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11/04/2017 09:18 EDT | Actualisé 11/04/2017 09:18 EDT

L'intérêt général est à construire

Plutôt que de parler au nom de l'intérêt général très abstrait et de promettre de gouverner selon le consensus, les candidats et les candidates devraient, dans la perspective exposée précédemment, tenter d'incarner des pôles autour desquels se bâtit une définition de l'intérêt général.

Alors que je lisais dernièrement le compte rendu d'une entrevue dans laquelle le sociologue Loïc Blondiaux s'exprimait sur la démocratie participative municipale, un passage très court a capté mon attention et m'a amené à réfléchir sur la question de l'intérêt général. Blondiaux expliquait ceci:

Réfléchir à la participation citoyenne invite à sortir du mythe de l'intérêt général [...] qui serait toujours du côté de l'État, de l'administration, et à le repenser comme une construction collective un processus dans lequel on n'a pas affaire à un seul intérêt général a priori, mais à de multiples définitions de l'intérêt général qui se confrontent pour aboutir à un intérêt général reconnu par chacun.

Ce qu'il dit là me semble fondamental pour adopter une nouvelle approche de la politique. Comprendre l'intérêt général comme une construction collective dynamique suppose, notamment, d'en finir avec le rôle du candidat presque messianique qui connaitrait l'intérêt général pour adopter une posture d'écoute et de participation qui prend en compte la pluralité des définitions dudit intérêt général.

Cette pluralité de définitions est largement conditionnée par la position sociale des citoyens et des citoyennes et plus encore, elle est issue du fait que les personnes se retrouvent à l'intersection de plusieurs déterminants sociaux.

Cette pluralité de définitions est largement conditionnée par la position sociale des citoyens et des citoyennes et plus encore, elle est issue du fait que les personnes se retrouvent à l'intersection de plusieurs déterminants sociaux. Ainsi, être une femme en situation de handicap signifie avoir des besoins et des intérêts qui ne sont pas ceux d'un homme n'étant pas en situation de handicap. Une conception plus essentialiste de l'intérêt général aurait tendance à masquer ces différences pour ne se concentrer que sur ce qui fait «consensus» ou sur ce qui est «commun». Toutefois, cela consisterait à nier la «concrétude» des personnes et à les considérer comme êtres génériques non qualifiés et complètement interchangeables ce qu'ils et elles ne sont évidemment pas.

Une approche plus constructiviste de l'intérêt général permet de ne pas reproduire cette erreur. La clé est de ne plus considérer la société comme une sorte de corps uniforme et métaphoriquement organique, mais bien comme un espace dynamique où se croisent et rentrent en conflit différents intérêts et différents besoins. Bâtir un intérêt général signifie dans ce cas tenter de concilier ce qui peut l'être et déterminer de quel côté trancher sur ce qui ne peut être réglé par un consensus. Cela suppose une absence complète de solution générale puisqu'il n'y a que des cas particuliers et concrets.

Plutôt que de parler au nom de l'intérêt général très abstrait et de promettre de gouverner selon le consensus, les candidats et les candidates devraient, dans la perspective exposée précédemment, tenter d'incarner des pôles autour desquels se bâtit une définition de l'intérêt général. Il faut bien dire «une définition» puisque plusieurs candidatures feraient en sorte que plusieurs définitions coexisteraient et cela est tout à fait normal.

Ainsi, ce que dit Blondiaux permet de déconstruire une conception de l'intérêt général qui se retrouve très souvent au-devant de la scène en politique. L'importance d'une telle déconstruction est qu'elle ouvre la voie à une nouvelle conception qui change radicalement la donne. En effet, ne plus faire abstraction des différences et tenter, au contraire, de construire l'intérêt général au milieu des tensions entre celles-ci permet de révéler certains enjeux qui, autrement, seraient invisibles à cause de l'abstraction.

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