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15/06/2017 10:20 EDT | Actualisé 15/06/2017 10:20 EDT

La Messe de l'athée

Connaissez-vous la nouvelle d'Honoré de Balzac, la Messe de l'athée ? Il y a bien des lunes que je l'ai lue, et à chaque fois, ce texte me nourrit.

Connaissez-vous la nouvelle d'Honoré de Balzac, la Messe de l'athée ? Il y a bien des lunes que je l'ai lue, et à chaque fois, ce texte me nourrit. Je l'insérerais volontiers dans la Bible. C'est un texte qui dit la Bonne Nouvelle.

C'est surtout un texte d'actualité. Il parle, entre autres, aux Québécois d'aujourd'hui, qui sont devenus athées, mais qui veulent tout de même honorer l'héritage de leurs ancêtres catholiques. La Messe de l'athée parle donc de nous, aujourd'hui. Bon nombre se reconnaîtront dans le personnage principal, Desplein, illustre chirurgien athée et matérialiste.

Bon nombre se reconnaîtront dans le personnage principal, Desplein, illustre chirurgien athée et matérialiste.

Desplein affirme «ne croire ni à l'homme ni a Dieu.» Pourtant, lorsqu'il fit la rencontre de Bourgeat, alors qu'il était jeune sans-le-sou, aux études en médecine, vivotant dans les bas-fonds de la misère, son destin changea du tout au tout. Le pauvre Bourgeat lui donna tout en se sacrifiant pour lui, afin que Desplein réalise son rêve de devenir chirurgien. « Sans lui [Bourgeat] la misère m'aurait tué. », dit Desplein. Ce dernier se souviendra à jamais de son bienfaiteur qui lui prodigua une telle bonté « dont le souvenir le remue encore aujourd'hui ».

Aussi à la mort de son bienfaiteur charitable, le chirurgien, devenu célèbre entre-temps, fera chanter quatre messes par an auquel il assistera, tout en demeurant athée. Bourgeat fut en effet, un catholique fervent.

C'est à ce point précis de la nouvelle de Balzac que le lecteur dérape - tout comme Horace Bianchon, le collègue et confident de Desplein. Bianchon s'étonne en effet de voir son illustre collègue assister à la messe. Bianchon demande des explications que Desplein s'empresse de lui fournir en lui racontant sa rencontre avec la Providence en la personne de Bourgeat. Évidemment, l'athée qu'est Desplein ne rencontre qu'un homme - mais quel homme plein de bonté ! Pas la Providence, à laquelle ce matérialiste pur et fur ne croit pas du tout.

Donc, Desplein ne croit pas en Dieu, mais il croit en la fidélité, à la bonté, bref, à l'amour-agapè dont parle saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (13), que manifeste abondamment Bourgeat à son égard. Dès lors, Desplein est comme divisé, double. « Ne connaissez-vous pas en moi, dit-il à Bianchon, un Desplein entièrement différent du Desplein de qui chacun médit ? » Desplein est un matérialiste, qui ne croit pas en l'homme, car il n'est qu'égoïsme, sa jeunesse misérable d'étudiant l'ayant profondément marqué. D'autre part, sa rencontre avec Bourgeat, c'est-à-dire avec l'Amour au sens grec d'agapè, le bouleversa et le marqua à jamais. « Avec la bonne foi du douteur », Desplein dit à la messe : « Mon Dieu, s'il est une sphère où tu mets après leur mort ceux qui ont été parfaits, pense au bon Bourgeat; et s'il y a quelque chose à souffrir pour lui, donne-moi ses souffrances, afin de le faire entrer plus vite dans ce que l'on appelle le paradis. » Je vous le jure, je donnerais ma fortune pour que la croyance de Bourgeat pût entrer dans la cervelle>.»

Il faut bien être matérialiste pour croire que la foi, comme amour-agapè, puisse nous « entrer dans la cervelle ». Dieu n'est pas dans le cerveau. Il se trouve dans le « cœur », comme la Bible se plaît à le dire, dont le prophète Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair... Moi, Yavhé, j'ai parlé et je fais. Oracle de Yavhé. » (Ezéchiel 36 26; 37 14)

La lubie d'un médecin matérialiste veut que tout doive s'expliquer uniquement par le comportement de la matière. L'esprit n'est d'ailleurs que matière. Nous vivons dans un univers où l'esprit est nié et méprisé. Serait-ce là le péché impardonnable contre l'Esprit saint dont parle l'évangile de Matthieu (12 32) ?

Quoi qu'il en soit, Bianchon a cru que son collègue n'est pas mort athée. En tout cas, les croyants, eux, pensent que, tout comme Bourgeat est venue lui ouvrir les portes de la médecine, il lui ouvrit également «la porte du Ciel».

Il y a chez Desplein, comme chez bon nombre de Québécois, une sorte de cécité volontaire. Comme si, devant le crucifix pendu au salon de l'Assemblée nationale, nous serions incapables de saisir le mystère qui nous interpelle.

À cet égard, la meilleure formule fut celle du poète québécois Claude Péloquin que Jordi Bonet inscrivit sur sa célèbre murale du Grand Théâtre de Québec, il y a 48 ans, et qui avait suscité un tollé : Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves ? On ne saurait mieux dire, en effet.

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