POLITIQUE
07/12/2016 05:46 EST | Actualisé 07/12/2016 05:50 EST

Le nombre de médecins qui pratiquent au privé a doublé depuis 2010

QUÉBEC – La privatisation s’accélère chez les médecins de famille. Le nombre d’omnipraticiens qui se sont désaffiliés de la RAMQ a doublé depuis six ans.

On compte désormais 278 médecins non participants au régime de la RAMQ, alors qu’ils étaient 130 en novembre 2010.

En 2016, 37 médecins ont déserté le régime public, contre 53 en 2015, une année record.

D’ailleurs, leur nombre de médecins qui quittent chaque année a explosé depuis le début des années 2000 : ils étaient 2 en 2001, 9 en 2005 et 20 en 2011.

Pour sa part, le nombre de médecins spécialistes qui se sont désaffiliés est resté stable, passant de 72 en 2010 à 76 cette année.

Malgré cette hausse exponentielle, le phénomène demeure marginal puisque le Québec compte près de 9 000 médecins omnipraticiens.

Loi stalinienne

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on estime que la hausse importante de désaffiliation en 2015-2016 s’explique par le dépôt de la loi 20 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

«C’est clairement une réponse aux règles et aux contraintes gouvernementales. Y’a des médecins qui parlent avec leurs pieds», affirme le directeur des relations médias de la FMOQ, Jean-Pierre Dion.

«La loi 20, c’est une loi stalinienne, lance-t-il. [Les médecins doivent] rendre publiques leurs listes de rendez-vous, offrir des plages de rendez-vous avant 7 heures le matin et après 19 :00 le soir tous les jours, en plus de se voir imposer des quotas de patients.»

La loi 20 est suspendue jusqu’en décembre 2017 et le demeurera si les médecins réussissent à prendre en charge 85% de la population québécoise.

Pour le porte-parole de la FMOQ, ces médecins quittent pour obtenir une meilleure qualité de vie, pas de meilleurs revenus au privé. «Ils décident d’avoir moins de volume [de patients à traiter], de consacrer plus de temps au patient», dit Jean-Pierre Dion.

Cet engouement des médecins de famille pour le privé s’explique également par le jugement Chaoulli, rendu par la Cour suprême en 2005, qui a permis aux Québécois d’avoir recours à des assurances privées pour payer leurs soins médicaux.

De l’université au privé

Le regroupement Médecins québécois pour le régime public y voit aussi un effet de la loi 20, mais également un recrutement accru des cliniques privées. «Il y a de plus en plus de cliniques privées qui se développent et qui font un recrutement très intense auprès des diplômés en médecine de famille, observe sa présidente, Isabelle Leblanc. On a vu pour la première fois, il y a deux ans, des gens aller directement au privé après avoir gradué.»

Non seulement le Québec paie pour former ces médecins, souligne Isabelle Leblanc, mais on aurait tort de croire que les patients qui vont au privé désengorgent le système public. «Ces médecins, comme il y a moins de contraintes vont souvent voir moins de patients [que dans le réseau public]», dit-elle.

De plus, les patients retournent généralement dans le système public une fois qu’ils sont réellement malades. «C’est de la médecine privée jusqu’à ce qu’on retourne au public», lance Isabelle Leblanc.

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