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Quelle leçon tirer du déclin des partis?

27/04/2017 06:19 EDT | Actualisé 27/04/2017 06:23 EDT

Avec l'annonce de son congé de la présidence du Front National pour la durée des élections, Marine Le Pen confirme une tendance bel et bien présente en Europe et en Amérique consistant à se distancier des partis politiques voire à les rejeter. Si un seul constat général devait être formulé à propos du premier tour des présidentielles, c'est que décidément les partis sont les grands perdants. En effet, le Parti Socialiste vient de connaitre une chute qui pourrait s'avérer mortelle et pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, le parti de la droite de gouvernement est éclipsé du second tour.

D'un autre côté, Mélenchon est de loin le gagnant de la gauche et Emanuel Macron s'est qualifié en première place. Ces deux candidats ont en commun de ne pas représenter un parti et d'être plutôt poussés par un mouvement: La France Insoumise pour le premier et En Marche! pour le second. Quant à Le Pen, elle accède au second tour à la tête d'un parti, mais sa récente annonce semble bien s'inscrire dans cette tendance.

Techniquement, le prochain président ou la prochaine présidente de la République française sera donc une personne indépendante d'un parti politique. Bien sûr, il y a fort à parier que Le Pen réintègrerait la présidence de son parti et il est bien possible qu'il ne s'agisse que d'un stratagème électoral. Néanmoins, le fait que cette stratégie ait été jugée susceptible de plaire à l'électorat confirme qu'il y a un désir assez répandu de sortir des partis politiques et cela soulève de nombreuses questions.

Ainsi, le rejet des partis s'appuie sur des arguments tout à fait pertinents: la corruption fait régulièrement les manchettes, l'hypertrophie du volet stratégique se fait au détriment des idées et les mécanismes visant à faire respecter la ligne de parti rendent difficile l'autocritique. D'autres éléments peuvent venir appuyer le rejet des partis, mais ce sont généralement ces trois critiques qui reviennent le plus souvent. Or, il faut admettre que ceux-ci font mouche.

L'élection présidentielle en France montre bien qu'un candidat indépendant, Macron pour ne pas le nommer, peut être très proche d'une certaine élite économique.

Néanmoins, bien que le rejet des partis soit justifiable et que les arguments ciblent des problèmes existant vraisemblablement, il faut se demander si les candidatures soi-disant indépendantes peuvent être considérées comme une solution. Tout d'abord, de quoi ces personnes sont-elles indépendantes? De la magouille et des conflits d'intérêts? Pas si sûr. L'élection présidentielle en France montre bien qu'un candidat indépendant, Macron pour ne pas le nommer, peut être très proche d'une certaine élite économique. D'ailleurs, il faut bien que les candidats et candidates obtiennent du financement pour mener leur campagne et qu'ils et elles mobilisent une équipe de conseillers et de conseillères qui, parfois, créent des situations de conflits d'intérêts identiques à ceux que vivent les partis politiques. Quant à la question de l'hypertrophie du volet stratégique, il n'y a aucune raison de croire que les candidatures indépendantes ne seraient pas soumises au même impératif de performance électorale qui nécessite un déploiement stratégique imposant. Finalement, s'il n'existe aucune ligne de parti, cela ne signifie pas que les décisions des indépendants et des indépendantes soient plus démocratiques. Le fait d'être libre de faire ce qu'ils et elles veulent signifie aussi pouvoir négliger certaines pressions populaires auxquelles certains partis sont parfois très sensibles.

En somme, la critique des partis politiques est tout à fait pertinente, mais les candidatures indépendantes ne constituent pas la solution que plusieurs personnes attendent. Faut-il en conclure qu'il n'y a pas de solution et que tous les candidats et toutes candidates se ressemblent? Certainement pas. Toutefois, il faut peut-être s'interroger sur le principe même d'une démocratie représentative qui met entre les mains de personnes élues autant de pouvoir. Cela ne signifie pas nécessairement qu'il faille se débarrasser de tous les postes élus pour les remplacer par une démocratie directe idyllique, mais bien qu'il faut tenter de contrebalancer ce pouvoir par des mécanismes participatifs qui placent le pouvoir directement entre les mains des gens. Cela peut s'incarner dès le palier municipal grâce à des budgets participatifs ou encore par des conseils de quartier comme cela peut prendre forme par le biais d'un sénat populaire tiré au sort ou bien grâce à un système de référendums d'initiative populaire au niveau national.

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