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La francophobie au Canada anglais

24/03/2014 12:10 EDT | Actualisé 23/05/2014 05:12 EDT

La coalition « Uni-e-s contre la francophobie » poursuit sa tournée à la tribune de presse du parlement à Ottawa, le lundi 24 mars (à la Salle de presse Charles-Lynch, pièce 130-S, édifice du Centre, Colline du Parlement, Ottawa).

À cette occasion, une nouvelle recension des manifestations de francophobie sera présentée : Francophobie au Canada anglais - Pointer la paille dans l'œil du Québec en ignorant la poutre dans l'œil du Canada. On y annoncera aussi le lancement d'une campagne de promotion radio.

Il est important de situer le phénomène de la francophobie dans son contexte. Le Canada est un pays de perpétuelles querelles linguistiques. Son histoire est jalonnée d'épisodes où les francophones ont été bafoués, discriminés ou traités injustement sur la base de leur langue. Citons quelques exemples: la déportation des Acadiens, la pendaison de Louis Riel et le sort réservé aux Métis du Manitoba, l'appel de The Gazette au soulèvement racial en 1849, le rapport Durham, les lois qui bannissaient le français de l'éducation comme la loi Tupper en Nouvelle-Écosse en 1864, la loi King au Nouveau-Brunswick en 1871, le « Public School Act » à l'Île-du-Prince-Édouard en 1877, le règlement 17 en Ontario en 1912, la loi Thornton au Manitoba en 1920, etc. Ces lois interdisant l'enseignement du français ont eu un impact massif, anglicisant environ 75% des francophones hors Québec.

Au début des années 60, les inégalités linguistiques et économiques vécues par la minorité francophone sont criantes. Ottawa crée, en 1963, la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton). Avec la Loi sur les langues officielles, Pierre Elliot Trudeau veut calmer les revendications des francophones et contrer l'idée d'indépendance du Québec qui commence à s'implanter sérieusement dans cette province. «La réponse au séparatisme est de faire en sorte que les Canadiens de langue française se sentent chez eux (...) à Vancouver et à Toronto comme à Montréal.»

Il est facile de constater que l'officialisation du bilinguisme institutionnel dans le cadre de l'État fédéral n'a pas entraîné les effets escomptés. D'une part, le taux de transfert linguistique vers l'anglais des francophones des provinces majoritairement anglaises augmente de façon inquiétante à chaque recensement (de 27,4% en 1971 à 39,8% en 2011).

Les Québécois y ont vu une manière pour la majorité d'imposer la langue anglaise au Québec. Dans le reste du Canada, plusieurs y ont vu un privilège accordé à une minorité, une discrimination envers la majorité anglophone ou encore un caprice luxueux. Surtout, cette politique publique n'empêche pas les communautés francophones d'avoir à défendre leurs droits et ne freine en rien l'expression de sentiments francophobes. À bien des égards, le Canada anglais demeure toujours réfractaire à la langue française.

La nouvelle recension présentée à Ottawa démontre qu'au cours des dernières années une francophobie de plus en plus explicite est observable dans les médias anglophones du Canada. Cette francophobie s'exprime notamment par les choix éditoriaux de traiter ou non certains sujets et par la façon dont on en traite.

La plupart des médias anglophones du ROC, incluant les grands médias nationaux, ne s'intéressent aux questions linguistiques que lorsqu'il y a perception de persécution ou d'injustice à l'endroit des Anglo-Québécois. Le langage adopté par les journalistes, chroniqueurs et éditorialistes qui couvrent les questions linguistiques au Québec est souvent excessif, et prend souvent une tournure francophobe (voir la recension de la francophobie et la québécophobie à francophobie.org).

De façon presque quotidienne, les injustices flagrantes que subissent les communautés francophones et acadiennes sont ignorées par ces mêmes médias. Ces sujets sont abordés dans les médias francophones régionaux, mais demeurent absents dans les médias anglophones. Et quand ils en glisseront mot, ce sera plus souvent qu'autrement pour nier ou avaliser ces injustices.

Au Canada, il se mélange allègrement et à divers degrés, haine des souverainistes, Québec-bashing, québécophobie et francophobie. En s'alimentant les uns et les autres, ces sentiments créent un contexte très défavorable pour les francophones du Canada. Ils sont si répandus qu'ils en sont presque devenus acceptables dans la société canadienne ayant tribune dans des publications aussi prestigieuses que le Globe and Mail et le Maclean's. Au Canada, il se mélange allègrement et à divers degrés, haine des souverainistes, Québec-bashing, québécophobie et francophobie. En s'alimentant les uns et les autres, ces sentiments créent un contexte très défavorable pour les francophones du Canada. Ils sont si répandus qu'ils en sont presque devenus acceptables dans la société canadienne ayant tribune dans des publications aussi prestigieuses que le Globe and Mail et le Maclean's .

La recension Francophobie au Canada anglais - Pointer la paille dans l'œil du Québec en ignorant la poutre dans l'œil du Canada n'est pas une étude exhaustive, mais elle comporte des exemples suffisamment nombreux pour démontrer partout au Canada que les francophones sont en perpétuel état d'alerte pour la préservation de leurs acquis, la protection de leurs droits et la vitalité de leur communauté. De plus, ils doivent composer avec une hostilité permanente d'une bonne partie de la majorité anglophone et d'une presse anglophone méprisante à leur endroit.

En clair, les médias anglophones du pays pointent la paille dans l'œil du Québec sans voir la poutre dans l'œil du Canada.

Les francophones du Canada et les Québécois doivent faire le constat de leur statut minoritaire, mais également de l'hostilité de la majorité à leur endroit. Or, les défenseurs de la langue française au Canada et au Québec sont accablés des pires épithètes : nazis, xénophobes, anglophobes, racistes, etc. C'est un procédé rhétorique visant à délégitimer les objectifs politiques des francophones et ainsi éviter la mise en place d'un débat. Ce discours est toléré et repris allègrement par des organes de presse soi-disant réputés. Cette même presse anglo-canadienne si prompte à clouer au pilori les Québécois pour de présumées injustices faites à leurs minorités, ignorent complètement, quand elles ne les appuient pas, les injustices pourtant flagrantes faites aux francophones.

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