Rachel Décoste

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L'accouplement avec les ambassades du Royaume-Uni: rien à voir avec les épargnes fiscales!

Publication: 27/09/2012 09:33

Le Ministre des Affaires étrangères John Baird, caresse sa passion pour la Grande-Bretagne depuis toujours. Même son compagnon félin est baptisé à l'honneur de la célèbre dame de fer, l'ancienne Première ministre britannique.

Le politicien de carrière ottavien s'est livré à son dévouement à la monarchie britannique en purgeant la peinture célèbre de l'artiste québécois Alfred Pellan de son immeuble à bureaux afin de le remplacer par une image de son monarque préféré.

L'engouement britannique de M. Baird a dégénéré quand son manque de jugement s'est propagé à la sérieuse question de la politique étrangère. Le ministre Baird et son homologue britannique William Hague ont annoncé plus tôt cette semaine leur intention de fusionner les ambassades britanniques et canadiennes. Pour préciser, M. Baird a qualifié la formule patibulaire de « partage » de locaux et services. Tout comme le « partage » des fichiers sur Napster, l'échange libre de fonctions diplomatiques entre les administrations internationales n'inspire point la confiance.

Le gouvernement Harper a eu recours à un subterfuge pour vendre l'idée aux canadiens sous l'astuce de « mesure d'économie fiscale ». L'énoncé dégage un soupçon d'hypocrisie d'un gouvernement aux prises avec le cafouillage grotesque que fut le sommet du G20 et le fossé monétaire que demeure l'achat des avions de chasse F-35.

Malgré le resserrement fiscal fédéral, le PM Harper trouve toujours des fonds pour promouvoir la Grande-Bretagne. Son ministre du patrimoine a déformé les faits historiques pour défendre la dépense de 28 millions de dollars pour célébrer une guerre, vieille de 200 ans, entre deux nations étrangères. Vous l'avez deviné - c'est la Grande-Bretagne a eu raison de la guerre de 1812 contre les États-Unis.

Stephen Harper a trouvé une autre façon d'enfoncer la Couronne britannique dans la gorge des canadiens en multipliant les visites royales depuis qu'il a emménagé au 24 Sussex en 2006. Autrefois rarissimes, les visites royales sont devenues des décaissements annuels; soit une excuse pour que les enfants et les petits-enfants hyper cossus de la Reine Elisabeth (ainsi que leur entourage) rendent visite à leurs sujets. Cette largesse, bien sûr, est une gracieuseté du contribuable canadien, incluant les descendants des abus historiques aux mains des anglais.

En 2012, le Premier Ministre Harper a même chassé en Chine l'éblouissante Gouverneure Générale Michaëlle Jean pour permettre à son monarque chéri de miroiter sa puissance coloniale pendant une journée qui devait être consacrée au Canada et ses citoyens. En anéantissant la Fête du Canada, Harper a concentré le focus national sur des personnes qui n'habitent point dans notre pays. Quelle crapuleuse manière de saluer le Canada moderne.

Quand à lui, le Ministre de la Défense nationale Peter MacKay a souffert de la langue de bois quand il a omis les coûts engendrés au budget militaire en renommant les Forces militaires canadiennes afin de saluer le passé colonial britannique. Un clin d'œil à l'époque où les troupes canadiennes se sont livrées sous le drapeau du Royaume-Uni; impossible de les distinguer des entités étrangères. Il y a de sombres épisodes quand les soldats canadiens, désormais des pions Anglais, ont participé aux conquêtes coloniales en Afrique du Sud, pour ne nommer que celle là, où le viol et la torture sont les armes privilégiées pour dompter les populations locales d'Afrique sub-saharienne. L'ajout du mot «royal» à l'appellation du corps militaire a été vivement critiqué par les québécois et les canadiens anglophones qui voyaient la particularité canadienne de l'institution s'embrumer inutilement.

Sous les masques désignés «économie d'espace, de ressources et d'argent», le gouvernement Harper offre la souveraineté du Canada sur un plateau d'argent à la Grande-Bretagne avec la déclaration d'accouplement des ambassades. Dans un geste révélateur, l'annonce a été dévoilée en primeur à Londres plutôt qu'a Ottawa. Ni l'une, ni l'autre des attestations n'a fait mention des services diplomatiques en français qui risquent de s'estomper à l'issue des fusions forcées. La flagrante tendance de s'agenouiller devant les dignitaires et la monarchie anglaise, symbole de soumission collective, est angoissante à plusieurs niveaux. L'indépendance diplomatique canadienne, tout comme les droits linguistiques acquis ne doivent jamais être abrégés ou abandonnés quelque soit le coût.

 

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