POLITIQUE
05/11/2018 06:00 EST | Actualisé 05/11/2018 07:10 EST

Premier anniversaire de Valérie Plante: la «mairesse de la mobilité» place ses pions

En un an à la mairie, Mme Plante a jeté les bases d'un développement majeur des alternatives à l'auto. Même sans la ligne rose.

Hugo Jolion-David

Le HuffPost Québec s'est entretenu avec des experts et des organismes pour faire le bilan des actions et des directions prises par l'administration Plante au cours de la première année de son mandat. Nous publierons une analyse de chacune des cinq priorités énumérées lors de l'assermentation de la mairesse, soit la mobilité, la sécurité, l'habitation, l'efficacité des services publics et le développement économique.

Valérie Plante voit grand en matière de mobilité. Selon les personnes interviewées par le HuffPost Québec, les actions posées au cours de sa première année de mandat pourraient jeter les bases d'importants développements au cours des prochaines années. Même si sa fameuse «ligne rose» ne se concrétise pas.

François Pépin nous rencontre à la gare de train Mont-Royal par un après-midi pluvieux. La moitié de la gare est amputée par les travaux du Réseau express métropolitain (REM), une espèce de patate chaude tombée dans les mains de la nouvelle administration à cause des nombreux désagréments causés par les chantiers.

Olivier Robichaud
François Pépin, président du conseil d'administration de Trajectoire Québec, à la gare Mont-Royal de la ligne Deux-Montagnes.

«Est-ce qu'ils auraient pu en faire plus? Sûrement. Mais les mesures d'atténuation ne sont pas vraiment la responsabilité de la Ville», dit-il.

M. Pépin a longtemps milité pour le transport en commun dans le Grand Montréal. Il préside notamment le conseil d'administration de Trajectoire Québec, un groupe qui milite pour l'amélioration des services de transport. Son organisme a donné son appui au REM à cause de l'interconnectivité avec le métro.

Il prend acte des ambitions de Mme Plante et de Projet Montréal en matière de mobilité, ainsi que des mesures prises pour y arriver.

«Sachant que ce sont des processus qui sont lents et longs, je donnerais 8/10 à l'administration Plante. Les choses ne sont pas nécessairement réalisées, mais c'est sur la bonne voie», dit-il.

300 autobus: un «très bon coup»

Le transport en commun a marqué les premiers jours de l'administration Plante et a été un thème récurrent de la dernière année. Dès le mois de janvier, la nouvelle mairesse a annoncé l'ajout de 300 autobus hybrides à la flotte de la Société de transport de Montréal (STM).

Olivier Robichaud
La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors de l'annonce de l'achat de 300 autobus supplémentaires en janvier 2018.

Les véhicules n'arriveront qu'en 2020, mais la décision donnera au transporteur une importante marge de manoeuvre supplémentaire pour s'arrimer aux grandes infrastructures qui s'ajouteront au cocktail de transport au cours des prochaines années, soit le REM, le prolongement de la ligne bleue du métro, le SRB Pie-IX et, éventuellement, le tramway vers l'Est.

La STM pourra aussi améliorer son service.

«Il faut travailler sur la ponctualité, la rapidité et la fréquence des autobus. [...] Ça n'en prend pas beaucoup pour perdre des clients du transport en commun à la voiture», affirme Paula Negron-Poblete, professeure à l'Université de Montréal et codirectrice de l'Observatoire de la mobilité durable.

Mme Negron Poblete salue l'initiative de la STM, qui mène actuellement un sondage web sur les préférences des usagers en ce qui concerne l'utilisation de ces nouveaux véhicules dans le cadre de la refonte complète de son réseau d'autobus.

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François Pépin apprécie aussi cette initiative.

«La STM nous a rencontrés en juin. C'est nouveau comme approche. Mme Plante veut consulter la population», souligne-t-il.

Préparer l'avenir

Il est toutefois difficile de poser beaucoup d'actions concrètes dans un dossier qui comprend nécessairement de larges sommes et des équipements complexes. De fait, les promesses faites par Projet Montréal pour la première année du mandat parlent beaucoup de «négociations» et de «consultations» lorsqu'il est question de mobilité.

Un fait qui ne dérange pas Mme Negron-Poblete.

«Le bilan jusqu'à maintenant est positif. C'est juste une année, on met les bases», dit-elle.

La professeure déplore toutefois la lenteur des négociations autour du «tarif social». Projet Montréal a promis la gratuité du transport en commun pour les enfants et les aînés, ainsi qu'un rabais de 40% pour les moins nantis. Les discussions ont débuté, mais Mme Negron-Poblete estime que l'administration pourrait avancer beaucoup plus vite, même si la tarification relève de l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

«Les tarifs dépendent de l'ARTM, mais la municipalité peut accorder une aide financière. En ce moment, on se lance la balle, on dit c'est la responsabilité de la Ville, c'est la responsabilité de la région. [...] Autant l'ARTM pèse trop peu dans le dossier de la ligne rose, autant elle pèse trop dans celui de la tarification sociale», dit-elle.

Ligne rose: une stratégie de négociation

Le projet phare de l'administration, la ligne rose, connaît des embûches avec l'élection du gouvernement caquiste de François Legault. Le nouveau premier ministre a fait savoir que cette ligne ne faisait pas partie de ses priorités et que le mode sous-terre était entièrement hors de question.

Mais tout n'est pas joué selon Florence Junca-Adenot, professeure à l'UQÀM et ancienne présidente-directrice générale de la défunte Agence métropolitaine de transport. Mme Plante a d'ailleurs rempli sa promesse pour la première année de son administration, soit la création d'un bureau de projet qui complètera les études commandées à l'ARTM.

«Elle a mis ça sur pied alors que le gouvernement ne veut pas en entendre parler. Elle se met en stratégie de négociation quand elle fait ça», souligne-t-elle.

Courtoisie - Projet Montréal
La ligne rose proposée par Valérie Plante relierait Montréal-Nord au centre-ville. Une seconde phase en surface se rendrait à Lachine.

Mme Negron-Poblete estime toutefois que la ligne rose a une vision trop restrictive. Elle souhaiterait que Mme Plante pense aux autres pôles que le centre-ville, notamment Saint-Laurent et Laval.

Ça débloque dans l'Est

Mme Junca-Adenot se réjouit de l'avancement des projets de transport dans l'Est, avec ou sans ligne rose.

«Elle a dit que l'Est est prioritaire. Il y a 600 000 personnes là-bas et c'est très mal desservi en transports en commun. Mme Plante pousse une série de projets qui sont sur la table depuis longtemps et le nouveau gouvernement pousse aussi. Donc ils ont des chances d'avancer», dit-elle en référence à la ligne bleue, au SRB Pie-IX et au tramway de l'Est.

Il y a quelques jours, Mme Plante et M. Legault se sont entendus pour développer l'Est en créant ce tramway qui relierait la pointe de l'île aux métros Radisson et Place-d'Armes, ainsi qu'à la future station Anjou de la ligne bleue. Ils souhaitent également débloquer le projet de revitalisation de la rue Notre-Dame et décontaminer les terrains industriels.

Olivier Robichaud
Premier tête à tête entre François Legault et Valérie Plante à l'hôtel de Ville de Montréal.

Vélo et Bixi, d'autres bons coups

Par ailleurs, Mme Plante a poursuivi le développement du réseau cyclable et a ajouté des bornes Bixi. Le service d'auto-partage a connu une année record en 2018.

La Ville a réduit le nombre de kilomètres de pistes cyclables, mais celles-ci sont davantage sécurisées et misent moins sur la peinture au sol.

«Moins de pistes mieux protégées, ça va dans le bon sens. [...] C'est plus coûteux, mais c'est mieux», souligne Mme Junca-Adenot.

Même son de cloche du côté de Trajectoire Québec. François Pépin salue la création d'une vélorue sur Saint-André.

«Il faut toujours protéger les plus vulnérables. Les piétons sont aussi protégés quand on sécurise les vélos», dit-il.

Parmi les autres réussites de l'administration, selon les personnes interviewées par le HuffPost Québec, on compte la diminution de la réglementation pour les véhicules en libre service (VLS) et le lancement des consultations publiques pour le Réseau express vélo (REV).