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Les blogues

«Photosensibles»: les rapports de l'image et de la politique

Vocation humanitaire? Devoir de dénoncer? Commerce de l'horreur? Que révèlent ou ignorent ces photographies qui atteignent tout droit nos émotions en esthétisant le malheur?

Dans une société dominée par l'image, où des écrans de nos ordinateurs à ceux de nos téléphones, en passant par les photos postées sur les différents blogues, Facebook et autres, les selfies, les caméras de surveillance ou les films et montages amateurs, quelle place donner aux clichés des artistes ou des journalistes professionnels et à leurs répercussions sur l'opinion publique dans nos démocraties? Qu'est-ce que ces images nous apprennent des réalités des conflits et des différents drames du monde contemporain ?

Vocation humanitaire? Devoir de dénoncer? Commerce de l'horreur? Que révèlent ou ignorent ces photographies qui atteignent tout droit nos émotions en esthétisant le malheur?

L'observateur est subjugué par ce qu'il voit et en oublie ce qu'il ne voit pas, tout ce qui est à l'extérieur du cadre de l'image, sans parler de ce nombre infini d'images dramatiques qui ne sont et ne seront jamais saisies par aucun objectif.

Vaste programme auquel s'attaque le spectacle Photosensibles et les six acteurs de la compagnie La Vierge folle. Entre théâtre et conférence, cette autofiction politico-philosophique - qui s'agrémente de multiples effets visuels, de chants live et bien sûr de projections de plusieurs photos choc bien connues de tous - suscite de multiples questions sans réponses, mais qui donnent beaucoup à réfléchir.

Maxime (Maxime Robin), le maître de cérémonie de la pièce, s'adresse aux spectateurs comme un conférencier à ses auditeurs. Expliquant avoir été élevé entre une mère marquée par l'opéra rock Hair (et probablement son mouvement pacifiste contre la guerre du Vietnam) et un père dont la référence est le mythe de la caverne de Platon qui interroge de façon allégorique les conditions d'accès à la connaissance de la réalité par des jeux d'ombre et de lumière, il s'engage dans un exposé quasi scientifique de la lumière, du fonctionnement de l'œil humain, du développement photographique ou des croyances relatives à la capture de l'âme par certaines sociétés étudiées par les anthropologues.

Au fil de cet exposé linéaire s'intercalent plusieurs capsules théâtrales et visuelles qui donnent à penser de manière très concrète sur cinq clichés célèbres de photojournalisme comme celle où l'on voit une étudiante de 17 ans offrir une fleur à un soldat lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam en 1967, ou la photographie qui valut au Sud-Africain Kevin Carter le prix Pulitzer en 1993 pour la représentation de cette petite-fille soudanaise affamée proche d'un vautour qui la guette... Des tanks de Tianan'men au baiser d'un couple enlacé et semble-t-il indifférent à la révolte qui l'entoure à Vancouver en passant par la douleur d'une femme sur la tombe de son mari mort au combat, à quelle vérité donnent accès toutes ces photographies? Et les mots de témoins ne sont-ils pas souvent bien plus éloquents que ces images qui ne misent que sur notre sensibilité?

Un spectacle ambitieux qui ne prend pas parti et qui laisse le spectateur avec toutes ses questions.

Photosensibles , au théâtre Prospero à Montréal, du 6 au 23 avril 2016.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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