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23/01/2019 10:28 EST | Actualisé 23/01/2019 10:30 EST

Sur deux roues dans le métro, le combat d'un héros du quotidien

En vidéo: le calvaire quotidien d’un homme en fauteuil roulant qui contourne le manque d’accessibilité dans le métro!

Berri-UQÀM, le matin, c'est la congestion. Classique.

Dans l'escalier roulant, vous observez une anomalie, le trafic est causé par un seul homme. Son fauteuil roulant penché dangereusement vers l'arrière donne l'impression qu'un faux mouvement pourrait causer un abat dans la longue file d'usagers matinaux. Cet homme, c'est Woody Belfort.

Comme tous les matins, Woody sort de la ligne jaune à Berri-UQÀM. Il se fraie un chemin à travers la foule - combat quotidien - grâce à une force et à une volonté hors du commun. Devant lui se dresse un escalier roulant. Il vise le milieu et agrippe ses mains aux rampes. Il se laisse entraîner vers le haut, cramponné de toutes ses forces, bloquant sur son passage le flux matinal de gens pressés. Voici le quotidien d'un homme qui se déplace en fauteuil roulant dans le métro de Montréal.

Facebook/Woody belfort, aspire to inspire
Woody Belfort sur la scène lors d'une compétition de culturisme à Toronto.


Woody, 22 ans, est un athlète, un vrai. Il joue au basketball et fait du culturisme. Il y a de bonnes chances qu'il soit capable de bencher plus que vous. Sauf que lui, quand il veut prendre le métro, il ne peut pas utiliser les marches simplement ou se ranger du côté droit dans les escaliers roulants, comme tout le monde. Woody doit composer avec son fauteuil roulant.

Le parcours du combattant

Ce fauteuil, qui pèse près de 20 livres, il doit le traîner de toutes ses forces qu'il monte ou qu'il descende, et cela sans parler de son propre corps qu'il peine à déplacer. Parfois il glisse sur les rampes, d'autres fois, quand la situation ne s'y prête pas, il doit y aller à la dure. Une main sur la rampe qui supporte son corps et l'autre affairée à transporter son moyen de locomotion. Glissant ou grimpant, tant bien que mal, des marches vertigineuses qui pourraient à tout moment le faire plonger vers une chute qui pourrait se révéler extrêmement douloureuse.

Tout ça en naviguant à travers la marée de gens pressés de regagner leur ordinateur au bureau.

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Woddy Belfort descend les marches avec son fauteuil roulant à la station Berri-UQÀM.

Pas pour tout le monde

Le système actuel ne se prête pas à tout le monde. Des 14 stations sur 68, seulement une (Honoré-Beaugrand) ne se trouve pas sur la ligne orange. Les déplacements de Woody se font de la station Longueuil-Université-de-Sherbrooke vers Viau, Beaubien ou Jarry. En théorie, il ne pourrait pas accéder à ces stations.

Mais ça, c'est la théorie. Parce que Woody est l'un des rares en ville à posséder cette force herculéenne qui lui permet de contourner le manque d'accessibilité. Pour les autres qui ne peuvent se balancer dangereusement à travers des dizaines de marches, il ne reste que ces 14 stations... en espérant que vous habitez ou travaillez sur la ligne orange ou à Laval (3 des 14 stations se trouvent en dehors de l'île de Montréal)!

Bien entendu, la Société de transport de Montréal (STM) travaille activement à rendre son réseau accessible aux personnes à mobilité réduite. On compte maintenant 14 stations munies d'un ascenseur, 14 sur 68.

On comprendra également que bâtir un système d'ascenseurs dans chaque station demande une logistique compliquée. Même pour Woody, il est impensable de penser que demain matin, l'entièreté du système sera facilement accessible. Ce sont 41 stations qui devraient être dotées d'ascenseurs d'ici 2025.

Woody Belfort escalade les marches avec son fauteuil roulant à la station Berri-UQÀM.

Woody souligne d'ailleurs que ces difficultés ne touchent pas que les gens ayant un handicap limitant leurs déplacements. Il évoque aussi les gens avec des poussettes ou bien encore les personnes âgées.

Son plus grand souhait? Que la STM et les personnes aux commandes se concentrent à améliorer le système déjà en place pour qu'il soit praticable pour tous.