Patrice-Hans Perrier

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Patrice-Hans Perrier
 

La révolution énergétique

Publication: 18/09/2012 00:56

Le Parti québécois a été porté au pouvoir le 4 septembre dernier dans les circonstances troubles que l'on connait. Avec 31,9 % du vote et 54 députés, le Parti québécois se retrouve aux commandes d'un gouvernement minoritaire avec une marge de manœuvre réduite.

Néanmoins, le nouveau gouvernement péquiste pourra compter sur l'appui de la population pour ce qui est de réviser nos politiques de gestion du territoire et des richesses naturelles, alors que le fameux Plan nord est remis en question à plusieurs égards.

En effet, l'ensemble de la population réclame un moratoire ou, à tout le moins, des consultations publiques sur le rôle de l'État face à ce chantier pharaonique, mais aussi en ce qui a trait aux grands travaux de mise à niveau de nos infrastructures publiques. Par-delà les révélations attendues en marge de la Commission Charbonneau, c'est toute la dynamique du rôle de l'État, comme arbitre et protecteur, qui est à nouveau à l'ordre du jour.

Je me suis entretenu, le 1er septembre dernier, avec Daniel Breton, candidat vedette du Parti québécois et fier militant écologiste pour qui le développement durable et la reprise économique devraient, normalement, fonctionner main dans la main.

Une approche globale

Contrairement à bien des militants écologistes, Daniel Breton n'oppose pas le développement durable à l'économie. Au contraire, il estime qu'une exploitation « raisonnée » de nos ressources naturelles et du développement énergétique nous permettrait d'arrimer une reprise économique souhaitée à une vision systémique qui ferait en sorte de nous prévaloir contre une croissance artificielle menée pour le compte de quelques multinationales aux aguets.

Prenant en exemple des pays tels que la Norvège ou la Suède, ayant su tirer intelligemment parti de l'exploitation de leurs ressources naturelles, Daniel Breton estime qu'il y aurait lieu de remettre sur le métier certains chevaux de bataille qui ont permis au Québec de prendre son envol en pleine Révolution tranquille.

Celui qui a rejoint le Parti québécois l'hiver dernier, avait déjà averti plusieurs militants indépendantistes, il y a 7 ans, alors qu'il rencontrait « les gens du Conseil de la souveraineté qui ne semblaient pas comprendre que le gouvernement Charest était en train de nous déposséder du contrôle de nos ressources naturelles », martèle-t-il. Poussant son raisonnement un cran plus loin, Breton ajoute que « la langue et la culture ne suffisent pas à définir les balises de notre souveraineté effective. Il y a un travail de sape, de dépossession qui a été entrepris à l'insu de notre souveraineté énergétique, par exemple, et il s'agit d'une question qui risque d'être reportée aux calendes grecques si nous continuons à prétendre que la souveraineté n'est qu'une affaire de langue et de culture », précise-t-il.

L'énergie, fer de lance

Notre interlocuteur nous rappelle que « lorsque Lévesque a proposé à Jean Lesage de procéder à la nationalisation de l'électricité, en 1962, le Premier ministre de l'époque n'était pas particulièrement favorable à cette idée. Et, pourtant, depuis trois quart de siècle, plusieurs pays avaient, déjà, procédé à la nationalisation de leur propre production d'électricité », poursuit-il. Et, de souligner que les gens d'affaire de la rue Saint-Jacques menaçaient, dans l'éventualité d'une nationalisation de l'électricité, de ne plus acheter de bons du trésor du gouvernement, un chantage économique qui a été utilisé dans plusieurs pays tout au long du XXe siècle. C'est à ce moment-là que l'équipe Lasage-Lévesque a eu l'idée de mener un référendum sur la nationalisation de l'électricité.

La révolution tranquille prise 2

Daniel Breton ajoute que « le 14 novembre 2012 nous allons fêter le 50e anniversaire de la nationalisation de l'hydroélectricité, un geste fort de la politique québécoise. Il incombe pour nous, au Parti québécois, de compléter ce grand projet d'indépendance énergétique totale du Québec, avec la volonté de ne plus être obligés d'importer quelques énergies que ce soit et de réaliser une indépendance graduelle vis-à-vis des énergies fossiles ». Et, de préciser que «lorsque Lesage a dit que « l'heure du colonialisme économique est terminée au Québec », il venait d'employer une formule forte que nous reprenons sans hésiter. Nous affirmons que l'administration Charest a mis en place un processus graduel de dépossession de notre énergie et de nos ressources naturelles d'une ampleur qui ne s'était pas vue depuis un siècle ... on parle du domaine éolien, des hydrocarbures, du gaz naturel et des petites centrales, des projets qui pourraient générer jusqu'à des milliers de milliards de dollars ! ».

Un espace économique inéquitable

Il semble que le lancement du Plan nord coïncide avec le projet d'un Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne (AECG/CETA), un espace économique pour lequel des tractations sont menées derrière des portes closes au moment de mettre cet article en ligne. Les parrains de ce projet prétextent l'essoufflement économique de la zone de libre-échange nord-américain afin de proposer de nouvelles avenues d'échanges commerciaux susceptibles d'aider à la relance de l'économie canadienne.

Daniel Breton n'est pas surpris de tout ce branle-bas de combat, dans un contexte où « l'office de l'énergie, au niveau du gouvernement fédéral, aura son mot à dire sur les questions énergétiques ici, au Québec, et où toute question énergétique d'importance se retrouvera sur le bureau du Premier ministre Harper ». Il y aurait, conséquemment, lieu de se poser des questions sur notre souveraineté énergétique dans un contexte où le gouvernement Harper pourrait être tenté de contrôler certains secteurs de notre économie en mettant de l'avant la notion d'« intérêts stratégiques canadiens ».

En d'autres termes, pendant que le gouvernement Charest s'apprêtait à privatiser des pans entiers de ce qui constitue un véritable trésor collectif, le gouvernement Harper souhaitait reprendre le contrôle sur certaines compétences provinciales aux incidences dramatiques.

Ne pas privatiser Hydro-Québec

Hydro-Québec serait le « navire amiral » de l'économie québécoise de l'avis de feu René Lévesque et représenterait, conséquemment, un levier essentiel au développement de notre nation. Daniel Breton nous met en garde face aux velléités de la Coalition Avenir Québec (CAQ) d'opter pour une privatisation d'Hydro-Québec - dans une certaine mesure - advenant sa prise du pouvoir dans un proche avenir. Il en a pour preuve une déclaration de François Legault - juste avant les élections du 4 septembre dernier - où ce dernier aurait affirmé « avoir eu en main un rapport confidentiel portant sur la gestion d'Hydro-Québec et qui ferait état de la volonté de plusieurs grandes institutions qui voudraient que le gouvernement procède à une privatisation de notre « navire amiral » (Power Corporation Canada, l'Institut économique de Montréal, le Conseil du patronat, etc.) ».

Breton souligne, justement, que la privatisation de 10 % ou plus des actifs d'Hydro-Québec signifierait que la société d'état serait obligée de payer des impôts fédéraux, ce qui alourdirait d'autant sa marge de manœuvre. « Il faut éviter de nous engouffrer dans cette dangereuse direction, dans un contexte où on assiste, depuis quelques années, à des velléités de re-privatisation de l'énergie dans des endroits où on avait déjà nationalisé de telles ressources. Rappelons que la Californie, un état où la compagnie Enron avait tenté de privatiser l'électricité, a subi les contrecoups d'un des plus grands scandales énergétiques de l'histoire ».

Mettre un terme au chantage économique

Breton est scandalisé par le fait que nous fêterons le 100e anniversaire des subventions aux pétrolières aux USA l'an prochain. Il précise, à ce sujet, que « lorsque Barack Obama a tenté de mettre un terme à ce type de subventions, l'an passé, son projet a été défait par les Républicains au Congrès. Il faut dire que les compagnies pétrolières étaient débarquées en Commission parlementaire au Congrès, avec leurs gros sabots, pour brandir la menace de la perte d'emplois et de la hausse du prix de l'essence si le gouvernement mettait son projet de l'avant. Une autre histoire de chantage économique qui nous rappelle ce que nous avons vécu pendant trop longtemps au Québec! ».

En guise de conclusion, Daniel Breton tient à souligner que, 50 ans plus tard, nous sommes devant les mêmes choix de société qu'en 1962. À l'époque le gouvernement Lesage avait entrepris une élection référendaire sur la question de la nationalisation de l'hydroélectricité, un geste fort qui aura été le déclencheur d'une Révolution tranquille qui n'a, hélas, toujours pas été menée à terme.

Un plan de match post électoral

À mon avis, il ne fait pas de doutes que Daniel Breton soit « ministrable » et il serait tout à fait pertinent que Pauline Marois lui confie le portefeuille du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. D'autres observateurs parlent du ministère de l'Environnement. Toujours est-il que le principal intéressé entend mener une tournée de consultations à l'échelle nationale avant d'entreprendre quoi que se soit en termes de projets de loi.

Malgré sa position précaire, Pauline Marois dispose peut-être d'une carte maîtresse. Pourquoi ne pas refaire le coup du tandem Lesage-Lévesque, en préparant une élection référendaire pour le prochain rendez-vous électoral qui porterait sur ce brûlant débat? Le gouvernement péquiste, et les forces coalisées autour de lui, pourrait même convaincre un nombre important d'électeurs libéraux et de la CAQ de faire front commun avec lui. Il s'agit d'un pari prometteur à un moment où l'avenir du Québec passe nécessairement par sa souveraineté énergétique et territoriale.

 
Suivre Le HuffPost Québec