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Saint-Siège: encore une démission (après celle de 1294)!

11/02/2013 09:52 EST | Actualisé 13/04/2013 05:12 EDT
AP
In this photo provided by the Vatican newspaper L'Osservatore Romano, Pope Benedict XVI delivers his blessing at the end of a meeting of Vatican cardinals, at the Vatican, Monday, Feb. 11, 2013. Benedict XVI announced Monday that he would resign Feb. 28 - the first pontiff to do so in nearly 600 years. The decision sets the stage for a conclave to elect a new pope before the end of March. (AP Photo/L'Osservatore Romano, ho)

C'est une anecdote qu'on se répète de génération en génération chez les journalistes. Un pape meurt. Dans l'affolement, l'agencier écrit Flash : le pope est mart !

Ce lundi matin, ce n'est pas la mort du pape, mais une nouvelle bien plus stupéfiante qui est tombée : Benoît XVI aurait annoncé en latin sa démission. Le porte-parole du Vatican Federico Lombardi aurait confirmé. Le pape aurait dit "ne plus avoir les forces".

Un pape meurt, c'est dans l'ordre des choses, d'autant qu'il s'agit en général d'hommes âgés. Un pape ne démissionne pas. Au moins jusqu'à aujourd'hui. Choisi par ses pairs les cardinaux réunis en conclave et inspirés par l'Esprit saint, il ne s'appartient plus et doit remplir son ministère apostolique jusqu'à sa mort. Les convenances personnelles n'entrent pas en ligne de compte. La très pénible maladie de Jean Paul II, constatée en mondovision par des centaines de millions de téléspectateurs, n'a jamais été admise comme une raison possible de démission.

Ce billet également a également été publié sur Fait-religieux.com

Ce qui s'est passé, nous l'apprendrons dans les heures qui viennent. Le correspondant au Vatican de fait-religieux.com, Ignazio Ingrao, est sur la piste.

En attendant, on ne peut que constater quelques concordances de dates : le 11 février 1858, "Notre Dame" apparaissait à la petite bergère Bernadette Soubirous dans une grotte de Lourdes. Vous ne voyez pas le rapport ? Et celle-ci : le 11 février 1929 était créée la Cité de l'Etat du Vatican, résultat des accords du Latran signés entre le Saint-Siège et l'Italie, après 59 ans de brouille consécutive à la prise de Rome par les armées de l'Italie unie. Normalement, le pape n'est pas adepte de la numérologie, mais comment savoir, désormais. Et rien ne dit qu'il soit allé se recueillir dans la grotte de Lourdes reconstituée dans les jardins du Vatican sous Léon XIII, à la fin du XIXe siècle.

Benoît XVI a été un réformateur de l'Eglise. À la fois dans le sens de l'ouverture et de la modernité, pour son rôle durant le concile Vatican II, et dans le sens du maintien de la ligne directrice par la suite.

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Durant le concile, le jeune Joseph Ratzinger, dont le cardinal français Henri de Lubac raconte dans ses mémoires l'enthousiasme et la gentillesse, représentait avec son compère Hans Küng, devenu plus tard son plus fervent adversaire, une Eglise germanique dynamique et innovante ; Ratzinger était rien de moins que le conseiller théologique du cardinal Joseph Frings, l'archevêque de Cologne connu pour avoir été un opposant sans faiblesse au régime nazi. Par la suite, le Herr Doktor Professor Ratzinger s'est surtout consacré à l'enseignement - et à son hobby, le piano.

Sous Jean Paul II, le cardinal Ratzinger - surnommé en Italie le "panzer cardinal" a dirigé la Congrégation pour la doctrine de la foi, plus connue sous sa dénomination ancienne et encore vaguement redoutable : le Saint-Office. Il était chargé de s'assurer que les déviances - qui n'ont jamais cessé d'exister depuis les débuts de l'Eglise - restaient "sous contrôle". Le pape polonais n'avait ainsi aucune sympathie pour les prêtres marxisants d'Amérique du Sud qui formaient la colonne vertébrale de la "théologie de la libération": on les fit rentrer dans le rang. La désobéissance, à l'autre bout du spectre, des sectataires de Mgr Marcel Lefebvre qui avait défié l'autorité du souverain Pontife, restait et reste encore à ce jour sanctionnée. C'est surtout sa détermination à faire toute la lumière, d'abord à l'intérieur de l'institution, ensuite vis-à-vis de la société, sur les agissements pédophiles, qui doit être soulignée.

Le billet de Sophie Gherardi se poursuit après la galerie

Le pape Benoît XVI, de 2005 à 2013

Le conservateur que beaucoup ont aimé voir en Benoît XVI ne l'était pas "sur toute la ligne".

Il tenait à une liturgie digne et si possible belle, il pensait que les catholiques reviendraient à la messe si elle était de haut niveau et spirituel, et intellectuel, et esthétique. Ses goûts d'Allemand musicien ne le portaient pas vers les épanchements charismatiques avec accompagnement au synthétiseur. Mais il était très profondément soucieux de la préservation de la nature et de la nature humaine, ce qui ne relève pas nécessairement d'une approche réactionnaire.

Pour le reste, c'était la doctrine, toute la doctrine, rien que la doctrine. C'est pourquoi apprendre qu'un tel homme, qu'un tel pape est, surtout pour ceux qui connaissent un peu le sujet, une immense surprise. D'accord, il y a le cas de Célestin V, élu pape en juillet 1294 qui fut autorisé à se retirer le 13 décembre de la même année : ce saint ermite avait su faire reconnaître, si l'on ose dire, l'erreur de casting. Et derrière, celui qui allait devenir l'un des papes les plus forts de l'histoire poussait ses pions : Boniface VIII. On cite aussi le cas de Grégoire XII qui démissionne pour mettre fin au Grand Schisme d'Occident en 1415. Mais ça ne compte pas car à l'époque il y avait eu jusqu'à trois papes simultanément!".

Nous sommes aujourd'hui dans un cas très différent. La suite sera passionnante à suivre. S'il faut tenter une explication - qui ne peut être qu'une supputation à ce stade, je dirais ceci : cette démission surprise signifie que Joseph Ratzinger est profondément inquiet pour l'Eglise. Il aurait pu s'affaiblir progressivement, comme son prédécesseur, en pensant que la providence pourvoirait. Le chrétien rationaliste qu'il sait bien que l'Eglise catholique perdrait dans l'intervalle un temps précieux. Il n'a pas voulu lui infliger cela.