté coincé dans son sous-sol en laissant Donald Trump s’enfoncer tout seul» à coups de déclarations parfois hâtives sur le coronavirus.

«La campagne de Donald Trump, comme sa présidence, est destinée à ses soutiens, note par ailleurs le Washington Post. Il ne s’invente pas une nouvelle histoire pour gagner des électeurs qui ne sont pas déjà dans son giron».

Trump «joue un jeu dangereux»

Joe Biden, lui, pourrait convaincre des électeurs en s’exprimant sur la mort de George Floyd et les manifestations contre le racisme. «Ces jeunes progressistes qui hésitent toujours à suivre ce vieux monsieur et ne sont pas très loin, il faut juste leur donner une bonne raison de le faire», estime Jean-Éric Branaa. Avec, par exemple, «un projet enthousiasmant contre le “racisme systémique” qu’il dénonce et peut-être une vice-présidente convaincante». Joe Biden a promis de choisir une femme comme vice-présidente et indiqué que «plusieurs candidates afro-américaines» figuraient sur sa liste.

Malgré des polémiques sur ses positions à l’égard des Afro-Américains, comme lorsqu’il a lancé fin mai à un animateur radio qu’il n’était «pas Noir» s’il songeait à voter pour son rival Donald Trump à la présidentielle, Joe Biden est très populaire chez les Noirs américains, un électorat clé pour tout démocrate espérant remporter la présidentielle américaine. Ce sont eux qui l’ont porté vers la victoire lors de la primaire démocrate en Caroline du Sud, en lui offrant un score écrasant lui permettant de revenir en tête de la course.

Et il reste, pour beaucoup d’électeurs, le vice-président de Barack Obama, avec lequel il a formé un «ticket de très bons copains», note Jean-Éric Branaa. Même si l’ancien président américain n’a pas réglé la question raciale au cours de ses deux mandats, marqués eux aussi par des émeutes après des violences policières, il reste «une icône», selon le spécialiste.

Donald Trump, de son côté, joue gros dans cette crise sur le plan politique. Face à un déferlement de colère historique après la mort de George Floyd, un homme noir non armé tué par un policier blanc la semaine dernière, le président américain a menacé de déployer l’armée dans les rues et accusé des militants «radicaux» d’extrême gauche, la mouvance «Antifa», d’avoir fomenté les violences.

Le président «joue un jeu dangereux (...) en clivant davantage, en montrant du doigt les démocrates, en politisant à l’extrême», avance Jean-Éric Branaa. Le républicain risque «de ramener (les États-Unis) au début de sa présidence, avec la dénonciation des Antifas. C’était arrivé jusqu’à Charlottesville avec le drame que l’on a connu». En août 2017, un suprémaciste blanc avait volontairement percuté avec sa voiture un rassemblement de contre-manifestants, tuant une jeune femme. 

Ce texte a été publié originalement sur le HuffPost France.

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