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La Saint-Jean-Baptiste

23/06/2017 09:37 EDT | Actualisé 23/06/2017 10:57 EDT

Saviez-vous qu'en 1908, le pape Pie X fit de saint Jean-Baptiste le patron spécifique des Canadiens français ? Qu'en 1925, le gouvernement du Québec fait du 24 juin un jour férié ? Que c'est le 11 mai 1977, que, par un arrêté ministériel du gouvernement de René Lévesque, le 24 juin devient officiellement le jour de la Fête nationale du Québec ? De religieuse, donc, au départ, le 24 juin devient une fête nationale, c'est-à-dire à caractère politique.

L'initiative date d'abord de 1842 qui voit la fondation, à Québec, de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), dont la devise est «Nos institutions, notre langue et nos lois ». À Montréal, l'année suivante, une société du même type est mise sur pied sous le nom d'Association Saint-Jean-Baptiste. Des années plus tard, en 1908, la SSJB invite le pape Pie X à reconnaître Saint Jean-Baptiste comme patron du Canada français. Ce qui fut fait le 10 mai de la même année. Pie X déclare : «Nous établissons, Nous constituons et Nous proclamons, saint Jean-Baptiste patron spécial auprès de Dieu des fidèles franco-canadiens, tant de ceux qui sont au Canada que ceux qui vivent sur une terre étrangère. » Depuis la fête liturgique du 24 juin, consacrée à Saint Jean-Baptiste, devint la fête des Canadiens français.

Pourquoi donc la SSJB a-t-elle choisi Saint Jean-Baptiste comme son saint patron ? On ne peut ici que spéculer. J'avance une explication vraisemblable de nature à la fois politique et théologique.

Politique d'abord. La société canadienne-française en une catholique tissée serrée, pour des raisons en bonne partie politiques. Question de survie collective, d'abord, après la conquête de 1760. La religion catholique devient le rempart de l'identité d'un peuple, dont l'élite a fui en France, afin de survivre entourée d'une vaste majorité de protestants. Les deux solitudes ne datent d'hier. Ainsi, le véritable pouvoir politique des Canadiens français se trouve entre les mains de l'Église québécoise. Celle-ci deviendra une institution ultrapuissante, culminant sous le règne de Maurice Duplessis ; ce qui prépara sa dégénérescence dans les années '60.

Théologique ensuite. Dans le cadre politique du Canada français, le choix de la SSJB en faveur de Saint Jean le Baptiste n'est pas anodin. En effet, c'est par le baptême que l'on entre dans l'Église catholique. D'ailleurs, l'acte légal de naissance, c'était, avant 1960, le certificat de baptême : avant d'être citoyen de l'État, on était d'abord baptisé. Donc, c'est par le baptême qu'on entre dans la grande famille des Canadiens-français. D'ailleurs, c'est par analogie qu'on a désigné par le terme de baptême le tout début ou toute première expérience. C'est ainsi qu'on parle du « baptême de l'air », du « baptême du feu », etc.

Le sens théologique de Jean le Baptiste n'est pas éloigné du sens politique visant la survie des Canadiens-français.

Rappelons d'abord que le mot « baptême » vient du grec ancien signifiant « plonger », car, Jean Baptiste plongeait dans les eaux du Jourdain les pécheurs afin qu'ils se convertissent en s'ouvrant à la grâce divine. De plus, Jean le Baptiste appelait à une conversion du cœur tout en annonçant la venue prochaine de l'envoyé de Dieu, Jésus, le charpentier de Nazareth. Celui-ci fut lui-même baptisé par Jean dans le Jourdain.

Il importe de comprendre le sens théologique du baptême de Jésus. Ce sens veut que Jésus risque symboliquement sa vie en affrontant la mort contenue dans les eaux. Jésus « descend et remonte », allusion directe à sa mort et à sa résurrection. Après la mort et la résurrection de Jésus, le baptême devint dans l'Église primitive, le signe que nous sommes des fils et des filles de Jésus Christ ressuscité appelés à la vie éternelle en plénitude avec Dieu.

Le rite du baptême est un rite de passage : l'eau symbolise la mort à traverser avec le Christ afin de participer à sa vie de Ressuscité.

Le rite du baptême est un rite de passage : l'eau symbolise la mort à traverser avec le Christ afin de participer à sa vie de Ressuscité. Saint Paul résume admirablement en quoi consiste le sens du baptême en écrivant aux chrétiens de Rome :

« Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. Car, si une mort ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne. » (Rm 6 35)

Louise Mailloux, ex-candidate dans Gouin lors des élections québécoises de 2014, s'était excusée d'avoir tenu des propos blessants envers les catholiques, les juifs et les musulmans. En effet, dans son essai, publié en 2011, La laïcité s'impose !, ma collègue, professeur de philosophie, au même collège que moi, écrit que

« La politique fait aussi partie de la culture et pourtant nous n'avons pas d'enfant de trois ans qui soit péquiste ou libéral ! Mais des petits catholiques, juifs et musulmans qui portent encore la couche, cela existe dans nos garderies. Baptisez-les tous ! Circoncisez-les tous ! Pour que Dieu les reconnaisse. On appelle cela du viol. »

Si Louise Mailloux a offert ses excuses, elle ne s'est toutefois pas rétractée. (Il y a de ses personnes qui ont une si grande amplitude conceptuelle, qu'elles peuvent s'excuser de vous avoir giflé en vous giflant à nouveau.)

Le baptême, n'en déplaise à madame Mailloux, n'est pas un viol, mais un rite d'admission pour une vie éternelle en plénitude. Je crois que c'est ce que les fondateurs catholiques de la SSBJ avaient à l'esprit en choisissant saint Jean-Baptiste. Conscients de la faiblesse historique, économique et politique des Canadiens français, nos ancêtres gardaient toutefois l'espérance d'une résurrection du Canada français. Mais une Église ivre de son pouvoir, qu'on lui avait remis entre les mains, a déçu, et plusieurs l'ont quittée au début des années '60. Ils ont toutefois jeté par-dessus bord l'eau du bain et le bébé. Ce qui est précieux - la foi, l'espérance et la charité - retrouvons-les en cette fête de la saint-Jean-Baptiste.

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