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Le fleurdelisé, une <em>chape</em> des valeurs

21/01/2014 12:22 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Le 21 janvier 1948, le Québec adoptait le fleurdelisé comme drapeau officiel. Chaque année, le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) organise et coordonne, avec l'aide de ses Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste membres, diverses manifestations de fierté sur l'ensemble du territoire québécois à l'occasion du jour du Drapeau. Cette série d'articles vise à faire découvrir des aspects moins connus de cette commémoration.

Un demi-siècle après la Révolution tranquille, deux référendums perdus et dix ans des scandales libéraux plus tard, les Québécois sont bien revenus des grands projets collectifs. On s'est donc progressivement réfugié dans l'égoïsme et mis à se disputer les derniers lambeaux de l'État-providence. Mais brusquement, la crise des accommodements raisonnables, puis le débat sur la Charte ont révélé la fragilité de notre identité nationale: les Québécois découvraient avec stupéfaction que des communautés bien plus solidaires étaient décidées à afficher leur religion dans l'espace public sans avoir à subir la moindre limitation.

On mesure encore mal le malaise qu'un tel aplomb suscite au sein de la majorité. Les Québécois francophones, en particulier, avaient pourtant docilement abandonné la plupart de leurs symboles d'appartenance au nom de la tolérance et de l'ouverture au monde. Pensons au noble nom de «Canada» et de «Canadiens», aussitôt repris à son compte par le Canada anglais. De même la feuille d'érable, l'hymne national ou le fondateur de Québec, Samuel de Champlain: négligés dans la mémoire, puis promptement recyclés à titre de symboles canadians.

Le message le plus éclatant du débat sur la Charte des valeurs réside donc bien là: un symbole permet toujours de s'approprier l'espace public. On ne peut plus tangible, visible et audible, il parle même à notre place quand on décide de se taire: une carte d'identité collective quand on le porte sur soi et une claire revendication territoriale quand on le plante dans l'espace public. Inévitablement, les symboles sont donc en concurrence et celui qui choisit de les afficher l'emporte nécessairement sur celui qui s'en abstient. Cela ne veut pas dire que ce dernier soit effacé ou disqualifié, tout simplement que l'espace public n'exprime plus alors que le message du premier.

Il est bien sûr périlleux de rivaliser par symboles culturels interposés: ta burka contre ma ceinture fléchée, ton kirpan contre ma canne de sirop d'érable ou ta mosquée contre mon aréna... C'est tout le mérite du projet de Charte de justement tenter de baliser l'expression des signes religieux dans l'espace public afin d'éviter la surenchère. Le gouvernement du Québec a donc fait le choix de transcender les particularismes et de tabler sur des valeurs universelles, par ailleurs «typiquement québécoises». Parmi elles, la laïcité bien sûr, l'égalité homme-femme évidemment, mais aussi la justice et la solidarité sociale, l'égalité juridique et le respect de la démocratie.

Or, la Charte soumise est loin d'être le seul véhicule susceptible de porter de telles valeurs. Nos commémorations et emblèmes nationaux y contribuent aussi. Ainsi, notre Fête nationale des 23-24 juin est depuis longtemps un puissant marqueur symbolique relayant des valeurs rassembleuses, apolitiques et inclusives: occasion d'inviter les Québécois de fraîche date à se joindre à nous pour adhérer au contrat social. De même, célébrer la Journée nationale des patriotes au mois de mai renforce une valeur fondamentale: qu'ici l'identité nationale est indissociable de la quête démocratique et qu'à l'instar des patriotes de 1837, le nationalisme québécois ne se laissera jamais réduire à une formulation étroite, mais inclura toujours ceux et celles épris comme nous de liberté et de justice.

Notre drapeau fleurdelisé est certainement le plus puissant vecteur de cette identité collective, témoignage pérenne dans l'espace public de l'adhésion à un État, à ses institutions, ainsi qu'aux valeurs qui les sous-tendent. Quand le drapeau fleurdelisé remplace l'Union Jack comme emblème du Québec, le 21 janvier 1948, le Québec posait un geste d'une valeur hautement symbolique et désormais souligné par le Jour du drapeau. L'Union Jack incidemment, succession ostentatoire de quatre croix superposées de St-George, St-André, St-David et St-Patrick. Dans le contexte de 1948, convenons que remplacer quatre croix chrétiennes par une seule pour rappeler notre passé catholique relève presque de la pudeur!

La fleur de lys est évidemment le plus puissant symbole du Québec et dont l'historicité remonte à la haute Antiquité. Parfois associées à une pointe de lance, ses trois branches évoquent la trifonctionnalité indo-européenne et ses trois vertus cardinales: le labeur, la sagesse et la vaillance.

Surtout, le lys est devenu le symbole universel de l'attachement à la culture et à la langue françaises. Partout en Amérique, là où une communauté francophone souhaite se doter d'un «logo» ou d'un drapeau, la fleur de lys revient comme le symbole quasi automatique afin de marquer son association au fait français. À l'origine lui-même influencé par d'autres cultures, le drapeau du Québec est donc devenu à son tour, du fait de sa notoriété, une référence symbolique pour tous ceux qui souhaitent s'inspirer de la ténacité du peuple québécois à défendre sa langue.

Affichons en conséquence sans scrupule nos couleurs et nos valeurs. Hissons le fleurdelisé devant nos maisons, nos commerces et nos industries et remplaçons-le quand il est abîmé afin qu'il continue à dignement nous représenter. Partout où il est brandi le fleurdelisé dit qu'ici ce n'est pas un désert culturel sans histoire ni littérature, mais qu'ici vit un peuple fier de ses origines, de sa langue et de ses valeurs.

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