LES BLOGUES

«Televizione» ou le show-biz de l'interventionnisme

14/04/2016 02:54 EDT | Actualisé 15/04/2017 05:12 EDT

Après la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale, Mike - qui symbolise tout ce que le Canada a à offrir de bon aux autres - se retrouve à Rome en Italie. Déjà les bombes canadiennes - qui ne tuent que les méchants - ont permis la libération du pays. Il faut maintenant le reconstruire puisqu'on ne peut que l'observer, Rome est un théâtre de ruines. Le problème est que Mike ignore que ces ruines sont sans rapport avec la guerre, et ne sont rien de moins que les vestiges du grand Empire romain...

Pas forcément une bonne chose que de vouloir aider les autres sans qu'ils participent et s'impliquent eux-mêmes à cette aide, sans un réel partage de responsabilités. Comme un ami me le disait un jour, l'humanitaire c'est bien quand ça ne fait pas plus de mal que de bien.

Qu'en est-il de l'interventionnisme en matière de politique étrangère, cette doctrine qui préconise qu'un État intervienne chez un ou plusieurs autres pour toutes sortes de raisons qui vont du colonialisme à l'humanitaire, en passant par les conflits intérieurs ou extérieurs, l'aide pour la conquête de la démocratie ou autre, et qui a pris bien des formes différentes de la période de l'après-guerre à nos jours? Et surtout, quelle acceptabilité sociale cet État en tire-t-il en offrant à son opinion publique émissions, documentaires et autres reportages télévisuels qui glorifient son intervention et les sert en spectacle continu à sa population qui s'en délecte en pensant à la misère du monde?

C'est un peu à toutes ces questions en même temps que s'attaque Sébastien Dodge, l'auteur de la pièce Televizione dans une satire mi-aigre mi-burlesque, et l'entreprise est ambitieuse. Dans une pièce bien ficelée qui met en scène quatre acteurs capables non seulement de jouer la comédie, mais aussi de danser et de chanter comme sur un plateau télé, Televizione offre un tourbillon de saynètes en apparence décousue, mais qui suivent le destin de vedettes d'un Canadien conquérant et d'une Italienne opportuniste, jusqu'au moment où tous les deux vieillissants, l'un est devenu obèse et l'autre trop charcutée par la chirurgie esthétique.

Mike, sorte de boy-scout plein de bons sentiments, corps d'athlète, souriant de toutes ses dents blanches, part à la conquête de l'Éthiopie en compagnie de Gina, une petite comédienne de rue transformée en pulpeuse vedette de la télévision. Son ancien amoureux, Arlequin hérite de tous les rôles ingrats. Benito, le producteur de télévision, ne perd de vue ni le succès de ses documentaires ni les «ressources alléchantes» que son pays peut tirer de ses interventions généreuses.

Le discours télévisuel est archi simpliste comme il se doit. Le téléspectateur se satisfait de prendre parti pour celui qu'il estime être faible, et pour appartenir à la société qui lui vient généreusement en aide. Au passage, il adule les vedettes qui apparaissent sur son écran et dont les discours de héros intègrent la soi-disant remise en question, la sagesse qui vient avec le temps et la reconnaissance lucide de toutes les erreurs passées. Tout le monde en sort grandi, devant et derrière le petit écran. Les politiques d'intervention changent au fil des ans et des idéologies, mais personne ne prend le temps de vraiment réfléchir à toutes leurs implications, trop occupés que nous sommes à nous abreuver de ces discours qui nous grandissent en apparence, seulement.

Televizione , du 11 au 28 avril 2016 au Théâtre de Quat'sous à Montréal.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

DE LA MÊME AUTEURE

>«Photosensibles»: les rapports de l'image et de la politique

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Programmation du théâtre Denise-Pelletier

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter