POLITIQUE
16/01/2019 21:08 EST | Actualisé 16/01/2019 21:08 EST

Royalmount: Ville Mont-Royal minimise la congestion à venir

Les alternatives de transport suggérées par la municipalité sont rejetées du revers de la main par une experte en mobilité.

Courtoisie - Carbonleo
Le projet Royalmount suscite la controverse, notamment à cause des problèmes de congestion qui pourraient survenir sur les autoroutes 15 et 40, à Montréal.

Ville Mont-Royal (VMR) ne croit pas du tout à l'hypothèse de la congestion monstre sur les autoroutes 15 et 40 avec l'arrivée du méga-centre commercial Royalmount. Les solutions mises de l'avant par la municipalité et le promoteur sont toutefois mises en doute par l'Observatoire de la mobilité durable.

VMR, une municipalité défusionnée et enclavée entre trois arrondissements de la Ville de Montréal, croit dur comme fer au projet Royalmount. Le futur centre serait situé sur son territoire, dans un ancien secteur industriel.

Le projet suscite toutefois une vive controverse, notamment à cause de l'importante augmentation de la circulation prévue dans le secteur. Les temps de parcours augmenteraient de 10 à 30 minutes, selon la Ville de Montréal.

Courtoisie - Carbonleo
Le secteur entourant le projet Royalmount pourrait subir d'importants problèmes de congestion. La Ville de Mont-Royal, où est situé le projet, n'y croit toutefois pas.

Nouvelle offre de transport en commun

Foutaise, croit VMR. Dans son mémoire, la municipalité de banlieue rappelle que Royalmount sera connecté par une passerelle piétonne à la station de métro De la Savane. L'augmentation générale de l'offre de transport en commun, notamment avec l'arrivée du Réseau express métropolitain (REM), contribuerait aussi à réduire la congestion sur l'autoroute Décarie.

«La Ville de Mont-Royal est consciente des enjeux liés à la circulation, mais croit que les mesures de mitigation, l'utilisation du métro et du REM, ainsi que le changement des comportements des Montréalais en matière de mobilité, déjà bien amorcé, amoindriront les impacts négatifs et maximiseront les impacts positifs», lit-on.

Une hypothèse non vérifiée

Paola Negron-Poblete, professeure à l'Université de Montréal et membre de l'Observatoire de la mobilité durable, ne croit pas une seconde aux arguments de VMR.

«VMR assume un transfert modal massif de la voiture vers le train léger du REM. On n'est pas encore là. Il n'y a rien qui nous dit que ce ne sera pas juste un transfert du train traditionnel vers le REM», dit-elle.

Courtoisie - CDPQ Infra
Le Réseau express métropolitain s'ajoutera bientôt à l'offre de transport en commun du Grand Montréal.

Rappelons que l'antenne nord-sud du REM empruntera l'emprise de l'actuelle ligne de train Deux-Montagnes. Aucune antenne ou station additionnelle n'est prévue dans le secteur de Royalmount.

Mme Negron-Poblete et ses collègues de l'Observatoire jugent d'ailleurs que les cibles de l'entreprise Carbonleo en matière de transport collectif sont irréalistes. La plupart des déplacements en transport collectif dépendent de la passerelle vers la station De la Savane, qui nécessite l'accord de la Ville de Montréal, de la Société de transport de Montréal et du ministère des Transports.

«Le promoteur affirme que tout le monde est d'accord et que les engagements sont fermes, mais puisqu'aucun des documents disponibles pour la présente consultation ne fait état de ces engagements, et que les documents de planification officiels n'en font pas mention, permettez-nous un peu de scepticisme», écrivent les chercheurs.

Les piétons, une lubie?

D'ailleurs, la marche ne serait pas non plus un mode de transport attrayant pour se rendre sur le site, selon l'Observatoire.

«L'analyse du promoteur semble attribuer énormément d'importance aux traverses piétonnes, comme si l'effet de coupure dans cet environnement était uniquement la conséquence de l'aménagement des traverses. Or, les difficultés d'accès piéton sont davantage le résultat d'une logique de fonctionnement régionale, et la mise en place de traverses sécurisées n'y changera rien. Le bruit, la pollution, une vitesse de circulation élevée, une circulation de transit et la présence de véhicules lourds sont des éléments qui rendront l'accès à pied à partir du nord une expérience extrêmement pénible et improbable», lit-on dans le mémoire.

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Cavendish, pas une panacée

Ville Mont-Royal fonde aussi beaucoup d'espoirs sur le raccordement des deux portions du boulevard Cavendish, actuellement séparées par une cour de triage. Cet axe offrirait, éventuellement, une alternative à l'autoroute Décarie pour les déplacements nord-sud.

«À lui seul, le raccordement éventuel du boulevard Cavendish aura un impact majeur sur la réduction de la circulation dans le secteur. Rappelons que la nécessité de ce prolongement des voies, amplement documentée, précède de plusieurs décennies la venue du projet de Carbonleo et pèse lourdement, en ce moment même et depuis très longtemps, sur la congestion que connaît l'intersection 15/40», lit-on dans le mémoire.

La Ville de Montréal prévoit dépenser 355 M$ pour connecter les deux portions de cette artère, séparées par une gare de triage. La fin du projet n'est toutefois prévue qu'en 2024 — et encore, les études n'ont pas été faites — alors que Royalmount doit ouvrir en 2022.

Paola Negron-Poblete ne s'est pas penchée sur le cas du boulevard Cavendish. Une étude commandée par Carbonleo auprès de la firme WSP prévoit toutefois un impact faible sur le taux de transfert des automobilistes de l'autoroute Décarie au boulevard Cavendish. Ce transfert dépendrait essentiellement de la taille choisie pour le futur tronçon de raccordement.

Capture d'écran - rapport WSP
La firme WSP estime que le méga-centre commercial Royalmount aurait un impact faible sur le projet de raccordement du boulevard Cavendish.

Pied-de-nez à Montréal

VMR envoie aussi un pied-de-nez au Quartier des spectacles, qui craint que Royalmount ne siphonne l'offre culturelle et gastronomique du centre-ville.

«Même avec une portée régionale, le Quartier des spectacles n'a pas le monopole de l'offre culturelle à Montréal. Les résidents des quartiers périphériques et des villes liées au sein de l'agglomération ont aussi le droit à des productions culturelles à proximité de leur lieu de résidence», écrit la municipalité.

Quant à la concurrence commerciale, VMR estime que le méga-centre de Carbonleo s'adressera à une clientèle de niche et sera donc complémentaire aux commerces de proximité des artères commerciales.

Galerie photo Les esquisses du projet Royalmount Voyez les images