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Le parcours familial de notre diaspora

Pourquoi s'intéresser au parcours familial des grandes célébrités de notre diaspora?

16/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 16/07/2017 08:33 EDT
Jean-nicolas Nault
Dans toute l'histoire de la Nouvelle-France, à peine 30 000 Français ont traversé l'Atlantique (certains parlent de 75 000, mais ce n'est pas prouvé).

Pourquoi s'intéresser au parcours familial des grandes célébrités de notre diaspora?

Parce que le parcours familial de notre prodigieuse diaspora permet de tracer l'empreinte génétique de notre peuple en Amérique du Nord. De refaire le parcours géographique réalisé sur ce continent qui nous a enfantés. Et de mieux comprendre qui nous sommes en ce profond creux identitaire que nous traversons présentement.

Qui sommes-nous? D'où venons-nous?

Les hommes venaient de Bretagne, de Normandie, de Vendée et du Poitou. Ils étaient plus éduqués que la moyenne française. Alors que l'Australie a été fondée par des bagnards et les États-Unis par des pèlerins, la Nouvelle-France a été fondée par une poignée d'aventuriers culottés et des hommes de métier.

Ils étaient instruits (pour l'époque s'entend), futés, débrouillards. C'étaient des soldats, des ouvriers spécialisés, d'astucieux marchands, de courageux aventuriers, parce qu'il en fallait du courage pour venir s'établir sur cette Terre de Caïn, où l'on se les gèle six mois par année. Une terre sans or et ni épices comme on cherchait tant à l'époque, parsemée de féroces Iroquois, bien plus violents que les fous d'Allah du groupe État islamique.

«Il faut en finir avec le mythe des colons illettrés de Nouvelle-France», écrit à juste titre Pierre Duhamel ( L'avenir du Québec : Les entrepreneurs à la rescousse):«Nos ancêtres étaient des guerriers, des ouvriers spécialisés et de redoutables hommes d'affaires.»

Duhamel cite une étude de Leslie Choquette, une Franco-Américaine qui «démontre la surreprésentation en Nouvelle-France de tout ce qui constituait à l'époque l'élite de la société. On y trouvait proportionnellement deux fois plus de nobles qu'en France, 50% plus de bourgeois, deux fois plus d'ouvriers et plus d'artisans. En revanche, il y avait proportionnellement trois fois moins de paysans en Nouvelle-France qu'en métropole.

C'étaient des maçons, des matelots, des serruriers, armuriers, arquebusiers, boulangers, taillandiers. La crème professionnelle du 17e et du 18e.

«Les artisans venus en Nouvelle-France étaient particulièrement bien formés. Il faut dire que le quart de ceux qui s'y sont établis étaient des soldats, dont bon nombre avaient un métier. Sous l'Ancien Régime, l'organisation des métiers était construite autour des corporations et de trois états: apprenti, compagnon et maître. On comptait parmi les soldats qui ont combattu au Canada six fois plus de maîtres charpentiers que dans l'armée régulière.» C'étaient des maçons, des matelots, des serruriers, armuriers, arquebusiers, boulangers, taillandiers. La crème professionnelle du 17e et du 18e.

C'étaient aussi des citadins qui se sont transformés ici en paysans (ce n'est pas d'hier que les nouveaux arrivants ont des problèmes à faire reconnaître leurs compétences...). C'est l'un des grands paradoxes de notre histoire, assez peu étudiée d'ailleurs.

L'ancêtre arrive ici comme engagé, colon ou soldat. Il est parfois avec son épouse et quelques enfants, mais la plupart du temps, il est seul. Il épouse une Fille du Roy, souvent une Parisienne, ce qui explique pourquoi le français s'est répandu rapidement en Nouvelle-France (la France n'a parlé français qu'après la Première Guerre mondiale soit trois siècles plus tard!). Ou une Canadienne de première, deuxième, troisième voire quatrième génération, rendue au 18e siècle.

Contrairement à ce qu'on a trop dit, les mariages avec les autochtones, sur les rives du St-Laurent du moins, ont été rarissimes (ce fut différent dans l'Ouest). Et là, ils ont eu des enfants. Beaucoup d'enfants. Des tonnes d'enfants.

On s'est d'abord établi en Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent. Puis on a parcouru tout le continent, à l'huile de bras, en voyageant à l'intérieur du continent, commerçant avec les autochtones, nos alliés à quelques exceptions près.

Les Anglais, plus effrayés, sont restés collés à l'Atlantique. Leur sédentarité, un meilleur climat et un sol plus riche, sans parler de la main-d'œuvre gratuite fournie par l'esclavage, leur ont permis de s'enrichir pendant que les coureurs des bois s'amourachaient des femmes autochtones (ce qui a donné les Métis de l'Ouest) et que les sédentaires élevaient des familles de douze enfants le long du Saint-Laurent bénies par notre Sainte-Mère l'Église catholique romaine, sur la Terre de Caïn, dans un climat sibérien.

Dans toute l'histoire de la Nouvelle-France, à peine 30 000 Français ont traversé l'Atlantique (certains parlent de 75 000, mais ce n'est pas prouvé), la plupart entre 1630 et 1680, contre 175 000 colons anglais en Nouvelle-Angleterre. Ils sont venus dans leur pays puisque la Nouvelle-France était aussi française que la Martinique et la Guyane aujourd'hui. Lorsque mon ancêtre, François Noël, a foulé le sol de Québec en 1665, la Nouvelle-France était française depuis 131 ans! Depuis beaucoup plus longtemps, en fait, qu'entre la Confédération canadienne et ma propre naissance.

Les deux tiers sont rentrés en France. Trop froids, les arpents de neige. Trop de moustiques, sapristi. Trop d'Iroquois, putain. On descend donc des 10 000 braves qui sont restés. Un grain de sable dans l'histoire du continent. Dix mille Français dont les enfants ont fait beaucoup d'enfants. Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'enfants.

C'est cette glorieuse épopée qu'on va refaire sur ce blogue à travers le parcours familial de plusieurs célébrités.

Diaspora, la définition

«Étymologie : du grec diasporá, dispersion, construit avec le préfixe dia, à travers, et sporá ensemencement.

«Historiquement, le terme "Diaspora" (avec une majuscule), désigne la dispersion des Juifs après leur captivité à Babylone. De nos jours, la Diaspora est la dispersion dans le monde des Juifs qui vivent hors de Palestine.

«Par extension, une diaspora est la dispersion d'une communauté ethnique ou d'un peuple à travers le monde. Ce terme désigne également l'ensemble des communautés dispersées d'un même peuple. Exemples : La diaspora arménienne, tzigane, irlandaise, palestinienne, kurde, chinoise.

«La dispersion résulte souvent d'une guerre, d'une révolution, d'une répression ou d'un génocide. Pour former une diaspora, les communautés émigrées d'un peuple hors de ses frontières doivent conserver des attaches avec le pays d'origine, des pratiques ou des habitudes propres à ce pays. Les liens peuvent être de nature culturelle, religieuse, économique ou politique. La référence à l'événement qui a déclenché la diaspora est l'une des composantes essentielles de la perpétuation de l'identité de ces communautés.»

Source: Dictionnaire La Toupie

Jacques Noël est l'auteur du livre La Diaspora québécoise (Édition GID).

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