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«Le magicien de Whitechapel»: l'arnaque diabolique

29/04/2016 10:15 EDT | Actualisé 30/04/2017 05:12 EDT

Le «yâbe» est parmi nous, pas juste dans la cabane de Joe Picard comme le chantait Mes Aïeux, mais aussi sur les scènes prestigieuses ou anonymes des grandes capitales européennes, dans les rues mal famées du Londres victorien, et sur nos grands et petits écrans. Cette semaine Benn et Christian R. Page nous guident sur les chemins de l'enfer qui ne sont pas toujours pavés de bonnes intentions.

Le diable brûle les planches...

Rien n'est pire qu'un pacte avec Satan. On s'en sort rarement avec les honneurs du vainqueur. Jamais Belzébuth ne laisse échapper une proie. Retors parmi les retors, maître ès filouterie, le cornu n'hésite pas à utiliser tout son arsenal de charmes, de promesses et de menaces pour arriver à ses fins. Rares sont ceux qui réussissent à sortir indemnes de ses griffes et à rendre caduque l'entente contractée avec lui.

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Jerrold Picobello, lui, fait partie des rares qui ont su se jouer du rabouin. Lié a Méphistophélès depuis que ce dernier lui a offert la possibilité de devenir le plus grand des magiciens, Picobello tente maintenant de mettre fin au pacte, d'autant plus que le Malin n'est pas très fair-play. Loin d'être un gentlemen's agreement, un contrat avec l'ange déchu peut devenir facilement un marché de dupe. Pire, un enfer.

Conclusion de la trilogie Le magicien de Whitechapel, cet Éternité pour mourir est un merveilleux chant du cygne pour cette relecture très originale du mythe de Faust.

Comme dans les deux tomes précédents, Benn impressionne par un trait dynamique et nerveux qui sied à merveille à son histoire. Sa grande maîtrise du Londres victorien, la sensibilité de son dessin, trempé dans une encre faite de concentré de brouillard, restituent à merveille les brumes humides et angoissantes de la City. Sous sa plume, je retrouve le Londres que je m'étais imaginé en me goinfrant, plus jeune, des écrits et des films sur Dracula, Sherlock Holmes, Jack l'éventreur et autres Docteur Crippen.

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Si l'histoire a les parfums du Faust de Goethe, les répliques cyniques et décalées de Benn lui donnent toutefois une autre dimension, le clin d'œil d'un auteur amusé par l'histoire qu'il nous raconte. Ce qui pourrait alors n'être qu'une tragédie mille fois racontée devient soudainement une farce, tragique certes, dans laquelle s'affronte des personnages aussi ambitieux qu'impuissants, manipulés par un diable d'opérette qui n'est pas sans rappeler le Michel Simon de La beauté du diable de René Clair, incapable de maîtriser un simple magicien, aussi génial soit-il.

Et si Lucifer se laisse «enfirouapper» aussi facilement, c'est peut-être parce que sa réputation est surfaite, qu'il se ramollit avec l'âge, ou qu'il est trop sensible à la flagornerie, comme le corbeau de la fable. À moins qu'il ne se soit tout simplement lassé de voir ce magicien immortel et constamment insatisfait s'emmerder - Woody Allen ne disait-il pas que l'éternité était longue surtout vers la fin - et l'emmerder.

Jamais Benn ne m'a semblé autant en maîtrise de son art que dans cette trilogie. Avec brio, il nous raconte cette arnaque d'où s'échappent les airs entraînants d'un absurde opéra tragi-comique où le pigeon n'est pas celui que l'on pense.

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S'il se confirme qu'il s'agit effectivement de sa dernière œuvre, comme il me l'avait confié, ma foi, Benn ne pouvait rêver de meilleure façon pour quitter la planète bédé! Un dernier tour de magie, un dernier salut enthousiaste avant de retourner dans la bienveillante obscurité de l'arrière-scène.

... et la pellicule

Si Lucifer aime le show business, les applaudissements des foules en délire de Broadway et autres Piccadilly Circus, il aime aussi le cinéma. Se retrouver vedette du 9e art n'est pas pour déplaire à ce vieux cabotin à l'orgueil démesuré. Depuis ses débuts, il y a plus de cent ans, le diable, les forces du mal et tous les autres phénomènes inexpliqués et paranormaux ont été d'importants réservoirs à scénarios pour le cinéma. Depuis que Méliès a tourné en 1896 Le manoir du diable, le cinéma d'horreur n'a cessé de tourmenter les spectateurs, de trouver de nouveaux adeptes, d'effrayer ou de réjouir les âmes sensibles en quête de sensations fortes.

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Il était alors normal qu'un jour Christian R. Page, le fameux enquêteur du paranormal, s'intéresse aux films d'horreur. L'encyclopédiste des phénomènes inexpliqués nous propose donc dans son nouveau bouquin 15 films portant sur des possessions diaboliques, des créatures venues d'un autre monde, des enlèvements extraterrestres, tous tirés de faits vécus... enfin, c'est ce que la légende a retenu.

De La nuit des extraterrestres - le film qui a donné naissance à l'imaginaire extraterrestre - à La conjuration - un de mes préférés - en passant par La prophétie des ombres, L'emprise ou L'exorcisme d'Emily Rose, Page nous amène derrière l'écran opaque de l'adaptation cinématographique, à la recherche de la vérité cachée sur le mince fil qui sépare la réalité de la fiction.

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Comme Fox Mulder, dont il partage l'enthousiasme et l'ouverture d'esprit, mais pas la crédulité, Page met de coté les interprétations sémantiques et cinématographiques de ces films pour se consacrer à ces faits divers démoniaques, avant la mythification opérée par les scénaristes professionnels. Avec la perspicacité d'un flic de CSI, Page rencontre les témoins, décortique les archives, tisse l'arrière scène, réfléchit, s'interroge, refuse de prendre parti et cherche des réponses qui n'existent pas toujours. Alors que plusieurs autres pourraient basculer dans le camp des croyants ou des sceptiques, Page, lui, se garde constamment une porte ouverte, le fameux «et si c'était vrai» à l'image d'Arthur Conan Doyle, qui écrivait dans le Signe des quatre que «lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité».

Un bouquin réjouissant pour les amateurs de cinéma d'horreur et pour ceux qui s'intéressent au paranormal.

• Benn, Le magicien de Whitechapel, trois tomes, Dargaud.

• Christian R. Page, L'enquêteur du paranormal au cinéma, Publistar.

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