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Les campagnes anti-vaccination : une menace réelle

30/11/2015 10:26 EST | Actualisé 30/11/2016 05:12 EST

«Particulièrement dans les grandes villes, dont les faubourgs sont atrocement dépeuplés par des épidémies rubéoliques, l'hygiène préventive de la rougeole est de la plus haute importance. Loin de suivre toujours, comme le vulgaire le croit, une évolution régulière et bénigne, la rougeole revêt fréquemment une allure grave, anormale et devient fertile en complications sérieuses, du côté des poumons et de l'intestin notamment. De plus, les suites de la rougeole sont toujours fâcheuses ; elle éveille chez l'enfant la scrofule, en exaltant aisément le lymphatisme, cet habituel tempérament de l'enfance. Elle fait souvent aussi germer la phtisie, qui sommeille dans toute constitution affaiblie.

Lâchement, elle accable les petits et les faibles : il n'est pas d'affection morbide qui ne s'aggrave davantage par le mal de misère. Le froid, l'encombrement, la mauvaise alimentation font donc habituellement de la rougeole, dans les quartiers ouvriers, une maladie très grave qui tue les deux tiers des enfants qu'elle frappe. Paris 1887» - Le Journal d'Hygiène, Bulletin des Conseils d'Hygiène et de Salubrité et des applications pratiques de la Science sanitaire. Publié par le Docteur Prosper de Pietra Santa, XIIème Volume, 1887

Bien sûr la rougeole ne tue plus deux enfants sur trois qui en sont atteints, mais elle fut tout de même responsable de plus de 535 300 décès d'enfants en 2000. L'objectif de diminuer ces chiffres de plus de 90% avant 2010 n'a donc pas été atteint. En 2010, on recensait encore 139 300 décès à travers le monde à cause de cette maladie qu'on avait espérée pouvoir totalement éradiquer d'ici 2020.

L'une des raisons tient de ces préjugés en circulation en 1887 qui ont survécu au fil des âges à savoir que la rougeole n'est qu'une maladie bénigne et sans conséquence. Une autre raison tient au fait qu'une partie malheureusement grandissante de la population croit que la vaccination peut être plus dangereuse que la maladie elle-même.

Dix siècles avant Jésus-Christ

Les premières mentions écrites concernant la rougeole se retrouvent dans le livre intitulé: Variole et rougeole, du médecin, chimiste et philosophe perse Razis (de son nom complet : Muhammad ibn Zakariya ar-Razi (932-860 avant Jésus-Christ). Celui-ci fut d'ailleurs le premier à établir la différence entre la rougeole et la variole.

Il faudra attendre près de trente siècles alors qu'un érudit écossais, le Dr Francis Home découvre que la rougeole était causée par un agent infectieux présent dans le sang des personnes atteintes. Il fut d'ailleurs le premier à tenter une vaccination contre cette maladie. Président du Collège Royal des Médecins d'Édinbourg, il écrivit entre autres: Dissertatio de Febre Intermitente en 1750.

Et ce n'est finalement qu'au milieu des années 1950 qu'un biologiste américain, John F. Enders, assisté du médecin Thomas C. Peebles, purent identifier le virus responsable de la rougeole. Ce dernier a d'ailleurs un cursus bien particulier. Diplômé de la célèbre Harvard University avec une majeure en langue française, il joint les rangs de la US Navy en 1942 lors des opérations militaires sur le Pacifique qui avaient débuté avec l'attaque japonaise sur Pearl Harbour en 1941.

Peebles y servi comme pilote d'avion de bombardement. Il fut décoré de la prestigieuse Distinguished Flying Cross. À son retour de la guerre il avait été engagé comme pilote par la compagnie aérienne KLM, mais décida plutôt de s'inscrire au Harvard Medical School. Il y fut refusé parce qu'au collège, il avait obtenu la note D en biologie. Prenant une année pour amasser les fonds nécessaires à ses études en enseignant dans une école primaire, il entra à l'université de Boston. Tout en travaillant dans une buanderie pour payer ses études, il compléta son cours de médecine et poursuivit une spécialisation avec le célèbre John Franklin Enders, celui qu'on nomma le père de la vaccination moderne. Grâce à ses travaux, Peebles a permis de pratiquement éradiquer la rougeole de l'Amérique du Nord, ce qui risquera certainement de se produire si les groupes de pression anti-vaccination finissent par perdre leur bataille.

Autochtones et rougeole

On estimait à 80 millions d'âmes la population autochtone d'Amérique à l'arrivée des Européens vers la fin des années 1400. Un siècle et demi plus tard, cette population n'était plus que d'environ 10 millions d'habitants. En réalité, les guerres ne comptèrent que très peu dans cette hécatombe. Les principaux acteurs furent plutôt microscopiques. Les Amérindiens n'avaient aucune immunité contre la coqueluche, la variole et la rougeole et des épidémies successives de ces maladies éliminèrent plus de 90% de cette population en moins de 150 ans.

Phénomène inconnu, aux débuts de l'arrivée des premiers explorateurs en sol américain, il fut utilisé au XVIIIème siècle par le général Amherst qui distribua aux Amérindiens d'une tribu du Delaware des couvertures infestées de la petite vérole. Voilà probablement la première attaque à l'arme biologique en Amérique du Nord... En Europe, les épidémies de 1840, 1860 et 1880 firent des millions de victimes. La dernière épidémie en liste dans cette région du globe eut lieu aussi tard qu'en 2012 à Swansea au pays de Galles. On peut en remercier Andrew Wakefield.

Le fraudeur au vaccin

Andrew Wakefield publia un article dans la très sérieuse revue The Lancet affirmant avoir observé un lien entre la vaccination contre la rougeole et l'autisme. Il n'en fallu pas plus pour que, entre 1998 et 2003, plusieurs enfants ne reçurent pas la vaccination contre la rougeole, leurs parents redoutant qu'ils deviennent autistes. Mais Andrew Wakefield avait truqué ses résultats car il avait des liens financiers avec un groupe activiste anti-vaccination. La supercherie a été mise à jour par le journaliste du Sunday Times, Brian Deer. Il s'en suivit une longue enquête et en 2010, Wakeley fut reconnu coupable d'une trentaine de chefs d'inculpation dont celle de malhonnêteté et d'abus contre des enfants atteints de troubles de développement.

Wakefield avait poussé l'escroquerie jusqu'à inventer une maladie qu'il nommait l'entérocolite autistique. Dans un prospectus envoyé à des investisseurs potentiels, Wakefield affirmait que le test de dépistage qu'il avait aussi mis au point pour déceler cette maladie pourrait rapporter plus de 28 millions de livres sterling. En fait tout ce que rapporta la campagne de Wakefield contre la vaccination fut cette dernière épidémie de rougeole constaté à Swansea en 2012.

Malgré la mise à jour de cette supercherie, les campagnes anti-vaccination ont continué

Et elles finiront par nous jouer de bien mauvais tour. Le nombre de sites internet qui soulignent un lien entre le vaccin ROR et l'autisme est faramineux et plusieurs de ceux-ci apportent des séries d'arguments à l'appui de leurs thèses contre les vaccinations.

Il incombe bien sûr à tous et chacun d'entre nous de répéter et de refaire l'éducation du public pour obtenir une couverture optimale contre la rougeole. Il faudrait plutôt promouvoir des campagnes en faveur de la vaccination et en faveur de la recherche sur de nouveaux vaccins pour limiter d'autres maladies si on vise vraiment à protéger notre santé et celle des autres membres de nos sociétés.

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