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Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? Rire de soi

17/05/2017 11:37 EDT | Actualisé 17/05/2017 11:38 EDT

L'adaptation théâtrale du film Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? sur la scène du Rideau Vert est plutôt réussie. C'est gros, c'est rempli de clichés, on voit toutes les ficelles, mais une fois que l'on accepte la vision de Philippe de Chauveron et de Guy Laurent et l'adaptation pour le Québec qu'en a fait Emmanuel Recheinbach, on peut s'attendre à passer un relatif bon moment. La mise en scène de Denise Filiatrault est un peu trop téléromanesque, mais c'est une pièce remplie de surprises, de rebondissements et de répliques souvent assassines qui rappellent sous bien des aspects le théâtre de boulevard. On prend donc acte.

bon dieu

J'ai vu le film il y a quelques années, que j'avais trouvé très amusant. On a rajouté des éléments à la pièce et à cette histoire échevelée où ce père de quatre filles, raciste, conservateur et originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, voit à sa grande horreur ses trois aînées en couple avec des maris juif, musulman et asiatique. On retrouve donc chez Alain Bouchard cet atavisme et cette intolérance nourris d'insécurité qui ne donnent pas de jolis résultats dans les liens qu'il entretient avec cette famille Benetton. On en entend de toutes les couleurs, la pièce se voulant un miroir de ce que nous pensons (tout bas) de ces religions, de ces coutumes et donc de l'immigration dans un monde de plus en plus morcelé où l'on peut craindre de voir sa propre identité noyée dans celle de l'Autre. Il y a donc de bons moments et quelques bonnes blagues, mais j'ai été dérangée par le jeu inégal des comédiens et par l'absence de chimie entre les quatre sœurs.

Il y a donc de bons moments et quelques bonnes blagues, mais j'ai été dérangée par le jeu inégal des comédiens et par l'absence de chimie entre les quatre sœurs.

Rémi Girard et Micheline Bernard portent la pièce sur leurs épaules. Ils composent un tandem ébouriffé et coloré, plutôt sympathique avec les excès et les extravagances du père que tente d'amenuiser la mère de famille. Marie-Évelyne Baribeau défend une crédible Karine, Ariel Ifergan et Vincent Fafard sont les gendres juifs et musulmans qui se révèlent fort attachants, Iannicko N'Doua (qui est franchement mignon) est un adorable Wilson, catholique et noir, amoureux d'une Québécoise. Widemir Normil, son père dans la pièce, en impose par sa forte présence, sa prestance et son sale caractère, pendant africain de notre Alain Bouchard. Les trois autres filles de la famille ne jouent pas de rôles importants et se contentent d'être décoratives. Mais Albert Kwan, hélas, donne l'impression d'être un comédien amateur qui s'est égaré dans une production professionnelle. Il sonne faux et son jeu, ou son absence plutôt, plombe les scènes où il se retrouve. Je ne sais pas si la direction de comédiens a été déficiente ou si c'était la nervosité du soir de la Première, mais il détonnait vraiment. Il y a aussi beaucoup de monde sur scène et certains ne font que de minis apparitions entre autres Jean-Loup, le décorateur gai qui n'ajoute rien au déroulement de l'action et le fils du voisin, Steven Pelchat, candidat possible comme futur gendre, personnage qui relève purement et simplement de la caricature.

Il y a deux détails qui m'ont énervé dans le texte: tout d'abord Wilson qui dit à son père que sa mère serait ravie de venir vivre ici puisque son fils chéri s'y trouve. On sait que sa sœur étudie à McGill, mais on ne la mentionne pas, elle compte pour du beurre, semble-t-il, dans cette famille. Et ensuite, que la mère des quatre filles s'appelle Madame Bouchard, comme son mari. Mariée au début des années 1980, cette femme devait garder son nom, comme c'est la loi au Québec. Ce ne sont peut-être que des vétilles, mais j'aime qu'on respecte la logique des personnages et de leur histoire.

Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?: au Rideau Vert jusqu'au 10 juin 2017, puis en tournée à travers le Québec.

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