POLITIQUE
07/11/2018 15:01 EST | Actualisé 07/11/2018 20:43 EST

Premier anniversaire de Valérie Plante: les services ne sont pas plus efficaces

La mairesse en avait fait sa quatrième priorité, mais la moitié des promesses pour l'an 1 n'ont pas été tenues.

Valerie Plante lors de son assermentation le 16 novembre 2017.
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Valerie Plante lors de son assermentation le 16 novembre 2017.

Le HuffPost Québec s'est entretenu avec des experts et des organismes pour faire le bilan des actions et des directions prises par l'administration Plante au cours de la première année de son mandat. Nous publions une analyse de chacune des cinq priorités énumérées lors de l'assermentation de la mairesse, soit la mobilité, la sécurité, l'habitation, l'efficacité des services publics et le développement économique.

Valérie Plante promettait une administration publique plus efficace, notamment dans la gestion des chantiers. Un an plus tard, la moitié des promesses n'ont pas été tenues et les résultats se font attendre. Mais il y a de grands espoirs pour la refonte des services annoncée pour 2019.

Simon Gaudreault rencontre le HuffPost Québec près d'un chantier de la rue Laurier Ouest, à Outremont. Au passage du HuffPost Québec la semaine dernière, les travaux étaient presque terminés, mais il restait encore beaucoup de cônes orange sur le trottoir. Le chantier devait être terminé en septembre.

«La situation est critique à Montréal. Il y a trop de chantiers qui sont mal gérés», affirme-t-il.

M. Gaudreault est directeur principal de la recherche nationale à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), un think tank qui défend les intérêts des petites et moyennes entreprises. Jusqu'à récemment, il était leur expert en matière de politiques municipales.

Olivier Robichaud
Simon Gaudreault, directeur principal de la recherche nationale pour la FCEI, estime que la Ville peine encore à bien gérer les changiers de construction.

De la volonté, mais pas de résultats

En campagne électorale, Mme Plante a promis deux mesures importantes dès la première année de son mandat. Il s'agit de l'escouade mobilité et de la brigade des chantiers.

La brigade devait mener des inspections-surprises pour s'assurer que les travaux étaient conformes aux devis, mais elle n'a pas encore vu le jour. L'escouade mobilité a été créée à la fin de l'été et elle doit s'assurer que les chantiers n'entravent pas indûment la voie publique.

M. Gaudreault note une certaine volonté d'améliorer la gestion des chantiers. Il estime toutefois que les mesures choisies par l'administration Plante ne règleront pas le problème.

«La Ville a essayé plein de choses. On essaye l'escouade mobilité, l'ancienne administration a essayé la terrasse rouge sur Saint-Denis. Mais ça prend cinq éléments pour améliorer la gestion. Ça prend une meilleure planification et une meilleure coordination pour ne pas rouvrir la rue trois fois en cinq ans. Ça prend l'aide financière promise en campagne électorale. Ça prend des communications en temps réel avec les commerçants. Et ça prend un système de bonus-malus pour récompenser les contractants qui terminent dans les délais et pénaliser ceux qui ne le font pas», dit-il.

Danielle Pilette, experte en administration municipale à l'UQÀM, abonde dans le même sens.

«L'escouade mobilité n'a pas eu les effets escomptés. Ce n'est pas évident de se promener dans Ville-Marie à pied ou à vélo. L'escouade est insuffisante», dit-elle.

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À l'inverse, la revitalisation des installations et du mobilier dans les parcs est bien entamée, tel que promis. La Ville a d'ailleurs adopté un important plan directeur qui encadrera des changements majeurs au parc La Fontaine.

Où est la Ville intelligente?

Le concept de Ville intelligente était un des dossiers chéris de l'ancien maire Denis Coderre. L'administration Plante utilise peu ce terme, ayant d'ailleurs changé le nom du Bureau de la Ville intelligente pour Laboratoire d'innovation urbaine de Montréal.

Mais la mairesse avait promis des avancées dans ce domaine, notamment en mettant en ligne les demandes de permis pour les commerçants. Cette promesse n'a pas encore été réalisée.

«On ne voit pas d'amélioration dramatique en ce qui concerne la paperasse. Mais il n'y a pas beaucoup de villes qui mettent les demandes de permis en ligne. Montréal n'est pas vraiment à la traîne, personne n'est performant dans ce domaine», affirme M. Gaudreault.

«Sous Coderre, on priorisait l'accès aux données et le wifi. Mais il est plus difficile de mettre les demandes de permis en ligne et d'avoir une Ville sans papier», ajoute pour sa part la professeure Danielle Pilette.

Olivier Robichaud
En campagne électorale, Valérie Plante avait promis de mettre en ligne les demandes de permis dès la première année de son administration.

Mme Pilette estime toutefois qu'il est prudent d'avancer lentement dans les dossiers informatiques.

«Les administrations publiques peuvent facilement mettre beaucoup d'argent dans des trucs qui n'améliorent pas la qualité des services», souligne-t-elle.

Des changements en 2019

Mme Pilette fonde certains espoirs sur les changements annoncés pour 2019. En entrevue à La Presse en octobre, le nouveau directeur général Serge Lamontagne a annoncé qu'il souhaite réorganiser la fonction publique pour mieux s'arrimer aux priorités de l'administration.

«2018 a été une année d'ajustements. Il y a eu une rupture avec l'ancien directeur général, qui ne valorisait pas les mêmes processus», estime Mme Pilette.

Alors que l'ancien maire avait tendance à donner des mandats à des fonctionnaires précis, Mme Plante veut surtout travailler en concertation, souligne la professeure.

AFP
L'ex-maire Denis Coderre avait un style de gestion très différent de celui de Valérie Plante.

La résistance de la fonction publique aux changements imposés par l'administration est souvent revenue dans les commentaires recueillis par le HuffPost Québec dans le cadre de cette série. Notamment en habitation.

Quant à M. Gaudreault, il note que l'administration est consciente du travail à faire pour améliorer les services. Il lui donne toutefois une note de 6/10, à cause du retard hérité du passé.