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06/07/2018 06:27 EDT | Actualisé 06/07/2018 06:40 EDT

«SLĀV»: Robert Lepage dénonce «l’affligeant discours d’intolérance»

Mais concède que le spectacle comporte son lot de maladresses, de ratés et de mauvais choix.

Après avoir gardé le silence plusieurs jours, Robert Lepage a réagi vendredi matin à la controverse entourant son spectacle SLĀV, et à son annulation. Il a ainsi expliqué ce silence, tout en défendant la liberté d'expression artistique et en avouant avoir fait certaines erreurs. Puis en affirmant que s'il n'en tenait qu'à lui, le spectacle serait encore à l'affiche.

Le spectacle, qui était présenté au Théâtre du Nouveau-Monde dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal, a été accusé de tomber dans l'appropriation culturelle, notamment lors d'une manifestation devant le théâtre.

«Maintenant que SLĀV est officiellement muselé, il nous faut bien trouver un autre moyen de dire», écrit Robert Lepage, après avoir expliqué le silence de l'équipe par la volonté de ne pas jeter de l'huile sur le feu et d'être à l'écoute des arguments de ceux qui s'opposaient à la tenue du spectacle.

Il déplore toutefois le climat dans lequel le débat s'est tenu. «Pour moi, la chose la plus navrante que je note, dans la rue comme dans certains médias, c'est l'affligeant discours d'intolérance, peut-on lire dans le communiqué. Tout ce qui a mené à cette annulation est un coup porté à la liberté d'expression artistique et je considère que mes 40 années d'expérience dans les arts de scène m'autorisent à parler avec légitimité de cet aspect de la question.»

À partir du moment où il ne nous est plus permis de nous glisser dans la peau de l'autre, où il nous est interdit de nous reconnaître dans l'autre, le théâtre s'en trouve dénaturé, empêché d'accomplir sa fonction première, et perd sa raison d'être. Robert Lepage

Le metteur en scène souligne avoir déjà, dans sa carrière, consacré «des spectacles entiers à la dénonciation d'injustices subies à travers l'histoire par des groupes culturels spécifiques dont aucun des acteurs n'étaient issus». Des spectacles qui ont été joués à travers le monde, rappelle-t-il, et ce devant différents publics, sans qu'on l'accuse d'appropriation culturelle ou de racisme. «Bien au contraire. Ces réalisations ont toujours été bien accueillies et ont fait d'Ex Machina l'une des compagnies de théâtre les plus respectées au monde», réplique-t-il.

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Robert Lepage concède que le spectacle aurait bénéficié d'ajustements, mais déplore ne pas avoir eu le temps d'apporter les modifications nécessaires. «Il est bien évident que tout nouveau spectacle comporte son lot de maladresses, de ratés et de mauvais choix, note-t-il. Mais contrairement à plusieurs autres formes d'expressions artistiques le théâtre n'est pas un art figé. Le théâtre est un art vivant, qui permet à une œuvre d'être en constante évolution, en perpétuelle réécriture au contact du public et de ses réactions, et de corriger le tir au fil des représentations.»

Une évolution qui n'a pas pu avoir lieu, SLĀV ayant été annulé après seulement trois représentations, fait-il valoir.

Au final, le metteur en scène persiste et signe. En conclusion, il affirme: «S'il n'en tenait qu'à moi, le spectacle tiendrait encore l'affiche car je revendiquerai toujours le droit, au théâtre, de parler de tout et de tous. Sans exception. Aucune.»

«SLĀV»