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Comprendre le monde au-delà de Donald Trump

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Imaginons un monde où Donald Trump finirait par comprendre. Un monde où il prendrait conscience de la nécessité de servir les intérêts des «exclus» qui l'ont élu plutôt que ceux des entreprises.

Après tout, Ariel Sharon était un dur à cuire qui a réussi à mettre son arrogance de côté et changer de cap dans l'intérêt de son pays. Pour sa part, Donald Trump a certainement démontré sa capacité à changer d'avis - parfois quotidiennement! Et personne ne remet en question sa capacité à donner du fil à retordre à ses «ennemis», quels qu'ils soient. Quant à Barack Obama, il avait des difficultés à tenir tête à ses véritables ennemis. Et trop de gens doutaient de la capacité d'Hillary Clinton à confronter l'élite.

Lors de son plus récent discours au Congrès, Donald Trump a laissé entrevoir le début d'un changement de cap. Il a lu son texte à la lettre, en y mettant même un peu d'émotion. Des millions d'Américains ont poussé un soupir de soulagement. Enfin un peu de substance, quoiqu'on en dise! Cependant, nous avons eu droit aux rengaines habituelles dès le lendemain.

Alors, faisons un petit exercice et imaginons les «ennemis du peuple» - c'est-à-dire les journaux progressistes - aidant la majorité de la population pour une presse libre à comprendre les enjeux du monde actuel.

Bien que j'habite au Canada, je suis abonné à l'un de ces journaux. Il s'agit du New York Times, qui devrait être rebaptisé la Diatribe incessante, puisque les faiblesses de Donald Trump y prennent toute la place, jour après jour, d'un article à l'autre et d'un commentaire à l'autre. À défaut de véritables nouvelles, les bourdes du président y font office de divertissement: regardez ce que ce type a encore fait hier!

Je comprends parfaitement ce point de vue. Mais ce journal comprend-il qu'il ne parviendra pas à destituer Donald Trump davantage que ce dernier ne parviendra à l'acculer à la faillite? Les enjeux auxquels nous faisons face sont bien plus profonds et vont bien au-delà de la personnalité du président.

Je parcours les pages du New York Times à la recherche d'articles qui vont en profondeur et analysent les problèmes qui inquiètent tant d'Américains. Or, ce que j'ai trouvé à la une, au lendemain du discours au Congrès, est un texte d'opinion de Roger Cohen imaginant un dîner réunissant Donald Trump et Nigel Farage: «Je présume qu'ils dénigrent les musulmans en mangeant des hamburgers bien cuits et en buvant du Coke. Et lorsqu'arrive la crème glacée, ils se moquent du multiculturalisme. Que Dieu nous vienne en aide.»

Je souhaiterais plutôt que Dieu vienne en aide à Roger Cohen, car son texte est l'exemple même des fausses nouvelles et du snobisme blasé qui alimentent les répliques ignorantes de Donald Trump. Nous touchons au cœur du problème, soit l'exclusion impitoyable des gens qui mangent des hamburgers et boivent du Coke.

Si le New York Times n'a pas encore eu sa prise de conscience, qu'en est-il de la population américaine dans son ensemble?

Si le New York Times n'a pas encore eu sa prise de conscience, qu'en est-il de la population américaine dans son ensemble? Qu'en est-il des gens bien intentionnés qui n'en peuvent plus de la situation actuelle, y compris ceux ayant voté en toute confiance pour Donald Trump? Considérons-les comme le côté positif de ce nuage sombre.

En d'autres termes, il faut percevoir Donald Trump comme un organisateur communautaire hors pair. Un rassembleur encore plus efficace que Barack Obama à la suite de sa première élection. Donald Trump a rendu un grand service aux États-Unis en poussant les foules à manifester dans les rues, ce qui révèle au grand jour les enjeux fondamentaux de notre société. Sa présence est la manifestation extrême d'une situation qui couvait depuis plusieurs années. Pourtant, plusieurs personnes parmi les plus réfléchies n'ont encore rien compris et s'accrochent à une vision dogmatique des choses.

Ce que la présidence Trump révèle est que les États-Unis ne souffrent pas tant d'un excès de gouvernement que d'un excès d'affairisme à tous les échelons du gouvernement. Ce pays est sérieusement déséquilibré.

J'ai l'intention de réécrire à ce sujet prochainement, alors restez attentifs. Entretemps, vous pouvez lire mon petit livre intitulé Rebalancing Society: Radical Renewal Beyond Left, Right, and Center.

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