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Sur la notion de consentement et la définition du mot garçon

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J'ai mal à l'être depuis deux jours. À chaque épisode où resurgit une histoire de pédophilie dans les médias, j'ai mal.

J'avais 12, 13, 14 peut-être 15 ans. J'ai longtemps essayé dans la construction de mes souvenirs de placer ces saletés le plus loin possible, le plus jeune possible.

J'étais un garçon élevé dans un beau quartier de Saint-Lambert par des bons parents. Quand j'ai reçu les cartes de ma nouvelle route de distribution du Journal La Presse, une d'entre-elles portait la mention «Attention, client insistant. Ne pas rentrer chez lui». Quelques jours plus tard en faisant ma collecte, un vieil homme m'a invité à rentrer. Il ne m'a pas forcé. Le garçon que j'étais est rentré cette fois là comme plusieurs autres fois.

Pourquoi? Je ne le saurai probablement jamais. Combien de fois, pendant combien de temps...je ne sais plus.

Pendant de trop nombreuses années, pas un seul jour ne pouvait passer sans que je pense à cette saleté. Je la revoyais dans ma tête à tous les jours. Il y a des moments où il m'arrivait de croire que ça ne m'était pas arrivé. En fait, je voulais fort, fort croire que ce n'était qu'un mauvais rêve. Et à défaut de me convaincre, j'essayais aussi de croire que ça m'était arrivé plus tôt, plutôt vers 11, 12 ans que vers 14,15 ans. Parce qu'un garçon de 14 ou 15 ans, c'est grand... forcément assez grand pour ne pas tomber dans ce genre de piège.

Mon comportement avait donc toutes les apparences d'un consentement. Pourtant...

En fait, je me sentais coupable d'avoir consenti. J'étais responsable de mon malheur. Je me sentais idiot et surtout sale. J'avais pourtant été prévenu.

Quand j'entends Marc Béland s'insurger, protester et tenter de protéger la mémoire de Claude Jutra parce que les garçons qui défilaient chez lui y venaient de leur plein gré, j'ai mal.

Claude Jutra, un cinéaste, un homme connu, une figure d'autorité à 40, 50 ans avait des relations sexuelles avec des garçons.... consentants, pensent certains. Il a fallu qu'une victime affirme qu'elle avait été agressée à partir de l'âge de 6 ans pour que l'ambiguïté disparaisse, parce qu'un garçon peut consentir apparemment.

Mon plus grand soulagement est venu un jour quand un psychologue m'a dit: «Monsieur, êtes-vous conscient que vous avez été victime d'un acte criminel, que votre agresseur pourrait être reconnu coupable et mis en prison.»J'ai finalement pu comprendre que je n'étais pas consentant.

J'ai peut-être eu de la chance, parce que j'ai fini par trouver une certaine paix, après beaucoup d'alcool, beaucoup de galère, beaucoup de souffrance. J'ai avec moi une femme qui m'aime et mes merveilleux enfants. Tous n'ont pas eu cette chance.

Une chose est sure. Cette saleté elle sera là, toujours....jusque dans ma tombe.

Pour l'anecdote, quand j'avais 17 ou 18 ans, j'ai été pris sur le pouce alors que j'allais chez mon grand-père dans le Bas-St-Laurent. Le bon samaritain était une personnalité très connue de l'intelligentsia culturelle québécoise. Alors que je lui racontais que je rêvais d'être cinéaste, il me proposa de contacter Claude Jutra, son voisin du Square St-Louis. Cet homme allait surement pouvoir m'aider. Je ne me souviens plus très bien pourquoi, mais cette rencontre n'a jamais eu lieu.

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