Yanick Barrette

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On tue la Une, GND boit de la sangria

Publication: 13/06/2013 11:08

L'année dernière, une partie importante de la société a refusé de reconnaître les fondements de la grève étudiante. Les opinions furent multiples et la liberté d'expression fut employée comme rarement auparavant. Trop, c'était trop! Il fallait empêcher les grévistes d'obtenir gain de cause, même si l'on s'apercevait des délires du clan Charest. La réflexion, le raisonnement, l'analyse, la discussion?... Au diable ces procédés, il fallait à tout prix arrêter ces jeunes Che Guevara en quête de révolution mondiale. Mais que dis-je?

Devant l'ignominie des demandes estudiantines, nous avons eu droit à un cirque de critiques et d'insultes, rarement fondées, à l'égard de la jeunesse québécoise. Des débats teintés de stéréotypes, des accusations injustifiées, des grossièretés gratuites et surtout des propos orduriers ont ponctué les conversations, autant de salons que dans les médias. D'enfants-rois à paresseux, en passant par gratteux de guitare, artistes du plateau et osti de rat sale, nous avons eu droit, pour emprunter une expression chère aux Français, à la totale.

La crise a pourtant fini par passer, des élections ont chassé le vieux John du pouvoir, le calme est revenu dans les rues de la métropole... Pour résumer bêtement, la vie a retrouvé son cours. Or, depuis ce temps, certains persistent à vouloir stigmatiser les étudiants. Plus d'un an après le printemps érable, j'entends encore des gens discuter, se fâcher et puis critiquer les étudiants, lorsqu'ils se remémorent la grève. Encore aujourd'hui, on persiste à démoniser Gabriel Nadeau-Dubois. Pourquoi cette haine, ce mépris envers des étudiants qui ont refusé de se soumettre à une augmentation injuste? Pourquoi cette arrogance à l'égard des jeunes? Pourquoi autant de verve et de pugnacité à lutter contre notre jeunesse, notre avenir et notre espoir d'un monde meilleur alors qu'en temps normal le peuple québécois est amorphe et endormit ?

Sur ce point, lorsque vient le temps de s'insurger, je veux dire de véritablement se lever pour mener un combat qui en vaut la peine, la société reste assise sur son divan sans réaction ou presque. Dans l'actualité politique ou économique, les exemples de situations ou d'actions disgracieuses ne manquent pas. Il ne devrait donc pas être difficile de réveiller l'ours qui somnole. De fait, la commission Charbonneau, les nombreux manquements éthiques du gouvernement de Stephen Harper, le fiasco du CUSM, la brutalité policière, la croissance de l'écart de richesse entre les riches et les pauvres, l'endettement fulgurant des Québécois et l'accroissement des profits par les banques ne représentent qu'une infime partie des problèmes auxquels nous sommes confrontés et qui devraient nous scandaliser.

Le billet se poursuit après la galerie

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Dans cette veine, dites-moi honnêtement, lequel, entre les étudiants et les fraudeurs, qui ont paradé devant la commission Charbonneau, coûte le plus cher à la société québécoise. Concrètement, en termes monétaires, et symboliquement, en termes d'images et de représentations, il est évident, à mes yeux, que ce sont les escrocs du béton, les crapules de l'ingénierie et les gangsters de la politique qui nous coûtent le plus cher... Facture salée, travail mal effectué, nouvelle facture salée, évasion fiscale, perte de revenus sur les impôts... Et la roue recommence: facture salée, travail mal effectué... Bien entendu, je ne vous apprends rien d'inconnu. Voilà justement le nœud du problème.

Après avoir autant vilipendé les étudiants, après avoir fait le procès public de leurs leaders, après les avoir stigmatisé pour leur prise de conscience et de parole, qui étaient soit dit en passant justifiées, contre une hiérarchie dirigeante corrompue jusqu'à l'os, nous voilà complaisant devant la fraude, la corruption, la collusion, l'implication de nos politiciens dans des pratiques illégales et immorales. Non, plusieurs persistent et signent, le problème ce sont les étudiants, ces enfants gâtés qui ont tout cuit dans le bec... Est-ce que je rêve? S'il vous plaît, réveillez-moi! Or, loin d'être dans un rêve, nous sommes plongés dans une réalité viciée et vicieuse, pire qu'un cauchemar, où la population agit de manière inversement proportionnelle à la situation ou au contexte. J'ai le goût de crier à la population: «Réveillez-vous, révoltez-vous»... J'ai aussi le goût de pleurer... C'est le monde à l'envers!

Encore cette semaine, l'invitation faite à GND, par Dominic Champagne, de venir lire le texte L'alouette en colère (Félix Leclerc) lors de l'ouverture des festivités des 25e FrancoFolies a fait sursauter les matantes. Eh oui, les Sophie Durocher de ce monde ont continué à s'enliser dans un sempiternel débat sur le «terrorissss» du printemps érable. Ce pauvre GND... On croirait presque qu'il est derrière cette mise en accusation perpétuelle tellement la logique n'est plus un facteur.

Cela dit, avant d'écrire cette dernière phrase, je me demandais: « Ne serait-il pas plus pertinent de nous renseigner sur des sujets cruciaux comme la mainmise de certaines entreprises pétrochimiques sur notre alimentation ou encore l'état de la situation au Canada avec l'affaire Snowden?». C'était réfléchir pour ne rien dire, car il est évident qu'on préfère définitivement ressortir les classiques du printemps 2012. En effet, on préfère collectivement, personnellement et imbécilement continuer à taper sur un clou qui n'existe pas, au lieu de nous informer adéquatement sur des situations et évènements qui, à mon sens, nécessitent une plus grande médiatisation.

Mais, que voulez-vous, il faut tuer la Une, GND s'est acheté un pichet de sangria...

 

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