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Comment je ne suis pas devenu moine: À la recherche du bouddhisme

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Malgré la télévision, malgré les réseaux sociaux, malgré la mondialisation et l'américanisation culturelle, l'Orient aux mille parfums enivrants et aux couleurs chatoyantes, continue d'exercer sur nous, occidentaux, une fascination, la même qu'avait jadis ces explorateurs qui partaient pour Cipango, l'Empire du Milieu et les autres contrées orientales séduisantes de secrets.

Les derniers chants du Tibet.
Cet appel Jean-Sébastien Bérubé l'a ressenti aussi. Pas tant pour le Japon, même si le karaté joue un rôle important dans sa vie et qu'il revient d'un voyage de plusieurs semaines au Pays du Soleil Levant, que pour le mystérieux Tibet, capitale du bouddhisme. Une destination qui va de soi pour le bédéiste, qui a retenu l'attention de la critique avec son excellente trilogie Radisson consacrée aux exploits de ce grand coureur des bois, qui ressentait depuis toujours le besoin d'approfondir chez les moines tibétains sa connaissance et sa pratique du bouddhisme.

C'est ce séjour au Tibet et au Népal qu'il raconte dans Comment je ne suis pas devenu moine, une bouleversante bande dessinée qui devrait figurer parmi les œuvres les plus réussies de l'année au Québec et dans la francophonie.

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Par l'intelligence de son propos, la beauté de son dessin, son trait émotif et sa plume évocatrice, Bérubé nous entraîne dans les méandres des cités déstabilisantes des deux pays aux rues grouillantes de vie, de boutiques anarchiques, de mystères, de parfums et de couleurs bigarrées, flamboyantes et chaudes qui transpirent de chaque case malgré son choix audacieux de n'utiliser que du noir et blanc.

Avec une franchise désarmante, une honnêteté exceptionnelle et un sens de l'observation aiguisé, Bérubé confronte sa vision et possiblement la nôtre nourries des images romantiques et magnifiées d'un Tibet et d'un Népal. Ces derniers vestiges de la Shangri-la de James Hilton sont confrontés à la dure réalité de deux pays bouleversés par l'arrivée trop rapide de la modernité, du tourisme de masse et dans le cas du Tibet de l'ombre puissante et oppressante du grand frère chinois.

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Pour Bérubé le choc est terrible. Même s'il continue d'aimer ce Tibet, son Tibet fantasmé et imaginaire, il gagnera une maturité qui lui permettra de dépasser les superficiels mirages «babacooliens», alimentés par les délires des stars médiatiques d'un Occident existentialiste, en mal de rédemption, de métaphysique et de rejet de la vie contemporaine, du bouddhisme et des bouddhistes, pour en découvrir une essence plus réaliste, faite d'ombre et de lumière, de grandeurs et de petitesses,

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Carnets de voyage, parcours initiatique, balade introspective, la superbe bande dessinée de Bérubé est une fascinante randonnée à travers des pays déchirés entre le fantasme et la réalité, une confrontation entre ses conceptions idéalisées et la réalité de ces sociétés, ni tout à fait blanches, ni tout à fait noires, mais résolument grises et humaines. Des conceptions que nous avons emprisonnées dans ces réconfortantes et bienveillantes images d'oasis de bonheur, remparts contre notre modernité et ultime témoignage d'un paradis que nous avons trahi et perdu il y a très longtemps.

Une bande dessinée aussi magnifique que troublante.

Le livre des merveilles.
De l'Himalaya, nous faisons un saut à Cipango, gorgé d'or, de perles, de pierres précieuses et d'épices, chanté par Marco Polo dans son Livre des merveilles et qui a nourri les rêves de tous les Christophe Colomb de la Renaissance. Si le Japon ne s'est pas révélé ce paradis où l'or pousse sur les arbres, il nous a depuis longtemps montré un autre visage tout aussi titillant de son immense richesse que celui qui habitait les explorateurs audacieux prêts à risquer leur vie dans ce périlleux voyage vers l'inconnu. Le manga fait partie de l'extraordinaire richesse culturelle nipponne qui fait de Pays du Soleil Levant cet eldorado décrit par le Vénitien à partir des rumeurs entendues dans les tavernes malfamées des villes chinoises.

Pour le néophyte, comme moi, le manga semble un monde inaccessible.

Pour le néophyte, comme moi, le manga semble un monde inaccessible. Outre l'excellent Akira de Katsuhiro Ōtomo, Apple Seed de Masamune Shirow et le révélateur Gen d'Hiroshima de Keiji Nakazama, je n'ai jamais vraiment fréquenté ce populaire genre si influent. Serait-ce parce que je n'avais pas les clés pour l'apprécier à sa juste valeur ou que personne ne pouvait m'orienter vers des œuvres qui correspondaient plus à mes goûts? Je ne sais pas, mais assurément je suis passé à côté de ce phénomène.

C'est peut-être pour les gens comme moi, pour nous faire prendre conscience ou nous rappeler toute l'importance du manga, que Taschen vient de publier 100 manga artists, une monographie qui nous fait découvrir les 100 magakas les plus intéressants du Japon actuel.

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Abondamment illustré, le bouquin trilingue (anglais, français et allemand) propose un portrait graphique des plus importants magakas de la dernière décennie japonaise, dont une ancienne star du porno et un descendant d'une célèbre famille de samouraïs, qui ont révolutionné le genre tout en respectant la tradition. Une trop courte biographie accompagne leurs illustrations les plus représentatives.

Si le résultat est intéressant pour un néophyte comme moi, le trilinguisme des textes et les textes imprimés sur des pages rouges peuvent en décourager plus d'un. Mais une fois le rythme de lecture installé, nous retrouvons vite l'esprit du Marco Polo qui rêvait tant de ce Japon millénaire où la richesse était partout, à la différence qu'elle n'est plus au bout des branches des arbres, mais plutôt, en partie du moins, dans les mangas.

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Jean-Sébastien Bérubé, Comment je ne suis pas devenu moine, Futuropolis;
Amano Masanao, Julius Wiedermann, 100 manga artists, Taschen;

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