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Il y a quelque chose qui cloche, docteur

11/04/2017 09:19 EDT | Actualisé 11/04/2017 09:20 EDT

J'étais très content de voir cette semaine qu'il reste un groupe de médecins qui sont plus préoccupés par l'état du réseau de la santé et des services sociaux que par l'augmentation continue de leur rémunération. En effet, les perspectives de maintenir, et encore moins de rétablir, le financement de l'ensemble de ces deux réseaux sont quasiment inexistantes tant que les médecins continueront à gruger à eux seuls près de 20% du plus gros poste budgétaire du Québec!

Une rémunération galopante

Soyons clairs. Ce sont dix mille personnes (le nombre de médecins spécialistes au Québec) qui prennent à elles seules plus de 10% du poste budgétaire le plus important du gouvernement du Québec, le reste allant aux neuf mille médecins de famille. Dix mille personnes qui se partagent donc plus que 4 milliards de dollars.

Si on enlève la portion des dépenses qui ne sert pas à donner des services à la population (service de la dette, la prévision pour éventualités et ce qu'on appelle le Fonds des générations pour un total de 12,8 milliards $), la portion dédiée à la rémunération des médecins vaut 8,3% du budget du Québec! Malgré ça, il y a des groupes de médecins qui disent qu'il faut leur laisser les frais accessoires. Sinon, ils n'arriveront pas!

Une fois qu'on enlève 7,5 milliards du budget de la santé et des services sociaux pour rémunérer les 19 000 médecins, il en reste 30,9 milliards pour les médicaments dont les coûts ne cessent d'augmenter, pour les équipements dans les établissements, ainsi que pour les 280 000 autres salariés qui travaillent dans la santé et les services sociaux (15 fois plus nombreux que les médecins) et qui dispensent eux aussi des services essentiels à la population.

La réforme des médecins

Comme tout se concentre dans la réforme de Couillard/Barrette autour des médecins et des urgences, le plus grand perdant est les services sociaux (les Centres jeunesse, les CRDI, les CLSC, les services de santé mentale à l'extérieur de l'hôpital, les services de toxicomanie et j'en passe).

D'ailleurs, il est intéressant de constater qu'à part la Colombie-Britannique et l'Alberta, c'est au Québec où la plus grande partie de la rémunération des médecins est octroyée en paiement à l'acte. Selon une étude de l'IRIS, nous dépassons largement le ratio de rémunération paiement à l'acte/autres types de paiement (salarié par exemple) des autres juridictions canadiennes.

Il suffit de consulter le tableau de comparaison pour l'année 2012-13 et 2013-14 pour le constater.

Je suis content que des médecins se questionnent quant à l'orientation prise dans la négociation qui a eu lieu entre les Dr. Couillard et Dr. Barrette pour établir le niveau de rémunération actuel.

Je suis content que des médecins se questionnent quant à l'orientation prise dans la négociation qui a eu lieu entre les Dr. Couillard et Dr. Barrette pour établir le niveau de rémunération actuel. Cependant, il faut qu'il y en ait d'autres qui disent que c'est assez. Tant qu'il n'y aura pas de remise en question fondamentale (et il ne faut pas s'attendre à ce que ça vienne de notre gouvernement de médecins) du partage de l'assiette des investissements dans la santé, il n'y aura pas de perspective pour améliorer la situation dans le réseau de la santé et encore moins dans le réseau des services sociaux.

Finalement, malgré les gros sous que notre premier ministre actuel (jadis ministre de la Santé) a lancés vers notre ministre de la Santé actuel (jadis président de la FMSQ) pour augmenter la rémunération des médecins, la participation des médecins dans le régime public diminue.

Les Médecins pour le régime public (MQRP) font remarquer que malgré ces augmentations extraordinaires, de plus en plus de médecins s'en vont vers la pratique privée. Donc, en plus de ne pas être bien dans le secteur public (sûrement en raison de l'organisation du travail), ce même duo de Couillard/Barrette a créé des espaces énormes pour que les médecins puissent fonctionner librement et avec une rémunération toujours supérieure. D'ailleurs, entre 2010 et maintenant, le nombre de médecins qui a abandonné le secteur public a plus que doublé, l'essentiel de ce passage au privé étant en 2015 et 2016.

Il faut donc que nous nous questionnions tout le monde sur le mode de rémunération des médecins. Si nous ne le transformons pas rapidement, il va rendre les soins et les services sociaux de plus en plus inaccessibles pour la population. Et je suis persuadé que ce n'est pas ce que nous souhaitons.

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