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Francis Simard et le FLQ: attention aux amalgames

15/01/2015 03:03 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

Sale temps pour mourir. J'entends déjà les vautours se faire du capital sur le dos de Francis Simard, faire de « l'amalgame » avec les événements récents. Le même genre de petite politique qu'on a pu entendre à la mort de Paul Rose. Aucune analyse, aucune réflexion, que de la sensation. Est-ce qu'on aura droit à «Simard l'assassin»? Ou à «Simard le terroriste»? Ou peut-être bien «Simard le monstre»?

Personnellement, j'ai rencontré Francis Simard plusieurs fois. Un ami de mon paternel. Un homme dangereux disait mon père. Dangereux parce qu'il pense par lui-même, disait-il. Ce n'était pas un homme nécessairement facile d'approche. Un homme d'une grande humanité. Un homme cultivé. Un homme droit. Un homme qui n'a jamais rien demandé à personne après être sorti de prison. En fait, ni avant, ni après. Un homme qui a refusé de plier, même acculé au pied du mur. Un homme qui n'a jamais demandé pardon, pardon d'exister, pardon d'avoir été. Un homme qui n'a jamais renié. « Je ne regrette rien. Je ne renonce à rien. Je ne renie rien. Le regret, de toute façon, lorsqu'exprimé en confession publique est toujours faux, pervers et immonde. Il relève du privé et devrait toujours s'y limiter ».

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Son destin aura été lié avec celui du FLQ, et il été lié avec celui de mon père depuis 1976. Les films Octobre et Le Party sont nés de leur amitié, de même que le livre de Francis Pour en finir avec octobre. Probablement que mon père aurait écrit un meilleur texte que moi, il le connaissait mieux, ils ont été proches. Néanmoins, je trouvais important d'écrire quelque chose, ne serait-ce que pour contrebalancer un peu la merde qu'on risque d'entendre à son sujet. En réalité, je n'ai rien de bien intéressant à vous dire. Aucune révélation-choc à vous faire. Je n'étais pas là à la maison du pêcheur. Je n'étais pas là sur la rue Armstrong. Je n'étais pas né lors des mesures de guerre.

Je crois qu'à la place de raisonner comme un abruti, il faut chercher à comprendre. Il faut lire son livre Pour en finir avec octobre. Un livre d'une fantastique humanité. Un livre essentiel. Un témoignage de première main. Ce livre nous remet les choses en perspective. Il faut lire aussi Nègre blanc d'Amérique de Pierre Vallières et Le colonialisme au Québec d'André d'Allemagne, pour comprendre d'où nous venons. Il faut lire FLQ de Louis Fournier, le livre le plus complet sur le FLQ. Il faut lire et relire le livre de François Schirm : Personne ne voudra savoir ton nom , pour comprendre ce que signifiait d'être un prisonnier politique au Canada. Et en prime le livre Trudeau et ses mesures de guerre, vus du Canada anglais de Guy Bouthillier et d'Édouard Cloutier.

Et pour ceux qui préfèrent faire des amalgames douteux avec Al-Qaïda et les événements de Paris, c'est votre choix, mais c'est complètement tordu et malhonnête. Le FLQ dans ses méthodes et son idéologie était beaucoup plus proche du groupe uruguayen des Tupamaros et des autres mouvements de lutte de libération nationale des années 60 et 70. Et d'ailleurs, un ancien Tupamaros, qui a passé plus de 12 ans en prison, dont deux au fond d'un puits comme otage de la dictature uruguayenne des années 70 et 80, Jose Mujica, est finalement devenu président de l'Uruguay en 2009. Comme Dilma Roussef, actuelle présidente du Brésil, qui a été membre de la guérilla brésilienne pendant la dictature militaire.... Comme un certain Nelson Mandela, qui renonce à la non-violence et prône la lutte armée en fondant en 1961 le Umkhonto we Sizwe. Il a été considéré comme un terroriste et a fait 27 ans de prison avant de devenir en 1994, président de l'Afrique du Sud.

Est-ce que je compare Francis Simard à Nelson Mandela? Pas du tout. Je cherche seulement à relativiser. Ces trois exemples me ramènent à un proverbe, alors qu'ici on nous nomme des lieux publics à la gloire de criminel de guerre et d'homme politique qui ont pratiqué le terrorisme d'état, et on nomme des magnats des chemins de fers comme étant les pères d'une confédération qui n'existe que dans notre imaginaire. Que voulez-vous, ça partie de la game. C'est la dure réalité d'être une colonie.

« Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse seront à la gloire du chasseur » - Proverbe africain

« Je crois toujours que le capitalisme est un tueur de rêve. Que de construction humaine, il peut et doit être détruit par des humains. Condition nécessaire pour un monde plus juste, plus égalitaire. Je crois toujours que tous les beaux et lénifiants discours sur la non-violence sont foutaises et imbécillités. Ne s'adressant qu'aux pauvres, aux « non-évolués » dont la violence n'est que l'expression dérisoire de leur impuissance. Et laissant de côté la vraie violence : celle du pouvoir, du marché, du profit, de l'intérêt immédiat » - Francis Simard, 17 juillet 2000

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Ils sont décédés en 2015

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