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17/06/2020 16:34 EDT

Le confinement m'a permis d'affirmer mon identité trans

Être accepté par ma famille tel que je suis a fait la différence entre survivre et m'épanouir pendant la pandémie - mais je suis conscient que je suis chanceux.

HuffPost UK
Aiden Wynn

Il y a plusieurs années, le fait de devoir être en confinement avec ma famille aurait été un cauchemar. À l’époque où j’avais 18 ans et que je venais de sortir du placard en tant que trans, la maison de ma famille n’était pas un espace confortable : mes parents et mes frères et sœurs refusaient de croire que j’étais trans, ou d’utiliser le nom et les pronoms que j’avais choisis. Cette situation a ouvert une brèche entre nous, et j’ai gardé autant de distance que possible avec eux en sortant - ou en restant dans ma chambre.

Mon histoire en est une douloureusement commune dans la communauté : du refus de la famille de croire que leur enfant ou leur frère ou sœur est trans au manque d’affirmation dans la vie quotidienne, en passant par la montée des tensions dans ce qui pourrait être un lieu de refuge pour un jeune trans, et les problèmes de santé mentale qui ont tendance à s’ensuivre. Imaginez à quel point il doit être difficile de faire face à une telle situation pendant le confinement.

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En fait, j’ai eu une chance exceptionnelle. Depuis mon coming out il y a un peu plus de cinq ans, ma famille et moi avons parcouru un long chemin. Ils m’ont regardé m’épanouir pendant ma transition et ont réalisé que ce que je dis de moi est indéniablement vrai: je suis un homme trans. Ils me connaissent maintenant comme leur fils ou leur frère, et je suis capable d’exister confortablement et dans le bonheur au sein de la maison familiale, en étant pleinement moi-même.

Ce que tout ça représente ne peut être sous-estimé - une intégration facile et normale dans la vie familiale n’est pas toujours garantie dans la communauté LGBTQ+. Et comme la vie familiale normale est l’un des derniers vestiges de l’époque pré-coronavirus, il n’y a jamais eu de moment plus important pour être soi-même et se sentir accepté.

J’ai constaté que le confinement a été pour moi une période d’affirmation. Ne vous méprenez pas, le côté répétitif du quotidien et de mon environnement commence à m’affecter, et j’ai hâte de voir le monde revenir à la normale. Mais je ne peux pas nier que j’ai pu tirer beaucoup de positif de cette période de proximité constante avec ma famille.

Dans le passé, j’avais l’impression que je devais agir d’une certaine manière pour être pris au sérieux en tant que personne trans.

Ce sont les petites choses qui font la différence. Par exemple, lorsque les membres de ma famille veulent avoir mon attention, ils disent «Aiden» pour m’interpeller. Ou le fait que je me sente à l’aise d’enlever ma chemise lorsque je prends un bain de soleil ou que je m’entraîne dans la cour, sans que personne ne sourcille devant mon torse nu et les cicatrices de mon opération à la poitrine.

J’ai l’impression d’être totalement libre d’embrasser ma masculinité, tout en continuant à cuisiner, à chanter des chansons et à parler de mode - sans que personne ne remette en question mon sexe. Dans le passé, j’avais l’impression que je devais agir d’une certaine manière pour être pris au sérieux en tant que personne trans. Aujourd’hui, je fais exactement ce que je veux, sans avoir à me soucier de savoir si les choses que j’aime feront douter les gens de mon identité.

Il y a aussi beaucoup de choses à dire par rapport au fait d’être en paix avec soi-même durant une période comme celle-ci. Malgré le stress et la peur, il est possible de se sentir ancré, sûr de soi et généralement heureux. Pour beaucoup de gens, ce serait considéré comme une grande réussite. Pour un jeune trans ayant des antécédents de problèmes de santé mentale, ce n’est rien de moins qu’un miracle.

Les personnes vulnérables sont complètement piégées dans un environnement qui cherche à les priver de leur identité.

Mais je sais qu’il est important de garder à l’esprit que ce n’est pas vrai pour tout le monde. Pour un grand nombre de personnes transgenres, le confinement est beaucoup plus répressif qu’il n’est affirmatif. Nombreux sont ceux qui sont confrontés à une situation de vie marquée par l’hostilité. Mais avec l’absence de possibilités de s’évader pour la journée ou de voir des personnes qui peuvent offrir un répit bien nécessaire, les personnes vulnérables sont complètement piégées dans un environnement qui cherche à les priver de leur identité.

Il peut être difficile d’exprimer correctement à quel point vous vous sentez seul et mal lorsque les gens autour de vous n’acceptent pas que vous êtes trans - et comment le fait de pouvoir passer du temps dans des endroits où les gens vous connaissent pour ce que vous êtes vraiment peut agir comme une bouée de sauvetage.

À l’heure actuelle, ce genre d’endroit est hors de portée pour beaucoup, tout comme les soins de santé sur lesquels nous comptons pour soulager notre dysphorie de genre. Alors, s’il n’est pas un secret que le confinement peut être difficile pour nous tous, pour d’innombrables personnes trans, c’est un mal constant. En tant que personne pouvant attester de la puissance extraordinaire d’un milieu de vie accueillant, je sais que cette affirmation peut faire toute la différence.

L’affirmation est une partie si importante de l’expérience trans, et les conséquences positives du simple fait d’être reconnu par votre nom et vos pronoms corrects sont énormes. Ces petites choses en apparence anodines contribuent à atténuer l’incongruité que beaucoup de personnes transgenres vivent pendant des années avant de sortir du placard. Ça nous permet d’être pleinement présents dans notre vie quotidienne et dans nos interactions avec les autres.

En ces temps étranges et stressants, le fait de pouvoir vivre chaque jour confortablement dans sa propre peau est d’une valeur inimaginable.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.