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16/02/2016 01:35 EST | Actualisé 16/02/2017 05:12 EST

Claude Jutra: les mauvais pédophiles et les bons pédérastes

On entend parler de pédophiles de plus en plus ces dernières années. Souvent par la police après des enquêtes et des opérations. La dernière connue, l'opération Malaise a permis d'identifier une quinzaine (et ce n'est peut-être pas fini) de suspects qui ont été accusés et doivent maintenant faire face à la justice.

Condamnés sur la place publique avant même la fin des procédures, ils ont abusé d'enfants et de très jeunes hommes. Ils étaient de parfaits inconnus jusqu'à ce matin fatidique, quand la police a procédé à un ratissage méthodique. On a appris que certains des suspects étaient impliqués auprès des jeunes. Ils étaient actifs dans le scoutisme et d'autres étaient enseignants. Ils avaient accès à des jeunes et ont profité de cette proximité pour en abuser.

On dit même qu'ils ont formé un club social et, qu'au détour de discussions secrètes sur les réseaux sociaux, échangeaient sur les meilleures pratiques pour approcher les enfants sans attirer l'attention des autorités.

Ils ont même eu le culot de former un OSBL visant à promouvoir leur mouvement, «Les amis de toutes les minorités sexuelles». Ils ont aussi créé une page internet où on peut y lire que:

«LATMS est née avec et pour nos amis pédophiles et pédérastes et nous sommes prêts à offrir la même écoute attentive et respectueuse à toutes les minorités sexuelles taboues». Ishhh!

Dans un excellent article du 12 février dernier, Vincent Larouche dans La Presse en parle de long en large. Il rapporte même que l'un des membres de cette organisation n'a pas l'intention d'arrêter le mouvement, au contraire. C'est à lire!

Pendant mon séjour auprès du Bureau Central National (BCN) d'Interpol à Ottawa, l'exploitation sexuelle des enfants était un des dossiers majeurs travaillés par tous les policiers du monde. On y visait les pédophiles et les échanges d'information sur les réseaux de pédophiles, tels que révélés par l'opération Malaise, relevaient presque du quotidien.

Plusieurs de ces pédophiles justifiaient leurs actions criminelles au nom de la pédérastie.

«Le mot pédérastie désigne à l'origine une institution morale et éducative de la Grèce antique, bâtie autour de la relation particulière entre un homme mûr et un jeune garçon», peut-on lire sur Internet.

Le Larousse en donne cette définition: pour un homme, choix d'un jeune garçon ou adolescent comme partenaire sexuel.

Il existe encore aujourd'hui des regroupements et des associations de boy lovers qui reprennent le même discours de défiance des lois que nous avons maintenant. J'ai vu des extraits vidéo de pédophiles faisant la promotion de leurs crimes contre les enfants. L'un de ceux-ci, d'un homme justifiant ses pratiques issues d'une époque lointaine durant plusieurs minutes, se terminait par à peu près ces mots:

«I'm a pedophile and you will never catch me!» (Je suis un pédophile et vous ne m'attraperez jamais!). Je peux vous dire que ce genre de discours servait de motivation aux enquêteurs de police!

Et Claude Jutra dans tout ça?

Une biographie disponible aujourd'hui et écrite par Yves Lever soulève, sur quatre pages, que Claude Jutra était un pédophile. Les médias ont commencé à rapporter les propos de l'auteur du livre samedi dernier. Depuis, les commentaires n'ont cessé de fuser de partout. Il est difficile de rester neutre devant une telle déclaration.

Pour certains, la simple évocation du terme pédophile associé à un nom suffit pour condamner cette dernière à tout jamais. Rappelez-vous l'opération Malaise...

Il n'y aura pas d'accusations ici, on sait pourquoi. Aucun témoin ou victime ne s'est manifesté à ce jour. Même s'il est aujourd'hui reconnu le penchant sexuel de Jutra pour les jeunes garçons, plusieurs vont à sa défense. Il semble que bien des personnes le savaient, mais on ne s'attaque pas à un monstre sacré, même si on écorche au passage quelques innocents garçons.

C'était une autre époque peut-on entendre. Les jeunes étaient consentants diront d'autres. L'âge du consentement était de 14 ans à cette époque, de rétorquer quelques-uns. Il était pédéraste et non pédophile. Ça s'est fait avec douceur et tendresse ou encore c'est sa vie privée...

Les mêmes excuses utilisées par les pédophiles, ceux qui n'ont pas eu le génie créatif du cinéma, et qui ne sont pas aujourd'hui des icônes dont on se demande s'il faut ou non déboulonner les statues.

Tant qu'à y être, est-ce que les curés pédophiles pourraient prétendre que les gestes qu'ils ont posés avaient été faits avec douceur et tendresse? Que les enfants de chœur agressés avaient 14 ans?

Et le dossier récent de cette enseignante du Québec qui a été reconnue coupable de crimes de nature sexuelle pour avoir séduit et entretenu une relation avec un étudiant d'âge mineur. Il était pourtant consentant non?

Peu importe les justifications, les crimes commis à l'égard d'enfants demeurent des crimes. La société dans laquelle nous vivons n'a pas à accepter ou à diminuer les conséquences que vivent les victimes. Un enfant abusé en bas âge demeure une victime sa vie durant, même si à l'époque c'était pour une «bonne cause»...

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